Dr. John ferme son cabinet

Le mythique pianiste de la Nouvelle Orléans s'est éteint à l'âge de 77 ans...

Par Marc Zisman | Vidéo du jour | 7 juin 2019
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Ragoût mêlant bouillon aromatisé, viandes ou crustacés, épaississant et surtout la Sainte Trinité des légumes (céleri, poivrons et oignons), le gumbo est LE plat de la Nouvelle Orléans. Un classique culinaire dont la version musicale s’appelle Dr. John. A 77 ans, celui qui vit le jour sous le nom de Malcolm John Rebennack jr. a été terrassé par une crise cardiaque le 6 juin 2019. A la fin des sixties, ce Doc pianiste eut l’idée de concocter une potion magique – non remboursée par la Sécu – à base de rhythm’n’blues de Nouvelle Orléans, de blues cru, de boogie woogie éternel, de chants créoles, de jazz ivre, de funk mystique, de zydeco et d’une pincée de psychédélisme rock alors ambiant.

En plus d’avoir UN son, Dr. John avait UNE dégaine ! Veste en peau de serpent, haut-de-forme lardé de plumes indiennes, colliers vaudous et breloques typiques du Mardi Gras sudiste, impossible de résister à cet excentrique devenu un Dieu dans sa Louisiane natale et une icône du piano aux côtés de ses compatriotes Fats Domino, Professor Longhair, James Booker et Huey (Piano) Smith.



Dr. John laisse derrière lui une copieuse discographie d’une trentaine d’albums et dont l’âge d’or est concentré chez Atco, une division d’Atlantic Records, entre 1968 et 1974, avec sept albums : Gris-Gris (1968), Babylon (1969), Remedies (1970), The Sun, Moon & Herbs (1971, avec Eric Clapton, Bobby Keys, Mick Jagger, Doris Troy et P. P. Arnold), Dr. John’s Gumbo (1972), In the Right Place (1973, avec les Meters) et Desitively Bonnaroo (1974, également avec les Meters). Il osera aussi des disques plus jazz (Bluesiana Triangle en 1990 avec le batteur Art Blakey et le saxophoniste David "Fathead" Newman) voire moderne (Locked Down en 2012 avec Dan Auerback des Black Keys) et des collections de standards (In a Sentimental Mood en 1989 porté par son duo avec Rickie Lee Jones, Makin’ Whoopee!).



Son style hypnotisera ses confrères qui ont invité son piano et/ou sa voix sur Living the Blues (1968) et Future Blues de Canned Heat (1970), Exile on Main Street (1972) des Rolling Stones, A Period of Transition (1977) de Van Morrison, 20 (1988) d’Harry Connick Jr., Ladies and Gentlemen We Are Floating in Space (1997) de Spiritualized, One Kind Favor de B.B. King (2008) et Renaissance (2012) de Marcus Miller. Une carrière ponctuée par son addiction chronique à l’héroïne et couronnée, en 2011, par une logique entrée au Rock & Roll Hall of Fame.



Vénéré par ses confrères et les critiques, Dr. John ne plafonnera jamais au sommet des charts. Et son compte en banque grossira surtout pour ses nombreuses musiques de pub, comme pour la chaîne de fastfood Popeyes Chicken & Biscuits ou les cookies Oreo… Il fait une apparition dans The Last Waltz (1978), le documentaire de Martin Scorsese sur le dernier concert du Band, et joue son propre rôle dans quatre épisodes de la série Treme (2010 – 2013) produite par HBO.



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