Caroline Cartier Mai 68 : le Mythe du paradis perdu

Mai 68 : le Mythe du paradis perdu

Caroline Cartier

Paru le 10 juin 2015 chez INA Mémoire vive

Artiste principal : Various Interprets

Genre : Diction > Français > Documents historiques

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Album : 1 disque - 12 pistes Durée totale : 00:55:09

  1. 1 Révolte ou révolution

    Georges Pompidou, voix - Premier ministre, voix - François Mitterrand, voix - Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), voix - Manifestants, voix - Police, voix

  2. 2 "Nous ne sommes rien, soyons tout"

    Daniel Cohn-Bendit, voix

  3. 3 Question de liberté

    Atelier d'un tapissier, bruits

  4. 4 Seize ans

    Romain Goupil (lycéen), voix - Marguerite Duras, voix

  5. 5 "La charrue avant les bœufs"

    Une jeune fille, voix - Une gynécologue catholique du Planning familial, voix

  6. 6 La société du spectacle

    Jean-Claude Bourret, voix

  7. 7 "Camarades ouvriers, votez à main levée "

    Manifestants, voix

  8. 8 "Que se passe-t-il ?"

    Interprètes divers

  9. 9 La voie des politiques

    Georges Pompidou, voix - François Mitterrand, voix - Waldeck Rochet, voix - Charles de Gaulle, voix

  10. 10 Le temps… des négociations

    Interprètes divers

  11. 11 "Je ne me retirerai pas"

    Général De Gaulle, voix

  12. 12 Tourner la page

    Interpètes divers

À propos

Révolte ou révolution - "Nous ne sommes rien, soyons tout" - Question de liberté - Au lycée - La charrue avant les bœufs" - "C'est extraordinaire".../ F. Mitterrand, G. Pompidou, D. Cohn-Bendit, M. Duras, R. Goupil, Ch. De Gaulle...

Détails de l'enregistrement original :

