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Chers disparus

Rudy Van Gelder est mort

Par Marc Zisman |

Celui qui restera comme le plus grand ingénieur du son de l’histoire du jazz s’est éteint à l’âge de 91 ans.

Rudy Van Gelder est décédé le 25 août 2016. Chaque amateur de jazz a croisé au moins une fois dans sa vie ce nom de RVG. Cent fois même… Celui qui vient de s’éteindre chez lui dans le New Jersey à 91 ans fut sans doute le plus grand ingénieur du son de la seconde moitié du XXe siècle. Ingénieur du son et non producteur comme il aimait à la rappeler. Plus de 2000 albums de jazz seraient passés entre les mains et les oreilles expertes de ce passionné de captation sonore qui travailla avec Miles Davis, John Coltrane, Herbie Hancock, Sonny Rollins, Wayne Shorter, Horace Silver et à peu près tout le reste de la jazzosphère. Et la liste de ces musiciens ayant fait une halte dans son studio mythique d’Englewood Cliffs, dans le New Jersey face à Manhattan, est un vrai who’s who. Van Gelder fut indissociable de la plupart des albums publiés par Blue Note, durant l’âge d’or du label du moins. Mais il travaillera également copieusement pour d’autres écuries comme Prestige, Savoy, Impulse ! ou bien encore CTI, le label plus sucré de Creed Taylor. Comme il le confiera au New York Times en 1988, « je crois que j’ai participé, techniquement, à l’enregistrement du plus grand nombre d’albums que quiconque dans l’histoire de l’industrie du disque. »

Né le 2 novembre 1924 à Jersey City, Rudy Van Gelder apprend d’abord la trompette et se passionne très jeune pour l’enregistrement. A seulement 12 ans, il hérite d’un enregistreur avec lequel il s’amuse à capter quelques musiciens amateurs de son quartier. Il devient le technicien de la radio de son lycée mais, n’imaginant pas une seule seconde faire fortune dans cette voie, décide de se lancer dans des études d’optométrie. Durant plus d’une décennie, cette profession d’optométriste ne l’empêchera pas, le soir, d’assouvir sa passion pour le son. Il transforme alors en studio d’enregistrement une partie du salon de la maison de ses parents à Hackensack (ville dont le nom sera donné bien plus tard par Thelonious Monk à l’une de ses compositions en hommage à Van Gelder). L’année 1952 marque un tournant pour Rudy Van Gelder qui croise la route d’Alfred Lion de Blue Note. C’est le début d’une collaboration révolutionnaire et intense entre le plus célèbre des labels de jazz et le plus célèbre des ingénieurs du son. Van Gelder construira lui-même le studio d’Englewood Cliffs en partie grâce à ses revenus d’optométriste.

La suite pour Rudy Van Gelder est la suite de l’histoire du jazz. Love Supreme de John Coltrane, Walkin’ de Miles Davis, Maiden Voyage d’Herbie Hancock, Somethin’ Else de Cannonball Adderley, The Sermon de Jimmy Smith, Saxophone Colossus de Sonny Rollins, Song For My Father d’Horace Silver, Speak No Evil de Wayne Shorter, tous ces chef d’œuvres ont été conçus avec l’aide du technicien méticuleux qui travaillait, selon la légende, avec des gants pour ne pas abimer son matériel… Un Van Gelder assez secret sur ses méthodes de travail. En 2012, il avait évoqué sa philosophie dans une interview accordée à JazzWax : « Utiliser l'électronique pour saisir avec précision l'esprit humain et faire sonner les disques enregistrés le plus chaudement et réaliste possible… Quand les gens parlent de mes albums, ils disent souvent qu’il y a de l’espace dans la musique. J'ai toujours essayé de reproduire cette sensation d'espace dans l'image sonore globale. J'ai utilisé des micros spécifiques placés dans des endroits qui ont permis aux musiciens de sonner comme s’ils jouaient à différents endroits de la pièce justement. Ça crée une sensation de dimension et de la profondeur. » A partir de 1999, Rudy Van Gelder entamera personnellement la remasterisation de ses albums pour Blue Note.



LA PLAYLIST HOMMAGE A RUDY VAN GELDER :




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