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Tomorrow’s World retourne au collège

Par Marc Zisman |

Un superbe clip engagé pour Life On Earth pour Tomorrow’s World alias JB Dunckel et Lou Hayter…

Derrière le mystérieux sobriquet Tomorrow’s World se cache un duo constitué de Jean-Benoît Dunckel de Air et Lou Hayter, ex-clavier des oubliés New Young Pony Club. Une union musicale entamée par le Parisien et la Londonienne à la fin de l’année 2010 et que le binôme dit aborder comme la B.O. psyché-pop d’un vrai-faux Twin Peaks. Qui dit Twin Peaks dit David Lynch et qui dit David Lynch dit Angelo Badalamenti. Des sensations qui sont palpables tout au long de leur album éponyme, Tomorrow’s World, un disque Qobuzissime paru en avril dernier. Surtout, une embardée qui pourrait ne pas se limiter à n’être qu’un sympathique side project. D’autres influences très très très synthétiques croisent également la route de notre Lee Hazlewood/Serge Gainsbourg et de sa Nancy Sinatra/Jane Birkin du troisième millénaire : le minimalisme agressif de Suicide, les rythmes cliniques de Human League ou Eurythmics, les nappes en apesanteur de Air… Pour son nouveau clip, le vrai faux groupe embarqué dans la vraie fausse bande originale d’un vrai faux film pour un trip vraiment sensuel et savoureux s’est tourné vers le réalisateur Olivier Babinet, auteur notamment de la série Le Bidule et réalisateur de vidéos pour Stuck In The Sound et les Rita Mitsouko. Cette vidéo du single Life On Earth porte un regard étonnant sur le collège Claude Debussy d'Aulnay-sous-Bois. « Je travaille depuis deux ans avec les mômes de ce collège, raconte Babinet. Dans l’une des banlieues les plus pauvres de Paris. 50% des familles vivent en dessous du seuil de pauvreté. 97% des enfants sont musulmans et viennent des quatre coins du monde. Certains d’entre eux ont grandi livrés à eux-mêmes dans des pays en guerre. Le collège comprend des classes dites de SEGPA, regroupant des élèves ayant des difficultés d’apprentissage graves et durables. C’est un ancien bâtiment administratif, qu’on a provisoirement transformé en collège… Il y a une quinzaine d’années. Le bâtiment est un dédale décrépit difficile à surveiller, car il n’a pas été conçu pour ça. Alors les mômes en profitent, ils déclenchent régulièrement l’alarme incendie, puis cavalent dans les couloirs, réussissant ainsi à échapper aux adultes… Il y a deux ans, j’ai aidé une classe de 4e à réaliser quatre courts-métrages. Des films fantastiques, inspirés de leurs rêves et de leurs cauchemars, et de leur quotidien. Ils ont repéré, cadré, joué, maquillé et bricolé des effets spéciaux avec du ketchup… Puis en travaillant avec des monteurs sur leurs films, j’ai essayé de leur montrer comment la manipulation des sons et des images pouvait transformer un espace réel en décor fantastique… Le premier jour de ma résidence, j’ai détourné les sonneries du collège. Les remplaçant tout au long de la journée par des morceaux de musique, Bernard Herrmann, Cypress Hill, Tyler The Creator, des sons de Game Boy, Michel Legrand… Passé l’effet de surprise, les élèves se sont mis à danser dans les classes, dans les couloirs, dans la cour. Sans jamais rien filmer. J’ai pourtant assisté à des scènes fortes. J’aurais aimé avoir une caméra dans l’œil. Mais je ne suis pas un documentariste qui filme sur le vif. Je suis un metteur en scène, j’ai besoin de digérer… Une idée a germé. Que j’ai réalisée à la fin de ces deux années, mettant en scène le personnel et cent élèves du collège. Dans des scènes rappelant leur réalité, mais en apesanteur, traversées de rêveries et de désirs secrets. Sur le morceau Life On Earth, que j’aime tout particulièrement. Sur le tournage, les mômes, les surveillants, les profs… Tous ont été formidables. A part un ou deux « musique de pédé ! » qui ont parfois fusé, tout s’est bien passé. J’ai rarement eu entre les mains des rushs si intenses. Ces mômes dont certains sucent encore leur pouce dans la cour, ces mômes orphelins qui ont grandi dans des pays en guerre livrés à eux-mêmes, ces mômes qui vivent dans des foyers, enfants de sans papiers déplacés au gré de décisions administratives, ces mômes battus, ces mômes aimés que les parents ont habillé de leur beau costume et d’une cravate pour le tournage. Ces mômes pour qui le collège est une porte de sortie. Ces mômes pour qui le collège est le début de l’exclusion. Ces mômes qui s’en sortiront. Ces mômes pour qui le collège, avec ses règles, ses surveillants et ses punitions, est un avant-goût de la prison qui attend, là, dehors. Ces mômes qui ne se sentent pas Français. Ces mômes marrants, pleins de fantaisie. Que la mère patrie aime mal et abandonne parce qu’ils ne sont pas nés au bon endroit. Ces enfants qui traînent en bas des tours avec les dealers. Ces mômes curieux, à l’imagination débordante. Ces mômes polis. Ces mômes qui ne sont jamais allés à Paris… Ces deux ans en leur compagnie et ce clip m’ont donné envie de retourner encore dans ce collège d’Aulnay. Pour y tourner, cette fois-ci, un long-métrage documentaire. Tomorrow’s World est partant pour en composer la musique originale. J’ai envie de me mettre au niveau de ces mômes, et même à leur place, et de montrer ce qu’ils ont dans la tête avec un film. Dans le prolongement de ce clip. »




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