Votre panier est vide

Rubriques :
News

Melody Gardot, entre deux mondes

Par Stéphane Ollivier |

Avec l'aide du pianiste et compositeur Philippe Powell, la chanteuse américaine signe une superbe lettre d'amour à la France intitulée "Entre eux deux"...

Lorsqu’est paru sur Verve en 2009 My One and Only Thrill, l’album qui la révéla au grand public à l’âge de 24 ans, beaucoup ont pensé que Melody Gardot allait faire fructifier l’imagerie glamour, sophistiquée et mystérieuse véhiculée par le disque et jouer toute sa carrière à la “chanteuse de jazz”. Il suffit de considérer sa discographie qui l’a depuis embarquée dans les registres les plus divers, pour s’apercevoir que la chanteuse et compositrice a fait le choix radicalement inverse, profitant de chaque nouvel opus pour se réinventer et révéler une facette inédite de sa personnalité.

Après le retour aux sources soul-rock de Currency of Man, célébrant la musique de sa ville natale Philadelphie puis l’hybridation baroque de The Absence empruntant ses rythmes et ses couleurs orchestrales aux musiques des divers pays du monde où elle a séjourné ces dernières années (de l’Argentine au Portugal), Melody Gardot signe aujourd’hui avec Entre eux deux un disque intimiste, personnel, apaisé, amoureux, rendant compte, comme jamais auparavant à ce point, de sa relation à la France et plus particulièrement à Paris, où elle vit en partie depuis 2016.

Conçu, composé et enregistré en étroite collaboration avec le pianiste et compositeur français Philippe Powell (fils du grand musicien brésilien Baden Powell), Entre eux deux, profitant de la proximité émotionnelle que permet la formule du duo, déploie, en un répertoire choisi mêlant chansons françaises mythiques (Plus fort que nous, le chef d’œuvre de Francis Lai et Pierre Barouh), standards brésiliens (Samba Em Preludio de Baden Powell et Vinicius de Moraes) et compositions originales chantées indifféremment en Anglais et en Français, tout un nuancier d’humeurs et de formes d’une grande poésie.

Mise en valeur avec un sens quasi-scénographique de l’espace sonore par les harmonies précieuses d’un piano volontiers impressionniste faisant naturellement le lien entre Bill Evans, Claude Debussy et l’univers de la bossa nova, la voix grave et sensuelle de Melody Gardot s’insinue avec beaucoup de sophistication et de sensibilité dans les arcanes de chansons d’amour aux mélodies imparables, empreintes d’une ineffable nostalgie. Jouant en conscience le jeu d’une certaine mythologie (l’amour fou, le Paris romantique) pour mieux s’“en jouer” avec une pointe de distanciation ironique (écouter les paroles de A la Tour Eiffel et Fleurs du dimanche, subtilement désenchantées), Melody Gardot n’a peut-être jamais semblé plus en maîtrise de son art que dans ce disque très personnel.

ÉCOUTEZ "ENTRE EUX DEUX" DE MELODY GARDOT SUR QOBUZ

 Lire aussi

À découvrir autour de l'article