Bob Brozman est mort

Ethnomusicologue américain unique, le pape de la steel-guitar Bob Brozman s’est suicidé à l’âge de 59 ans.

Par Max Dembo | Chers disparus | 29 avril 2013
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Bob Brozman s’est donné la mort le 23 avril, à son domicile près de Santa Cruz en Californie. Peu connu du grand public, le musicien américain, ethnomusicologue unique en son genre et icône de la steel-guitar et du ukulélé, était âgé de 59 ans. Légende vivante de la scène blues et roots, il avait agrégé différents styles et différentes techniques. Sa passion était avant tout de constater et comprendre les traces laissées par toutes les guitares aux quatre coins du monde. Et si sa case départ fut le blues, ses pérégrinations le mèneront vers les styles musicaux d'Hawaï et des Caraïbes mais aussi d’Inde, d’Afrique, d’Océanie et du Japon ! Ragtime, calypso, jazz manouche, tout passait entre ses doigts de magicien... Plutôt que de fusion, Bob Brozman préférait parler de musique hybride.

Né à New York le 8 mars 1954, Bob Brozman commence la guitare à l’âge de six ans, étudiant par la suite l’ethnomusicologie à l’Université de Washington se spécialisant notamment dans l’histoire du blues du Delta. Pour étoffer son savoir, il commence à voyager, dans le sud en particulier, toujours en quête de rencontres musicales traditionnelles. Il trouva sa propre sonorité, vers 13 ans, grâce à une guitare de marque National. En 1993, il consacrera d’ailleurs un ouvrage de référence à cette marque de légende, The History and Artistry of National Resonator Instruments, devenant l’autorité mondiale des guitares vintage ou modernes National Reso-Phonic.

A la fin des années 70, Bob Brozman devient un habitué du club de St Louis, le Duff’s. Il part s’installer en Californie à Santa Cruz. Là, il gagne sa vie en jouant dans les rues de la ville au point de devenir rapidement une gloire locale. La légende veut que la police de la ville lui interdise de jouer en raison des attroupements que génèrent ses concerts improvisés sur Pacific Avenue.

En 1981, Bob Brozman enregistre enfin son premier album. Une trentaine suivra, divisée entre des disques solos et des collaborations avec ses amis à travers le monde. Sa connaissance des musiques du monde est telle qu’il devient un passeur unique. En 2005 par exemple, Songs Of The Volcano est le fruit de ses visites chez les papous de Nouvelle Guinée tandis que Lumière, deux ans plus tard, rassemble ses collaborations avec des musiciens d’Afrique, d’Inde et du japon, interprété par le Bob Brozman Orchestra, ensemble où il joue seul TOUS les instruments ! Brozman réédite également de vieux 78trs de musique hawaïenne, une de ses marottes. En 1988, il enregistrera d’ailleurs avec la Tau Moe Family, l’album Remembering The Songs Of Our Youth, recueil de chansons de plus de 60 ans d’âge.

Quand il ne voyageait pas, Bob Brozman passait son temps à Ben Lomond, petit village de montagne près de Santa Cruz, où il possédait une petite ferme, quelques vignes et un verger. En 1980, il est gravement blessé dans un accident de la route. Il souffrait depuis d’insoutenables douleurs lombaires jusque dans ses extrémités. Il y a un an et demi, il lui était quasiment impossible de jouer de la guitare hawaïenne. Durant l’enregistrement de Fire In The Mind, son dernier album en date, Brozman devait même s’interrompre régulièrement, les douleurs devenant insoutenables. Selon son ami et producteur Daniel Thomas, continuer à vivre sans un instrument entre ses mains était devenu impensable pour Brozman au point d’envisager le suicide…







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