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MAGAZINE : CRITIQUES

Recréation à Avignon du Dilettante d’Avignon de Jacques-Fromenthal Halevy

Par Hannah Krooz |

sous la direction de Michel Piquemal

On n’a pas tellement l’habitude sur Qobuz de faire des recensions de concerts. Mais comme celui-là aboutira à un disque, on fera une exception. D’ailleurs, si les éminences de la critique n’y assistaient pas, ce n’était pas, pour sûr, parce que l’événement n’était pas assez chic, mais seulement parce qu’il se déroulait à la veille d’un long week-end pascal !

Sous la baguette de Michel Piquemal et avec le concours d’un casting vraiment très réussi, l’Opéra-Théâtre d’Avignon ressuscitait donc le 18 avril dernier, en version de concert, Le Dilettante d’Avignon, un opéra-comique de Jacques Fromental Halévy (1799-1862, dont l’heure de gloire a passé), créé en 1829 à Paris.

Le directeur de l’Opéra d’Avignon est le personnage central de cette gentille farce musicale —non pas l’actuel, Philippe Grison, à qui l’on doit d’avoir monté l’œuvre, mais celui de l’époque, Maisonneuve, qui se fait appeler Casanova, et qui ne jure que par la musique italienne et ne veut rien entendre en son théâtre qui ne soit italien. L’amusant de l’affaire est que la musique elle-même est un joli pastiche de bel canto, et constitue un ouvrage très bien fichu, très bien écrit et orchestré.

On vous passe les détails. Une audition est organisée par le Directeur de l’Opéra d’Avignon au cours de laquelle l’amoureux de la fille du directeur du théâtre se fait passer pour un italien, lui et avec lui d’autres chanteurs bien français. Tout finit bien et le Directeur est convaincu finalement par les mérites égaux de la musique italienne et de la musique et des interprètes français. L’œuvre se termine par un chœur qui nous chante haut : « Honneur, honneur au Génie, Ou de France ou d’Italie, Honneur, honneur au Génie, Au talent point de patrie ! »

Voilà une déclaration optimiste qui vaudrait aujourd’hui surtout pour protester non pas contre la faveur exagérée de la musique italienne dans notre pays mais dont la façon dont est si mal représentée la musique française dans les programmation des institutions orchestrales et des maisons d’opéras !

La recréation de ce Dilettante bénéficiait du soutien de la Fondation Palazzetto Bru Zane — Centre de musique romantique française installé à Venise. C’est beau Venise, mais pourquoi donc pas à Créteil, on se demande ! Le musicologue de la maison, Alexandre Drawicki, a retaillé dans le livret pour ce concert et les musiciens de l’Orchestre d’Avignon (impeccables), les choristes du Chœur Régional PACA se sont débattus avec un matériel d’orchestre d’époque — mais de cela ils n’ont rien laissé transparaître — en livrant une interprétation au plus haut niveau.

Michel Piquemal est une sorte de trésor national, et cela dure depuis quelques dizaines d’années sans qu’il en reçoive une reconnaissance suffisante. Non seulement en tant que chef de chœurs symphoniques amateurs, il réalise en Ile-de-France, en PACA et à Saintes un travail unique dans notre pays, mais encore il est bel et bien un chef excellent, qui sait faire travailler un orchestre. Alors qu’on ne sait plus citer de mémoire les noms des chefs de tant d’orchestres de région, alors que la musique du patrimoine français est toujours aux abonnés absents dans les programmes de nos phalanges de prestige, une bonne idée serait de lui donner un orchestre, et de lui laisser faire ce qu’il veut avec. On ne prendrait pas de risque, et pas même celui de la banqueroute.

Reste à parler des chanteurs de cette production, tous exquis. Les femmes, Mélody Louledjian et Virginie Pochon ; l’amoureux Dubreuil qui se fait appeler Imbroglio pour tromper Casanova, lequel était campé de manière drôlatique par Arnaud Marzorati.

S’il fallait donner une mention personnelle particulière, je l’offrirai au baryton-basse Julien Véronèse qui n’est pas seulement un excellent chanteur mais aussi un vrai fantaisiste comme il n’y en a plus beaucoup. Campant le rôle de l’acteur et régisseur du théâtre de Monsieur Maisonneuve/Casanova, il a réalisé une composition hilarante digne de Laurent Gerra, empruntant y compris l’accent au meilleur répertoire comique de Jean-Claude Gaudin !

On attend maintenant le disque — sans savoir encore chez qui il paraîtra.

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Le Dilettante d’Avignon
Jacques Fromental Halévy
Opéra-Théâtre d’Avignon
Vendredi 18 Avril 2014

Distribution :
Maisonneuve : Arnaud Marzorati
Élise, sa fille : Mélody Louledjian
Marianne : Virginie Pochon
Dubreuil : Vidal
Valentin : Julien Véronèse
Chœur Régional Provence-Alpes -Côte d’Azur
Orchestre Régional Avignon Provence
Direction des Chœurs Daria Kucevalova et Nicole Blanchi
Direction musicale Michel Piquemal

Avec le concours de la Fondation Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française