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Leonardo García Alarcón, baguette et plume

Le chef argentin dirige "El Prometeo", un opéra baroque oublié d'Antonio Draghi, et en compose l'acte III !

Par François Hudry | Vidéo du jour | 8 mars 2020
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L’état lacunaire de tant de manuscrits d’opéras et d’oratorios baroques représente un terrain de jeu des plus tentants pour les interprètes et les musicologues d'aujourd’hui. Il est toutefois assez rare qu’un interprète du XXIe siècle compose de toutes pièces un acte entier. C’est le cas pour El Prometeo du compositeur italien Antonio Draghi, actif à la cour des Habsbourg à Vienne.

Composé en 1669, c’est un des rares opéras de cette époque en castillan, ce qui donne à cette découverte une importance historique essentielle. Draghi est un héritier direct de Monteverdi et de Cavalli, dont il a chanté les œuvres dans sa jeunesse et dont il perpétue le style. Sa musique dramatique mélange adroitement les situations comiques, à l’instar de ce qui se faisait couramment à l’époque. Une tradition qui va se prolonger jusqu’à Mozart via les opéras de Jommelli, que le jeune compositeur admirait.

Persuadé de découvrir le manuscrit complet, Leonardo García Alarcón a dû déchanter et s’est trouvé piégé alors que la création de l’œuvre était prévue à l’Opéra de Dijon. Il fallait donc soit annuler la production, soit assembler d’autres œuvres en créant un « pasticcio » à la mode du XVIIIe siècle. Le vertige de la page blanche n’a pas paralysé le chef d’orchestre qui s’est mis dans la peau de Draghi en composant intégralement le troisième acte d'El Prometeo, le plus dense et le plus dramatique, irrémédiablement perdu.



Dépassant le simple plagiat, GLeonardo García Alarcón s’est plu à rendre hommage à l’opéra autrichien, empruntant ses modèles à Antonio Draghi bien évidemment, mais aussi à Cesti, à Caldara jusqu’à Mozart.

Le résultat de ce tour de force est une illusion parfaite grâce à une assimilation des styles lui permettant d’imaginer une musique inspirée et en parfait accord avec le reste de la partition. Le Chœur de chambre de Namur, de très nombreux solistes et les couleurs ensorcelantes de la Cappella Mediterranea ont largement contribué au succès d’une production que l’on peut goûter sur l'album que vient de publier le label Alpha.

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