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Wolfgang Amadeus Mozart

Que dire de Mozart qui n’ait déjà été cent mille fois ressassé dans cent mille biographies, dont beaucoup se copient d’ailleurs les unes les autres – colportant, par effet domino-téléphone-arabe, de plus en plus d’idioties… Alors, ajoutons une cent-mille-et-unième biographie au grand concert des bêtises !

Mozart a tout fait avant les autres : trois jours avant son quatrième anniversaire il apprenait par cœur son premier morceau au piano. Avant six ans il jouait pour le prince de Bavière. Avant dix ans il avait déjà tourné pendant quatre ans à travers l’Europe à donner des concerts devant les têtes couronnées. Avant dix-huit ans il avait écrit trente symphonies. Avant trente ans il entrait, de son vivant, dans la mythologie musicale de la planète. Et avant trente-six ans il était mort.

Joannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus Mozart, ou Wolfgang Amadeus Mozart, est né le 27 janvier 1756 à Salzbourg, alors principauté ecclésiastique du Saint-Empire romain germanique. Reconnu prodige dès trois ans, il en sait assez à six pour que son père Leopold entraîne toute la famille en tournée européenne pendant trois ans et demie, de juillet 1763 à novembre 1766, sans jamais revenir à la maison au cours du voyage. Leopold, piètre musicien mais âpre businessman, avait compris que Wolfgang et sa grande sœur Nannerl, musicienne elle aussi, lui rapporteraient bien plus que son propre poste de sous-fifre musical à la cour de Salzbourg. En effet, les concerts donnés par les enfants généreront des sommes considérables, dont les marmots ne verront jamais un fifrelin, devant se suffire du gîte, du couvert et de gifles s’ils ne faisaient pas leurs gammes. La petite troupe voyagera à travers l’Allemagne, puis Bruxelles, Paris, Londres (où, à la différence des autres métropoles, les revenus seront si minables que Léopold fera pianoter les enfants tous les soirs à l’auberge, histoire de racler quelques pennies), les Pays-Bas, Lyon, la Suisse puis enfin le retour à Salzbourg. Mozart aura joué pour bon nombre de têtes couronnées, pour Goethe aussi (épaté, le vénérable écrivain !), et sera continuellement exhibé comme un animal de foire par son père surtout préoccupé par sa bourse, son estomac et sa gloriole, ainsi qu’on le comprend à la lecture de ses affligeantes lettres. La tournée alterne concerts, retards, déceptions, triomphes, fatigues et maladies, en plus des interminables trajets : le Paris-Londres d’avril 1764 prend deux semaines de diligence, de poux, de mal de mer et de froid. Bilan financier médiocre, les pourtant considérables rentrées égalant les dépenses, imprévisibles et écrasantes. Bilan musical : à dix ans Mozart est déjà un soliste international, il a composé des dizaines d’œuvres allant de la sonate à la symphonie en passant par la messe et le bal ; il est armé pour une vie de musicien professionnel. Bilan humain : désastreux, Mozart est de santé fragile, il a été privé de son enfance, et son père l’a usé tel un enfant-esclave.

De retour à Salzbourg, Mozart compose coup sur coup trois opéras et, avant l’âge de treize ans, est nommé musicien de la cour, un poste hiérarchiquement coincé entre valet et cuisinier. Il poursuit ses tournées, surtout en Italie où il sera reçu par le pape et fêté de toutes parts ; c’est encore son père qui le cornaque, car ce que Leopold perd en congés sans solde est largement compensé par les cachets de son fils. Hélas, en 1771, l’antique archevêque de Salzbourg meurt, remplacé par le rigoureux prince-archevêque Colloredo qui réprouve les continuelles absences de Mozart père et fils. De plus, Colloredo entend dicter à Mozart le genre d’œuvres qu’il doit écrire pour la cour et la chapelle, alors que le flambant teen-ager déteste se faire imposer les limites de son génie. Ce seront donc d’incessants conflits entre le psychorigide Colloredo et le jeune rebelle Mozart. En 1778, il retourne en France pour une désastreuse tournée, seul avec sa mère puisque Colloredo refuse un n-ième congé à Léopold. Mozart y perdra ses illusions – impossible de décrocher le moindre poste à Paris – ainsi que sa mère, morte au cours du voyage. De retour à Salzbourg, il accepte une commande de l’opéra de Munich et demande encore un congé sans solde à Colloredo, qui, après l’avoir traité de voyou et de crétin, lui confirme son accord et accessoirement son licenciement d’un magistral coup de pied au cul, dispensé par le maître de cuisine, le soulier princier ne daignant pas s’essuyer sur le derrière d’un vulgaire laquais musicien.

On est en 1781, Mozart, vingt-cinq ans mais célèbre et adulé, fuit Salzbourg et Colloredo avec soulagement, et s’installe dans la grande capitale artistique qu’est alors Vienne, où il vivra jusqu’à sa mort dix ans plus tard. Débarrassé des encombrantes autorités de son père et du prince-archevêque, il se lance dans une carrière de virtuose et compositeur free-lance, grande nouveauté à cette époque où les musiciens étaient toujours des petits employés, voire de vils laquais. Contrairement aux idées reçues, Mozart connaît un succès éclatant : il reçoit commande sur commande de la part des plus grands (l’empereur Josef II commandera L’Enlèvement au sérail et Cosi fan tutte), des salaires très confortables, et mène grand train. Hélas… véritable panier percé flambeur, il est incapable de gérer un budget familial. Sa santé chancelante et les couches à répétition de sa femme n’arrangent rien à ses finances, de sorte qu’il s’endette toujours davantage. Après les ultimes succès (La Flûte enchantée, créée à Prague deux mois avant sa mort, est un triomphe), il s’éteint chez lui en travaillant au Requiem, le 5 décembre 1791, deux mois avant son trente-sixième anniversaire.

