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Rachid Taha s'en va

Rocker naturel et auteur de morceaux étonnants et transculturels dont lui seul avait le secret, l'ancien chanteur de Carte de Séjour est mort à 59 ans...

Par Benjamin MiNiMuM | Vidéo du jour | 13 septembre 2018
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Crise cardiaque ! Brutale et inattendue, la disparition de Rachid Taha, survenue mardi 11 septembre 2018 – tout un symbole – arrive alors que l’on attendait impatiemment son retour annoncé. On sait qu’il y a quelques mois, il avait couché quelques titres en compagnie d’un de ces géants dont sa discographie regorge, Carlos Santana, qui avait repris son Kelma paru sur Olé-Olé en 1995, re-titré Migra sur l’album super-platine du guitariste Supernatural en 1999. On ne doute pas que ces inédits devaient accompagner d’autres morceaux étonnants et transculturels, dont lui seul avait le secret…

Beaucoup, ici en France, ne vont sans doute pas s’étonner de cette mort soudaine, son personnage étant souvent réduit à une image sulfureuse de familier supposé des excès de liquide et de substance illégale, de propos vifs et souvent provocants ou d’Arabe décadent et rock’n’roll. Handicapé par cette trop rapide analyse, renforcée par une dégénérescence musculaire qui accentuait sa physionomie bancale, Rachid Taha n’aura, de son vivant, que trop peu été évalué à sa juste valeur.

Outre-Manche et outre-Atlantique, il en est tout autrement. Héros contemporain du rock le plus sincère, dont il connaissait par cœur la mythologie et les valeurs et dont il pratiquait la grammaire sans fausses notes, Taha est le seul musicien basé en France qui pouvait se vanter de réunir à ses côtés des figures aussi emblématiques que Mick Jones, guitariste des Clash, Damon Albarn, chanteur de Blur et de Gorillaz, ou encore du génial Brian Eno, contrepoint avant-gardiste du Roxy Music des débuts, inventeur de l’ambient music ou producteur hyperrecherché (Talking Heads, U2, Coldplay, Paul Simon…). Rachid Taha est d’ailleurs le seul artiste qu’Eno a régulièrement accompagné sur scène durant ces vingt dernières années.

Pour autant, exception faite d’Alain Bashung qui l’accueillait sur Ode à la vie dans Fantaisie militaire (1998), Rodolphe Burger, sur son album No Sport en 2008, chantait en duo avec Rachid Arabédéraire ou Christian Olivier des Têtes Raides, avec qui il cosignait Tékitoi en 2004, peu ici se sont aperçus de l’apport primordial du chanteur de Carte de Séjour au rock national.

Rocker naturel, à travers sa musique Rachid Taha a toujours assumé les autres pans de son identité. Né le 18 septembre 1958 à Saint-Denis-du-Sig, près d'Oran, et arrivé en Alsace en 1971, où il apprend le français avant de suivre sa famille à Lyon en 1977, il possédait une double culture française et arabe dont il célébrait la poésie et dénonçait avec lucidité et franc-parler les côtés sombres. On se souvient de son irruption spectaculaire en 1986 dans l’hémicycle de l’Assemblé nationale aux côtés de l’ancien ministre de la Culture Jack Lang et du troubadour national Charles Trenet pour distribuer la version Black Blanc Beur de Douce France, interprétée avec son groupe Carte de Séjour, qui répondait de façon humaniste aux lois migratoires peu généreuses de Charles Pasqua. Un combat antifasciste que Taha ne délaissera jamais, son manifeste Voilà, Voilà, qui fustige la montée du Front national, apparaît une première fois sur son second album solo Rachid Taha en 1993, puis en langue espagnole sur la version deluxe de l’album Tékitoi en 2004 et sur son ultime coup de maître Zoom (2013) en compagnie de Burger, Olivier, Camélia Jordana, Oxmo Puccino, Femi Kuti et Eric Cantona.

Mais son plus grand succès est une reprise de Ya Rayah du chanteur de chaâbi Dahmane El Harrachi, alors oubliée et devenue immortelle depuis. Ya Rayah figure sur un album de réappropriation de classiques de la chanson arabe Diwan (Farid El Atrache, Nass el Ghiwane ou El Anka) dont le succès en 1998 permit à un large public de percevoir la richesse de ces répertoires et d’inclure sa présence auprès des populaires chanteurs d’origine algérienne Khaled et Faudel au projet grand public 1,2,3 Soleils. Mais cette virée en territoire plus commercial, dignement dirigée par son fidèle producteur anglais Steve Hillage (Gong, Simple Minds, System7) n’a nullement grignoté l’intégrité solide de ses choix musicaux éclectiques mais cohérents.

Son amour du rock et sa connaissance profonde des musiques françaises ou africaines sont palpables dans chacun de ses disques. Diwan 2 contient une jolie reprise d’Agatha du père de la chanson camerounaise Francis Bebey. Sa reprise de Rock the Casbah des Clash dans Tékitoi, prélude une série de concerts en compagnie de son coauteur Mick Jones, son adaptation en français du Now or Never, popularisée par Elvis, est l’un des points culminants de Zoom, qui contient aussi un bel hommage à la diva égyptienne Oum Kalthoum et l’une des premières apparitions discographiques de la chanteuse Jeanne Added, aujourd'hui considérée comme cheffe de file de l’électro-pop alternative française.

Ses bonnes surprises musicales, les mots pleins d’esprit, tout comme ses prises de paroles libres et intelligentes sur le monde contemporain de cet artiste unique et fidèle à ses engagements moraux et esthétiques vont vraiment nous manquer.









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