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François Hudry : Cum grano salis

Le legs de Sir Colin Davis

Par François Hudry |

Parution chez RCA VICTOR en hommage au grand chef anglais disparu

Réuni en un coffret fleuve de 51 cds, voilà le résumé de toute une vie de musique, un peu comme ce qui se passe lors une rétrospective autour d'un grand peintre dans un musée. Plus de cinquante-cinq heures de musique enregistrées entre 1985 et 2005 pour une seule maison de disque, voilà qui est une performance. Si cet album n'est pas représentatif de TOUT Colin Davis, il évoque en tout cas son travail des dernières années en conservant à la fois le fruit d'une réflexion et l'aboutissement d'interprétations soigneusement mûries et polies par les ans.

Disparu le 14 avril 2013 à l'âge de 85 ans, Sir Colin Davis laisse l'image d'un chef au geste ample et confortable à l'image de sa personne empreinte d'une distinction tranquille toute britannique. Ce grand musicien avait ses fidélités pour Berlioz, Mozart, Elgar, Sibelius (dont il a enregistré trois intégrales des symphonies), Michael Tippett et, dans une moindre mesure, Benjamin Britten, mais c'est que ce dernier était un remarquable chef-d'orchestre qui a enregistré toutes ses oeuvres lui-même.

Pour nous autres français, Sir Colin reste l'interprète privilégié et - en quelque sorte - le redécouvreur d'Hector Berlioz, à une époque où la France le traitait encore par dessous la jambe. C'est d'ailleurs Berlioz qui est, bien malgré lui, à l'origine de la vocation de Colin Davis. Alors qu'il était un jeune clarinettiste, il fut bouleversé par une audition de L'Enfance du Christ qui l'a décidé à devenir chef-d'orchestre. Curieusement, et pour une simple raison de label, Berlioz ne figure pas dans ce coffret publié par RCA VICTOR, mais vous trouverez par ailleurs ces disques célèbres sur votre QOBUZ, qu'il s'agisse de l'anthologie de ses années PHILIPS ou de la Symphonie Fantastique, des Troyens, de la Damnation de Faust, de Benvenuto Cellini, des ouvertures ou encore du Requiem. On trouvera en revanche dans cette vaste parution, une très élégante et onirique Symphonie no 4 de Gustav Mahler, plus viennoise que nature, de nombreux Concertos pour piano de Mozart avec Alicia de Larrocha, les quatre Symphonies de Brahms avec le somptueux Orchestre de la Radio bavaroise, des Symphonies de Schubert avec la Staatskapelle de Dresde, l'intégrale Sibelius avec l'Orchestre Symphonique de Londres et des opéras complets (Les Noces de Figaro, Fidelio, Falstaff, Lohengrin) datant de ses années bavaroises, ainsi que les Requiem de Mozart, Brahms et de Verdi.

Sir Colin Davis avait commencé sa carrière en Suède avant de devenir le chef de ballet au Royal Festival Hall de Londres. En 1959, il remplace coup sur coup Otto Klemperer au débotté pour une représentation de Don Giovanni et Sir Thomas Beecham pour La Flûte enchantée. Le début des années soixante coïncidera avec son ascension. Il devient tour à tour directeur musical de l'Orchestre Symphonique de la BBC, puis il prend la direction musicale de Covent Garden. Premier chef d'orchestre anglais à diriger à Bayreuth, on le retrouve ensuite comme principal chef invité de l'Orchestre Symphonique de Londres, de l'Orchestre Symphonique de Boston, de la Staatskapelle de Dresde, puis du Philharmonique de New York, avant de devenir directeur musical de l'Orchestre Symphonique de la Radio bavaroise. C'est au cours de toutes ces intenses activités qu'il a façonné peu à peu une discographie d'une immense richesse dont l'album qui vient de paraître se fait l'écho.

Resté insensible à la vague baroqueuse et à son influence sur les modes de jeu et l'interprétation des classiques, Sir Colin Davis a continué a diriger avec le style romantique qui était le sien en cultivant l'horreur du métronome aussi bien que celle de l'absence de vibrato qu'il considérait comme de la perversion. Les relations de pouvoir ne l'intéressaient pas non plus. En vieux sage qu'il était devenu, il savait très bien que ce n'est pas le chef qui fait la musique mais les musiciens. Conscient du retrait des majors, il fut un des premiers à créer un label à partir de son propre orchestre. C'est ainsi que le London Symphony Orchestra, dont il était le chef depuis 1995, a continué à publier des disques magnifiques (des Troyens d'anthologie) sous la marque LSO Live que vous trouverez aisément sur votre QOBUZ préféré.

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