54'20 - Notes en français
1 - Révolte ou révolution 3'20
2 - "Nous ne sommes rien, soyons tout" 8'15
3 - Question de liberté (*) 4'34
4 - Au lycée (*) 3'05
5 - "La charrue avant les bœufs(*) 3' 15
6 - "C'est extraordinaire" La société du spectacle 3'30
7 - "Camarades ouvriers, votez à main levée " 7'10
8 - "Que se passe-t-il ?" 5'26
9 - la voie des politiques 4'40
10 - Le temps… des négociations 2'20
11 - "Je ne me retirerai pas" 5'
12 - Tourner la page 7'
Ballade sonore en Mai 68Les évènements de Mai 68 en France furent l’aboutissement d’une longue période de restrictions économiques, d’inégalités sociales et de lourdeurs politiques. Les premiers remous étudiants, dès mars 1968 à la faculté de Nanterre, n’ont été que les vaguelettes annonciatrices d’une lame de fond plus profonde qui allait faire sauter les derniers verrous d’une société obsolète et archaïque. Dans son discours du 14 mai 1968 devant l’Assemblée Nationale, le premier ministre Georges Pompidou, reconnaissait lui-même : « Ce n’est plus le gouvernement qui est en cause mais notre civilisation elle-même. Tous les adultes, tous les responsables et tous ceux qui prétendent guider les hommes se doivent d’y songer. Il s’agit de recréer un cadre accepté de tous ». Pourquoi les étudiants furent-ils les premiers à rejeter ce carcan ? Simplement parce que, plus que tout autre secteur, l’université, appelée à former les futures forces vives de la Nation, ne répondait plus à leur attente.
L’université de 1968 réservait son éducation à une petite élite et dispensait un enseignement jugé inadapté aux besoins d’une société en pleine mutation. C’est ce que dénonceront les étudiants en rejetant l’enseignement rigide et fermé des « mandarins ».Pourquoi ce mouvement, jugé minoritaire et provoqué par des « trublions » fut-il rejoint rapidement par les ouvriers, les paysans et bientôt toutes les catégories sociales et tous les secteurs, jusqu’à ébranler les bases de l’Etat?
Parce qu’à tous les niveaux on constatait les mêmes maux : absence de dialogue, manque de reconnaissance, refus du partage, étatisme et pouvoir personnel.Le monopole de L’ORTF et la radio publique en mai 1968En 1968, la position de la radio publique est complexe. Le général de Gaulle souhaitait que la Radiodiffusion Télévision Française (RTF) devienne une institution autonome, analogue à la BBC au Royaume-Uni.
Contrairement à la RTF, l'Office de Radiodiffusion Télévision Française (ORTF), institué par la loi du 27 juin 1964, n'était pas placé sous l'autorité directe du ministre de l'Information mais sous sa tutelle, afin de contrôler le respect de ses obligations de service public…
Pour l’Etat, le rôle de la radio publique est donc de divertir, d’instruire et d’informer.
Informer oui, mais jusqu’à quel point et quelles étaient les limites de la liberté d’information?
C’est ce qu’allait expérimenter la première des chaînes d’information du service public, France Inter, durant ce mois de mai 1968. La liberté d’informer à France InterLa rédaction du journal parlé, dirigée à l’époque par Jacqueline Baudrier, décide de relater très tôt « la crise étudiante ». Dès le mois de mars 1968, des reporters, comme Yves Mourousi sont envoyés à Nanterre pour essayer de comprendre ce qui pousse les « jeunes enragés » et leur leader alors inconnu, Daniel Cohn Bendit, à crier si fort leur rejet du système universitaire. Il faut avouer que les journalistes, comme le reste de la société, ne perçoivent pas encore l’importance du mouvement qui vient de débuter dans ce « campus à la française, coincé entre une voie ferrée et un bidonville ». Dès les premiers jours de mai et les premières manifestations, la rédaction prend le parti de couvrir les évènements et essaye d’analyser le phénomène. Rapidement, les journalistes partent sur le terrain, d’abord à la Sorbonne et à Nanterre ; dans les amphithéâtres où Jean Claude Bourret enregistre les débats animés.
Ensuite en plateau, où l’on essaye d’expliquer au mieux les évènements en organisant des débats avec les protagonistes de la crise : les étudiants « modérés » ou « enragés », les recteurs d’université, les professeurs, les politiques. bientôt, le journal parlé de France Inter devient une tribune, la chaîne n’hésitant pas à bouleverser ses programmes pour faire place à l’actualité. Informer ou enflammer ?A partir des premières manifestations, dès les 3 et 4 mai, puis bien - sûr durant cette triste « nuit des barricades » ; les reporters ne quitteront plus le terrain. Infatigables témoins des évènements et de leur violente dérive.
Ainsi, Marc Alvarez, Pierre Lantenac, Pierre Salviac, Pierre Janin et bien d’autres, prennent des risques, se mêlent tantôt aux étudiants, tantôt aux forces de l’ordre. Et assistent, médusés, à l’infernale spirale de l’incompréhension et de la violence.
