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Daft Punk, no future

Par Marc Zisman |

Leur dernier album studio datait de 2013 et beaucoup attendaient leur comeback. Mais Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo en ont décidé autrement, mettant fin de manière inattendue à la saga Daft Punk...

Personne n’avait parié un kopeck sur le split soudain de Daft Punk, officialisé le 22 février 2021 par le simple post d’une vidéo de 7 minutes et 57 secondes. Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo reprenaient en fait des images de leur film de 2006, Electrorama, pour annoncer la fin de leur duo lancé en 1993.

Presque trois décennies pour seulement quatre albums studio mais une influence et un impact sans équivalent sur la musique de la fin du XXe siècle et du début du XXIe.

Mais comment deux jeunes bidouilleurs franciliens sont devenus les rois de la planète électro en imposant un son bien à eux. Une empreinte considérable à laquelle la brève carrière rock du duo au sein du groupe Darlin' n’avait pas préparés grand monde. Cette passade adolescente aux côtés de Laurent Brancowitz, futur membre de Phoenix, aura au moins permis à Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo de trouver leur nom. La légende veut que l'hebdo anglais Melody Maker ait qualifié à l'époque la musique du trio de « daft punk », comprenez « punk débile ». Les Parisiens prennent une direction autre à partir de 1993, et sortent un premier single acid house sur le label anglais Soma. Viendra ensuite le titre qui attirera l'attention de toute la planète techno : le tubesque Da Funk, accompagné du célèbre clip à l'homme à tête de chien, réalisé par Spike Jonze. Le nom de Daft Punk est alors sur toutes les lèvres !

En 1997, la sortie du premier album Homework chez Virgin fait l'effet d'une bombe. Savant mélange de techno saturée et de house filtrée bourré de samples disco/funk, il emporte vite l'adhésion du public. La critique s'extasie devant cette combinaison d'influences inédites, et hisse le binôme francilien en fer de lance de la très en vogue French Touch… Alors que leur notoriété grandit, Thomas et Guy-Man choisissent de cacher leur identité et adoptent un look de robots rétro-futuristes. Volonté de mettre la musique au premier plan, protection ou snobisme ? Quelles que soient leurs intentions, un véritable mythe naît autour des Daft, renforcé par l'attente qui précède le second album, Discovery.

Paru en 2001, il constitue un virage pop eightie pour Daft Punk, marqué par l'utilisation massive du vocodeur. L'ensemble des titres sera utilisé comme bande-son pour un manga, Interstella 5555, réalisé par le créateur d'Albator. Une expérience réitérée la décennie suivante pour le film de science-fiction Tron : Legacy. Après Human After All, troisième album sorti en 2005, Daft Punk enchaîne avec la tournée Alive 2007, dix ans après la première édition. Le duo se produit partout dans le monde et éblouit par ses performances scéniques, jouant du haut d'une imposante construction pyramidale.

Virage à 180° pour Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ! Avec leur quatrième album Random Access Memories qui sort en mai 2013, les Daft bouclent l'ère de la musique électronique faite sur un simple laptop dans une chambre de 10m² pour revenir à la bonne vieille méthode à l'ancienne. Célébration du beau son et hymne grandiose au mythe du studio d'enregistrement perçu comme une Mecque de la musique, RAM semble avoir été conçu à la fin des seventies, avec les moyens et l'hédonisme de cette époque où régnaient notamment le disco et le rock californien.

Les influences on ne peut plus éclectiques s’entrechoquent comme par magie : Chic, Steely Dan, Alan Parsons Project, Todd Rundgren, Pink Floyd, etc. Pour épauler le tandem dans sa démarche rétro-futuriste, un impressionnant et éclectique casting de stars a fait le déplacement : du pape du disco Giorgio Moroder (dont la BO du film Midnight Express est entrée dans la légende) à Nile Rodgers (cerveau guitariste du groupe Chic) en passant par Paul Williams (Monsieur Phantom of the Paradise en personne !), Pharrell Williams, Todd Edwards, DJ Falcon, Gonzales, Panda Bear et Julian Casablancas des Strokes, difficile de rivaliser.

Au final, Random Access Memories ne regarde pas uniquement dans le rétroviseur car le travail de Thomas et Guy-Man est bel et bien ancré dans son temps. Entre disco futuriste et pop ovni, ce quatrième et ultime Daft Punk studio est impressionnant et laisse entrevoir de nouvelles perspectives pour un groupe ayant su se remettre en question…

Des perspectives plutôt minces en réalité. En 2016, les Daft collaboreront avec The Weeknd sur Starboy et I Feel It Coming, deux titres qui propulsent le Canadien au sommet des charts. L’année suivante, ils produisent Overnight des Australiens de Parcels. Et puis… clap de fin ! D’une certaine manière, cette annonce inattendue arrive après sept années de quasi-silence. Pourquoi maintenant ? Lassitude ? Envie d'ailleurs ? Des questions qui risquent d’agiter les dîners en ville pendant un certain temps…

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