Les musicologues s’arrachent les cheveux pour démêler mythes et mensonges entourant la mort de Mozart et « l’affaire du Requiem » d’un mystère bien théâtral. Tellement théâtral que le poète russe Pouchkine écrivit en 1830 une pièce Mozart et Salieri dans laquelle Salieri est dépeint comme un vil jaloux réussissant à empoisonner Mozart pour s’en débarrasser. Ridicule ! C’est Mozart qui jalousait Salieri, accusant « les Italiens » de venir se goberger sur les Bretzel des Autrichiens. Nombre de lettres de Mozart à son père se plaignent que Salieri et autres Italiens décrochent des postes, des honneurs ou des commandes à sa place… En réalité, Pouchkine brossait là une étude sur la jalousie, utilisant deux personnages connus pour étayer son propos ; hélas, la postérité le prit au mot et le film Amadeus entérina la méprise. La vérité est bien différente. Salieri fut un excellent collègue, champion de la musique de Mozart qu’il contribua à promouvoir, du vivant de son concurrent comme après sa mort. Que justice lui soit ici rendue. L’infortuné jeune compositeur mourut de rhumatisme articulaire aigu, aggravé par la prise de médicaments au mercure ; avec quelques milligrammes de pénicilline, on aurait le fin mot du Requiem, mais un mythe en moins.

Depuis deux siècles, la planète entière connaît une incroyable Mozartolâtrie : outre des milliers d’enregistrements de ses œuvres, quelque douze mille livres écrits à son sujet, un film et un opéra-rock retraçant vaguement sa vie, on retrouve son nom sous forme de pralines (les Mozartkugeln), parapluies, montres, tasses, chopes à bière, assiettes, serviettes-éponge, saucisses, nounours, yaourts, préservatifs, zones industrielles... On a même fait écouter Mozart aux vaches pour voir si elles produisaient plus de lait. Kitschissime ! Le marché mozartien est estimé à plusieurs milliards d’euros annuels.

Contrairement à la légende, Mozart n’a pas été jeté dans une fosse commune, sous la tempête, abandonné de tous. Il a bénéficié d’un enterrement de troisième classe, comme presque toute la population viennoise d’alors y compris la bonne bourgeoisie, selon les règlements sanitaires en vigueur : cercueil recyclable, corps inhumé dans une simple toile, pierre tombale optionnelle, mais bien dans une tombe personnelle. Seule l’aristocratie pouvait s’offrir des funérailles plus élaborées ; Mozart avait rang de laquais, il fut dignement enterré en laquais. Quant à la pluie et la neige, c’est du cinéma… les registres de l’époque attestent que ce 5 décembre 1791 était ensoleillé. Par ailleurs, la tradition exigeait que les proches ne suivissent pas les processions jusqu’au cimetière, surtout pas la veuve. Enfin, les emplacements étant recyclés tous les dix ans, celui de Mozart fut oublié car la veuve ne se préoccupa de savoir où était déposée la dépouille que des années plus tard, quand commença la folie mozartolâtrique – trop tard, les nonosses avaient déjà été exhumés et, cette fois, bel et bien déposés dans une fosse commune. Et si, à Vienne, on n’organisa guère de commémorations posthumes, il en fut tout autrement à Prague où, une semaine après la mort de Mozart, une messe en son honneur rassembla quatre mille personnes tandis que les cloches sonnèrent pendant trente minutes.

On en oublierait presque de parler de ses œuvres… Si Mozart n’a rien d’un révolutionnaire comme Beethoven ou Berlioz, il n’en a pas moins écrit la musique la plus subtile, sublime et émouvante, transcendant tous les moyens musicaux de son époque. Bien que ses partitions soient plus complexes que celles de ses contemporains, on parle de la divine simplicité de Mozart. Eh oui, sa musique semble évidente : il suffisait de trouver… Quarante symphonies, douze opéras, une trentaine de concertos, quelque vingt sonates pour piano, des dizaines de quatuors à cordes, des messes, de la musique de divertissement et de bal, un Requiem qu’il n’eut pas le temps de terminer : il nous a légué sept cent œuvres parmi lesquelles plusieurs des plus grands traits du génie humain de tous les temps. On dispose également de très nombreuses lettres de Mozart à ses parents, sa sœur, sa cousine, ses amis et ennemis. Le ton employé pour ses parents et dignitaires ne manque pas de panache, mais les lettres à sa cousine seraient à classer X-Scatologique ! Malgré l’imbécile censure du XIXe siècle (où l’on n’hésitait pas à épurer ses lettres au ciseau), il se trouve suffisamment d’exemplaires pour souligner combien Mozart était farceur, boute-en-train et grivois, le tout dans un invraisemblable mélange d’allemand, de dialecte viennois, de français de cuisine, d’italien-spaghetti, de latin imaginaire et de mots inventés ; on croirait l’entendre parler, tant ses lettres sont spontanées et vivantes. Il y utilise même le verlan, signant parfois TRAZOM.


© Qobuz 02/2013

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