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Vieux Sequins et Vieilles Cuirasses

Vieux Sequins et Vieilles Cuirasses (2)

Par Hannah Krooz |

Vieux Sequins et Vieilles Cuirasses vous apporteront chaque semaine en classique et en jazz une petite série de trésors discographiques que la magie actuelle des rééditions permet de retrouver — mais le plus souvent sans documentation et sans éclairage du contexte de leur réalisation. Voyage en nostalgie...

Pas facile de retracer l'histoire du groupe "Les Quat' Jeudis" (quatre chanteurs), actif à la fin des années 50. Toute information à leur sujet sera donc la bienvenue.

Mais il n'est pas souhaitable d'attendre davantage pour vous inciter, mes neveux, à écouter la libre mise en musique du génial Jean Wiener des Chantefleurs de Robert Desnos, poèmes ensoleillés et jeux verbaux écrits pour les enfants pendant l?occupation.

Alors que ce recueil est publié chez Gründ en 1952 après la mort de leur auteur disparu en 1945, cette réalisation l'a été par Ducretet-Thomson en janvier 1955 ? donc vraisemblablement captée en 1954.

On croit pouvoir dire qu'il existe d'autres enregistrements, mais pas de meilleurs. Le compositeur est au piano.
Pour les amateurs de Desnos, l'intégrale de son ?uvre a été publiée par Gallimard dans un gros volume de la collection Quarto. Nos amis de chez Decitre le proposent à l'achat ici. N'oubliez pas de faire un tour aussi sur la discographie de Jean Wiener sur Qobuz (musiques de film, musique "sérieuse", chansons...) ; celle-ci s'est beaucoup enrichie depuis quelques temps.

                                                  Ecouter/télécharger "Les chantefleurs" / Les Quat-Jeudis & Jean Wiener (BnF)

Le Quatuor Parrenin en 1954 (Jacques Parrenin & Marcel Charpentier, violons - Michel Wales, alto - Pierre Penassou, violoncelle)

Le Quatuor Parrenin fut l'un des grands noms de la musique de chambre en France des années 50, 60 et 70. Pas une seule sous-préfecture du territoire ? à l'époque gaulliste, pompidolienne ou giscardienne ? qui n'avait sa société de musique de chambre, et qui n'ait accueilli la formation, incontournable. Fondé en 1944, d'abord résident à Radio Luxembourg, le Quatuor dont l'activité s'est amoindrie dans les années 80 a illustré les grands classiques du genre, bien sûr, mais a été très actif et courageux dans les années 70 quand la grande vague de la musique contemporaine a déferlé. Le Quatuor s'est fait alors le défenseur des compositeurs les plus en vue de l'époque : Ligeti, Maderna, Boulez, Berio, Britten, Hans Werner Henze, Ohana, Xenakis... En tout, ils auront réalisé plus de 150 créations !

Il faut dire que les membres du quatuor ? au premier rang desquels Jacques Parrenin (premier violon), Marcel Charpentier ou Jacques Ghestem (deuxième violon), le remarquable Serge Collot (alto) auxquels ont succédé Michel Walès, Denes Marton, Gérard Caussé ou Jean-Claude Dewaele, Pierre Penassou puis René Benedetti ? firent partie très tôt des musiciens de l'Ensemble du Domaine Musical de Boulez, et de l'Ensemble international de musique de Darmstadt où se déroulait le plus flamboyant des festivals de musique moderne de l'époque.

Pour revenir au style de nos amis, "Vieux Sequins" vous propose de les écouter dans un enregistrement Mozart paru en 1959 chez Vega et ressorti par la BnF ci-contre : les Quatuors à cordes n° 21 K.575 et n°22 K.589 à écouter ou télécharger (BnF). Pour aller plus loin dans leur discographie, cliquez ici ! Mais il manque encore énormément de disques, qui ne manqueront pas de revenir (on vous tiendra au courant).


La Flûte enchantée en français ! Il fut un temps, pas si lointain en somme, où l'on chantait Mozart, Wagner et les autres en français à l'Opéra. Tout cela semblera ridicule et inécoutable à ceux qui ne sont pas encore remis de la disparition de Gérard Mortier. Mais un coup d'oreille sur ce Vieux Sequin-là fait rêver. On est en 1956 et l'Orchestre de l?Association des Concerts Colonne est dirigé par Louis de Froment qu'on a connu plus tard si souvent à la tête de l'orchestre de RTL. La traduction en français est signée de Jacques-Gabriel Prod'homme et Jules Kienlin.


La distribution réunit Mado Robin (Reine de la Nuit), Jane Berbié (Papagena), Janine Micheau (Pamina), Irène Sicot, Monique Linval et Denise Monteil (les Trois Fées), Jean Giraudeau (Tamino), Michel Dens (Papageno), Xavier Depraz (Sarastro). Bonne écoute.

Ah oui, ce n'est pas une intégrale, mais une anthologie parue chez Pathé (sous la référence DTX 30509), et reparue sur la BnF : à écouter ou télécharger.




Charles Dean Dixon, plus connu sous le nom de Dean Dixon (1915-976) fut le premier chef noir-américain à se voir confier de grandes phalanges symphoniques dans son pays, et à prendre des postes en Europe. Né à Harlem, il a étudié avec Stoessel à la Juilliard School. Empêché de diriger des orchestres en tant que chef invité pour raisons raciales, il forma son propre orchestre en 1931. Mais en 1941 il fut enfin invité au NBC Symphony et au New York Philharmonic pour sa saison d'été. Dès lors, il le fut sans discontinuer, en particulier à Philadelphie et à Boston.

Durant la suite de sa carrière, il a contribué largement à une meilleure connaissance de la musique symphonique américaine. On vous propose en Vieux Sequin de choix, cette interprétation des troisième et quatrième symphonie de Schumann par Dean Dixon à la tête de l'Orchestre de l'Opéra de Vienne (pochette originale ci-contre à gauche). Ecouter ou télécharger Schumann : Symphonies n° 3 & n° 4 par Dean Dixon (BnF)

C'est en allemand, mais on vous recommande aussi de regarder ce documentaire publié sur le site de la Hessiche Rundfunk de Francfort dans lequel on voit Dean Dixon à la tête de l'Orchestre de la Radio de Francfort, qu'il dirigea de 1961 à 1974.

Enfin, en cherchant attentivement, vous retrouverez sur Qobuz derrière ce lien que Dean Dixon nous a laissé des enregistrements d'un partenariat avec Clara Haskil sur le Quatrième Concerto de Beethoven et une Neuvième à Francfort ainsi qu'un Perséphone de Stravinski, des ?uvres de musique américaine... bref, de quoi passer quelques belles heures en compagnie de ce musicien remarquable qui, comme on l'a souvent plaisanté, est passé peu à peu du statut de "chef d'orchestre noir américain Dean Dixon" à celui de "chef d'orchestre américain Dean Dixon", puis "Chef d'orchestre Dean Dixon".