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Norah Jones, 20 ans après...

Par Stéphane Ollivier |

Pour souffler ses deux décennies, le premier album de la star américaine ressort dans une Super Deluxe Edition pleine d'inédits...

Lorsqu’il parût en février 2002 sur le prestigieux label Blue Note, Come Away With Me fit l’effet d’un séisme ouaté ébranlant soudain l’ensemble des codes de la musique vocale populaire sans qu’on comprenne trop alors par quels sortilèges. Opérant une sorte de synthèse subtile entre l’americana, le jazz et la pop, sans pour autant relever pleinement d’aucun de ces grands genres institués, ce tout premier disque d’une jeune chanteuse de 22 ans totalement inconnue, imposait sa “familière étrangeté” avec une telle évidence, qu’il semblait quasi inconcevable qu’il fût autre chose que le fruit d’une génération spontanée miraculeuse et dénuée de toute intentionnalité trop précise. C’est le grand mérite de du très beau coffret imaginé par Blue Note pour célébrer les 20 ans de ce disque mythique qui propulsa du jour au lendemain Norah Jones au firmament des stars mondiales de la “chanson”, que, en une sorte de plongée archéologique aux sources de sa genèse, nous révéler au contraire les affres et les incertitudes qui présidèrent à sa création en publiant les différentes étapes du travail de haute précision qui mena finalement à sa réalisation.

En plus de la réédition entièrement remasterisée de l’album d’origine, qui à la réécoute n’a décidément rien perdu de son charme ni de son atemporalité rêveuse, cette Super Deluxe Edition propose donc en deux albums supplémentaires pas moins de 22 pistes totalement inédites le resituant chronologiquement dans son contexte. Outre les trois chansons que Norah Jones enregistra seule au piano en guise de démos et qui lui permirent d’être signée par le label, le second album est principalement composé de la première séance qu’elle enregistra suite à cette signature. Accompagnée notamment du guitariste et songwriter Jesse Harris, auteur d’une bonne part d’un répertoire de chansons originales d’où émerge Don’t Know Why, futur hit de Come Away With Me, Norah Jones y apparaît d’emblée stupéfiante de professionnalisme et de musicalité, tant au niveau de la voix, mêlant clarté, puissance, ingénuité et précision rythmique, que de son accompagnement de piano, toujours d’une grande élégance dans la litote.

Mais c’est probablement le troisième disque proposant pour la première fois dans son intégralité la première version de l’album, conçue sous la houlette du producteur Craig Street (alors auréolé de son travail avec la chanteuse Cassandra Wilson sur l’album New Moon Daughter), et en fin de compte abandonnée malgré ses indéniables qualités intrinsèques, qui donne tout son prix à l’ensemble en montrant à quel point la “sophistication naturelle” de la version finale produite par Arif Mardin fut décidément moins le fruit d’un hasard heureux que d’un travail d’élaboration et d’épure formelle d’une grande précision. Là où Craig Street, en “intégrant” littéralement la voix et le piano de Norah Jones dans l’écrin d’un orchestre de stars (Bill Frisell, Brian Blade) mettait la guitare au premier plan et offrait une version plus sombre et dramatique des chansons, Mardin allège et aère les arrangements, ralentit imperceptiblement les tempos, rajoute des chœurs et surtout replace la voix et le piano au centre du jeu, donnant à l’ensemble plus de fluidité, plus de glamour et une légère distanciation émotionnelle qui à l’arrivée s’imposera comme la véritable signature vocale de la chanteuse.

En 2016, Qobuz rencontrait Norah Jones pour la sortie de Day Breaks. Une interview dans laquelle la pianiste et chanteuse revenait notamment sur ses évolutions artistiques personnelles et son rapport au jazz :

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