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Jimmy Scott est mort

Essentiel, culte et un brin sous-estimé chanteur de jazz à la voix atypique et androgyne, Little Jimmy Scott s’est éteint dans sa 88e année...

Par Marc Zisman | Chers disparus | 13 juin 2014
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Jimmy Scott est décédé le 12 juin 2014. L’histoire n’a jamais rendu vraiment justice à cette voix ovni et androgyne, belle et surtout très émouvante. Cet organe inhabituel de contralto, Scott en hérita de bien étrange manière, atteint par le syndrome de Kallmann qui stoppa sa croissance avant qu’elle ne reprenne alors qu’il était âgé de 37 ans ! N’ayant jamais atteint la puberté, sa voix ne se développa pas, restant haute de manière atypique. C’est finalement dans la seconde partie de sa carrière, la soixantaine passée, au début des années 90, que Jimmy Scott fera l’objet d’un véritable culte. Lou Reed l’invita à pousser quelques chœur sur sa chanson Power And Glory extraite de l’album Magic And Loss en 1992, le cinéaste David Lynch embauchant le petit homme pour quelques scènes dans sa série Twin Peaks. Signé par le label Sire, Jimmy Scott enregistrera alors durant ce comeback de superbes disques crépusculaires. C’est Lionel Hampton qui lui aurait attribué le surnom de Little Jimmy Scott en raison de sa petite taille, de sa frêle corpulence et de son allure enfantine…

Né James Victor "Jimmy" Scott le 17 juillet 1925 à Cleveland dans l’Ohio, il apprend le chant à l’église mais surtout auprès de sa mère qui meurt, tuée par un chauffard ivre, alors que Jimmy n’a que 13 ans. Son père l’abandonne, lui et ses nombreux frères et sœurs… Il fait ses débuts professionnels sous le nom de Little Jimmy Scott au sein du big band de Lionel Hampton. Il chante notamment sur Everybody's Somebody's Fool enregistré en 1949 et qui grimpe dans les charts R&B l’année suivante. Malheureusement, toutes ces prestations sont créditées Lionel Hampton and vocalists, le nom de Scott n’apparaissant nulle part… Pire encore quelques années plus tard : son chant sur Embraceable You avec Charlie Parker sur l’album One Night In Birdland est indiquée comme étant une interprétation de la chanteuse Chubby Newsome ! Le nom de Jimmy Scott est pourtant régulièrement cité comme référence et coup de cœur par des pointures comme Billie Holiday, Ray Charles, Frankie Valli, Dinah Washington et Nancy Wilson.

Jimmy Scott - © Sire Records


En 1963, Little Jimmy Scott est signé sur le label de Ray Charles, Tangerine Records. La star en personne s’occupe alors de la direction artistique de l’album que Scott enregistre alors, Falling In Love Is Wonderful qui parait cette même année. Mais le sort s’acharne à nouveau sur le petit homme : lié par un vieux contrat à Herman Lubinsky du label Savoy, Scott voit son album retiré des bacs à disques en quelques jours ! Quarante ans plus tard, l’opus culte, tombé dans le domaine public, sortira à nouveau… Un autre album, The Source, en 1969, ne sera édité qu’en 2001. A la fin des années 60, sa carrière dans une impasse, Jimmy Scott décide de rentrer à Cleveland, enchainant les petits boulots dans des hôpitaux et des hôtels…

Jimmy Scott dans le documentaire If You Only Knew réalisé par Matthew Buzzell en 2004


En 1991, son nom comme sa voix refont surface aux funérailles du grand songwriter Doc Pomus. Jimmy Scott chante Someone To Watch Over Me à l’enterrement de son vieil ami, impressionnant le public présent à la cérémonie. Lou Reed est là. Mais aussi Seymour Stein, fondateur du label Sire, qui le signe et l’envoie en studio enregistrer l’album All The Way produit par Tommy Lipuma, réalisé avec des musiciens aussi impressionnants que Kenny Barron, Ron Carter et David "Fathead" Newman et qui parait en 1992. Scott enchaine avec Dream qui sort deux ans plus tard et Heaven, en 1996.

Avec Holding Back The Years, il revisite un répertoire pop et rock comprenant, entre autre, Nothing Compares 2 U de Prince, Jealous Guy de John Lennon, Almost Blue d’Elvis Costello et Sorry Seems To Be The Hardest Word d’Elton John.

Cette résurrection permet également à ses vieux enregistrements de refaire enfin surface. Ainsi, en 1999, ses séances pour Decca sont enfin compilées, comme celles pour Savoy entre 1952 et 1975. En 2000, Jimmy Scott est signé par le label de jazz Milestone pour le compte duquel il enregistrera quatre albums produits par Todd Barkan et sur lesquels se déplaceront des musiciens comme Wynton Marsalis, Renee Rosnes, Bob Kindred, Eric Alexander, Lew Soloff, George Mraz et Lewis Nash.

Jimmy Scott - © Milestone Records


Cette longue et chaotique carrière, Little Jimmy Scott l’aura passée avec les plus grands. Et la liste de celles et ceux aux côtés desquels il poussera la chansonnette est impressionnante : Charlie Parker, Sarah Vaughan, Lester Young, Lionel Hampton, Charles Mingus, Fats Navarro, Quincy Jones, Bud Powell, Ray Charles, Wynton Marsalis, Peter Cincotti mais aussi David Byrne, Lou Reed, Flea, Michael Stipe, et même Antony & The Johnsons. Et Jimmy Scott touche encore aujourd’hui les plus jeunes générations de musiciens. Pour preuve, en 2010, Sufjan Stevens qui rédigera pour le Guardian un court hommage louant l’art de Scott. L’article se concluait ainsi : « A chaque fois que Jimmy Scott chante, c’est toujours la même chose mais juste légèrement différent. Je ne sais pas comment il fait cela ou d’où cela lui vient. Je pense que c’est l’instinct. Rien de ce qu’il fait n’est dû à la chance, il est en total contrôle de ce qu’il fait. Il est juste beau et unique ».





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