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Sabine Devieilhe, tristesse et joie

Par Pierre Lamy |

Aux côtés de l'Ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon, la soprano colorature signe un album "Bach - Haendel" pour lequel "les larmes coulent, et l'âme cherche le repos."

Nous avions presque la sensation d’être clandestins, l’ensemble Pygmalion et moi, en cette semaine de décembre 2020 quand nous passions la grande porte de l’église dans laquelle nous enregistrions. Justificatifs de déplacement et tests n’ont finalement pas fait le poids face à la magie de cette musique. Bach et Haendel sonnent si familiers que l’apaisement opère. Nous voulions par ce programme rendre l’affliction, le repentir et la joie, le désir à travers des pages profanes et sacrées de ces deux compositeurs. De Cléopâtre à la figure du Pécheur dans la cantate BWV 199, les larmes coulent, et l’âme cherche le repos”.

Ils sont nombreux, les arrières-plans de la pandémie, à avoir marqué de leur sceau les enregistrements d’albums publiés en 2020 et 2021. Les mots de Sabine Devieilhe tirés du livret résument bien l’esprit de catharsis dans lequel la soprane et l’Ensemble Pygmalion ont enregistré ce programme sobrement Bach - Haendel. On y retrouvera les cantates religieuses de Bach Mein Herze schwimmt in Blut, BWV 199 (littéralement “Mon coeur baigne dans le sang”) et Jauchzet Gott in allen Landen, BWV 51 (“Exaltez Dieu en toutes les contrées”), ainsi que des extraits des oratorios Il trionfo del Tempo e del Disinganno, HWV 46a et Brockes Passion, HWV 48 et de l’opéra Giulio Cesare in Egitto, HWV 17 de Haendel.

Raphaël Pichon dirige un Pygmalion alerte aux attaques acérées, prolongées par la voix déchirante et sublime de Sabine Devieilhe. L’accent est porté sur la théâtralité des textes ; c’est particulièrement probant dans la cantate Mein Herz schwimmt in Blut. Devieilhe n’a pas menti en disant que “les larmes coulent et l’âme cherche le repos”. On devine le travail de précision mené autour du timbre de chaque instrument, notamment pour l’orgue qui explore des registrations inattendues mais agréables dans leur hauteur acidulée.

La prestation du baryton Stéphane Degout - qui rejoint la distribution le temps du duo “Soll mein Kind, mein Leben sterben / Ja, ich sterbe dir zu gut extrait de la Brockes-Passion - est toutefois un brin moins convaincante, mais est-ce dû sans doute à la présence solaire de Devieilhe qu’il est difficile d’égaler.

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