Paris se transforme en champ de bataille sous leurs micros ! Ils décrivent une ville en état de siège : les barricades « d’ailleurs fort bien construites » ; les premières voitures incendiées (du jamais vu à l’époque) ; le dépavage des rues; les grenades lacrymogènes qui les font pleurer et tousser au micro ; les charges de CRS ; les slogans devenus célèbres. Toute la nuit, France Inter libère son antenne pour permettre aux auditeurs de suivre les évènements en direct !A côté des radios périphériques, comme Europe 1 ou Radio Luxembourg, France Inter sera elle aussi au cœur des évènements. Ce zèle ne va pas échapper aux autorités. Dans son allocution à l’Assemblée Nationale du 14 mai 1968, Georges Pompidou déclare « Je ne peux pas ne pas souligner le rôle, en pareil cas difficilement évitable, mais néfaste de radios, qui sous prétexte d’information, enflammaient quand elles ne provoquaient pas! Entre la diffusion du renseignement et la complicité ; entre le souci de recueillir les explications des manifestants et l’appel à la manifestation, il n’y a qu’un pas et qui fut franchi parfois allègrement ».Dès la mi-mai, France Inter assiste à l’extension de la crise, les journalistes sont sur tous les fronts, à Paris et en province ; dans les usines ; auprès des paysans ; avec les syndicalistes ; à l’Assemblée, interrogeant et relatant sans relâche. En quelques jours la France est paralysée par plus de sept millions de grévistes.Au cœur de la rédaction, l’orage gronde…le 22 mai les journalistes de France Inter demande la démission de Jacqueline Baudrier et la remplace par « un comité des cinq » composé de Jacque Garat, Edouard Guibert, Roger Michaud, Henri Pajaud et Jean Raynal, comité garant de l’objectivité de l’information.
Le 23 mai, le ministère des PTT retire les moyens de diffusion des radios, en confisquant les célèbres voitures HF qui permettaient jusqu’alors aux journalistes de faire leurs reportages en extérieur. Cette mesure est largement commentée à l’antenne et jugée comme une « censure hypocrite » du pouvoir.
Qu’à cela ne tienne ! France Inter réussit à établir un dispositif d’une douzaine de reporters dans tout Paris, permettant ainsi aux auditeurs de suivre les manifestations du 24 mai et les terribles émeutes qui suivirent dans la nuit. Comment ? Tout simplement en faisant appel à la gentillesse des auditeurs, en leur demandant d’ouvrir leurs portes, de prêter leurs balcons et leurs téléphones. L’information continue vaille que vaille ! Les journalistes sont désormais devenus les acteurs de ces moments incroyables où l’on cru que le monde allait changer.Un témoignage sorti de l’oubliLongtemps ces heures radiophoniques incroyables sont restées dans l’oubli. Personne ne semblait se souvenir du rôle éminemment important joué par la radio publique en ce joli mois de mai 1968, seule source d’information après l’extension de la grève à la télévision.
Pourtant la vague de liberté s’est vite échouée sur la rive de l’ordre. La plupart des journalistes que vous entendrez ont payé le prix de cette liberté d’informer. Dès la fin des évènements, 102 journalistes de l’audiovisuel ont été remerciés, mutés, mis en congés forcés ou en retraite anticipée…Il fallait à tout prix éteindre la flamme des revendications. De même, dans les services d’archivage de l’époque, on avait jugé, inintéressants voire dangereux, ces reportages témoins du souffle libertaire balayant une société en désir de mutation. Ces documents sonores, témoignages irrévocables et vivants de cette page de l’histoire de notre pays furent conservés, certes, mais sans traitement documentaire et sombrèrent dans l’oubli pendant 40 ans ! Près de 250 documents, soit une centaine d’heures viennent d’être exhumées. Ce qui a été séléctionné ici est par conséquent inédit.
En plongeant dans ce « chaos constructif », vous pourrez redécouvrir ce patrimoine radiophonique inconnu jusqu’alors et vous faire votre propre opinion sur ces heures inoubliables de la radio publique, se posant comme témoin actif et privilégié de son époque.Florence Dartois, documentaliste à la Phonothèque de l’INA et née le 22 mars 1968 !
Mai 68. Marguerite, 28 ans, écoute la radio. France Inter surtout. José Artur, Le masque et la plume, le jeu des mille francs… interruptions des programmes et directs : sirènes, cris, explosions, les luttes, le vacarme, ça vole, ça pleut, ça pleure. Les grenades lacrymogènes, les commentaires et les toux des reporters in situ… Jean Claude Bourret, Pierre Lantenac, Yves Mourousi s'échappent de la radio dans la cuisine.Marguerite n'est pas sur les barricades, ne lance ni pavé ni cocktail molotov, elle vit loin de tout ça, dans un petit appartement à Montpellier rue de la méditerranée et aussi un peu à la campagne à Montclarat dans l'Aveyron.
Loin de tout ça. Et puis, c'est important, elle est enceinte de Jacques, pour la troisième fois en quatre ans, un peu contre son gré, la pilule est encore taboue.
En ville, dehors, l'université Paul Valéry s'agite, la place de la Comédie s'anime. La banque est fermée, elle emprunte de l'argent aux amis, aux parents, difficile de trouver de l'essence, du lait…C'est tout ce qui lui arrive à Marguerite en mai 68.
Des sons donc, tout ce qui lui arrive à Marguerite ce sont des sons.
La petite radio au fond de la cuisine.Marguerite a accouché sans douleur au mois d'octobre 1968.
Et je suis née. Marguerite c'est ma mère.Dali parlait de la vie intra-utérine. De ce "paradis sublime", ce nirvana dans lequel on se sent protégé du monde extérieur, et que la naissance vient interrompre brutalement. C'est à ce moment-là selon Dali que se forme le mythe du paradis perdu.
Un peu de ce paradis perdu, de mon paradis perdu est sur disque. Ces sons intenses, ces trésors de l'Ina, ces ambiances et ces voix si puissantes vivaient et m'entouraient, peut-être même m'ont-elles inoculé ce virus, cette passion pour le travail du son. Pendant la réalisation de ce disque, j'ai eu la chance de les retrouver et de les façonner, les imbriquer, les modeler, les sculpter et les rythmer à ma guise. Quelle chance donc mais surtout quel plaisir. En espérant qu'il soit partagé.Caroline Cartier

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