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Bertrand Burgalat, l'inclassable

Par Nicolas Magenham |

Avec le magnifique "Rêve capital", le plus dandy des musiciens de l'hexagone signe un nouvel album encore plus insaisissable...

Corynne Charby vivait sa vie à pile ou face. Dans son onzième album solo intitulé Rêve capital, l’inclassable Bertrand Burgalat voit la sienne à pile et face : chaque objet de sa contemplation est abordé à la fois sous un angle réaliste et sous un autre angle – onirique ou absurde, la plupart du temps.

Le Flash qui ouvre ce petit chef d’œuvre est celui de la radio qui annonce les mauvaises nouvelles, mais aussi celui des appareils photo et du pop art, ces flashs qui émerveillent ou réveillent celui qui les reçoit en pleine face (voire, à l’image des lampes aveuglantes de James Stewart dans Fenêtre sur cour, qui sauvent la vie). Comme un maître de la littérature fantastique déchirant le rideau de la réalité pour mieux dévoiler les affres de l’inconscient, Burgalat déchire celui de notre monde contemporain afin de rendre les choses plus supportables et séduisantes. Mais chez lui, le geste n’est pas effrayant ; il est raffiné, drôle, suave et affable.

Dans È Pericoloso Sporgersi, Burgalat est un voyageur qui décrit le paysage provençal qui s’offre à ses yeux, avec ses centres commerciaux coincés entre la montagne et la mer. Dans J’ai adoré cette journée, il est, là encore, pris en étau entre le souvenir heureux d’une journée idyllique et le retour à une réalité plus anxiogène quand vient le soir (l’inévitable séparation, la fermeture des cafés…). Et dans l’un des summums de l’album, Rêve capital, c’est comme s’il était une sorte de Satie transformé en bûcheron endormi, martelant des accords assommants au piano, lesquels traduiraient les pas lourds et désormais fatigués du capitalisme.

Grâce à Bertrand Burgalat, la réalité capitaliste n'est séduisante que lorsqu’elle figure dans un rêve, avec ses logos colorés et ses jingles synonymes de désir. La dualité de l’album se traduit aussi dans sa forme, puisque les arrangements ultra pimpants et remplis de clin d’œil souriants (les cuivres façon Rocky dans Parallèles) contrastent violemment avec les images mortifères qui jonchent l’album (le saut dans le vide dans Du haut du 33e étage, la vieillesse inéluctable dans Retrouvailles). Enfin, parmi les featurings du disque, citons les chœurs de Catastrophe, les remixes de Yuksek, le texte inspiré de Marie Möör (Vous êtes ici), ainsi que la présence vocale de la petite Jacqueline, la propre fille de Bertrand Burgalat (Correspondance).

En mars 2012, Bertrand Burgalat rendait visite à Qobuz à l'occasion de la sortie de son album Toutes directions. Séance de rattrapage :

ÉCOUTEZ "RÊVE CAPITAL" DE BERTRAND BURGALAT SUR QOBUZ

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