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Concerts, festivals et tournées

Jordi Savall, entre le Christ et la Vierge

Par Max Dembo |

Le 11 avril, Jordi Savall sillonnera les musiques spirituelles des manuscrits hispaniques et européens des XIIe et XIIIe siècles à la Cité de la Musique lors d’un concert intitulé Bestiaire du Christ & Symboles de la Vierge.

Mercredi 11 avril, Jordi Savall et ses musiciens et chanteurs de Lux Feminae (In Memoriam Montserrat Figueras), de La Capella Reial de Catalunya et d’Hespèrion XXI se produiront à Paris à la Cité de la Musique. Au programme de ce concert parisien, des musiques des XIIe et XIIIe siècles, provenant des manuscrits du Couvent de Santa Maria de Las Huelgas, de l'Arsenal pour les œuvres de Thibaud de Champagne et Cantigas de Santa Maria d'Alphonse X.

En 1940, l’historien, archéologue et graveur Louis Charbonneau-Lassay avait publié un Bestiaire du Christ, où il étudiait les représentations animales de Jésus. « J’ai essayé de présenter, écrivait-il dans l’avant-propos, les significations exactes des figures emblématiques qui, au cours des siècles chrétiens, et dans des milieux très divers, ont été adoptées pour représenter mystérieusement la personne de Jésus-Christ sous ses divers aspects. » S’inspirant librement de cette remarquable étude, Jordi Savall sillonne les musiques spirituelles des manuscrits hispaniques et européens des XIIe et XIIIe siècles. « Dans tous les pays où ils se trouvaient, explique-t-il, les premiers chrétiens ont adapté à leur culte d’anciens emblèmes religieux locaux… Par exemple, à Rome et en Grèce, le dauphin, l’aigle, le lion, la colombe ; en Égypte, l’ibis, le phénix… »

Dans l’univers de la musique actuelle, Jordi Savall tient une place assez exceptionnelle. Depuis plus de trente ans, il fait connaître au monde des merveilles musicales abandonnées dans l’obscurité et l’indifférence : jour après jour, il les lit, les étudie, et les interprète, avec sa viole de gambe ou comme chef d’orchestre. C’est un répertoire essentiel rendu à tous les mélomanes curieux et exigeants. Un instrument, la viole de gambe, d’un raffinement au-delà duquel il n’y a que le silence, a été soustrait aux seuls happy few qui le révéraient. Avec trois ensembles musicaux fondés avec Montserrat Figueras, disparue le 23 novembre 2011, – Hespèrion, La Capella Reial de Catalunya et Le Concert des Nations – les deux interprètes ont créé un univers rempli d’émotions et de beauté, offert à tous ces passionnés de musique.

Savall est l’une des personnalités musicales les plus polyvalentes de sa génération. Concertiste, pédagogue, chercheur et créateur de nouveaux projets musicaux et culturels, il se situe parmi les acteurs essentiels de l’actuelle revalorisation de la musique historique. Sa participation au film d’Alain Corneau Tous les matins du monde, son intense activité de concerts (environ 140 par an), sa discographie (six enregistrements par an) avec la création d’Alia Vox, son propre label, prouvent que la musique ancienne n’est en rien élitiste et qu’elle peut intéresser, dans le monde entier, un public chaque fois plus jeune et plus nombreux.

Comme bien des musiciens, Jordi Savall a commencé sa formation à six ans au sein d’un chœur d’enfants à Igualada (Barcelone), sa ville natale, la complétant par des études de violoncelle, terminées au Conservatoire de Barcelone en 1964. Un an plus tard, il commence en autodidacte l’étude de la viole de gambe et de la musique ancienne (Ars Musicae), et se perfectionnera à partir de 1968 à la Schola Cantorum Basiliensis en Suisse. En 1973, il succède à son maître August Wenzinger à Bâle, y donne des cours et des master-class. Au cours de sa carrière, il a enregistré plus de 170 CD.

Parmi les distinctions et titres que Savall a reçus, mentionnons : officier dans l’ordre des Arts et des Lettres (1988), la Creu de Sant Jordi (1990), « musicien de l’année » du Monde de la Musique (1992) et « soliste de l’année » des Victoires de la Musique (1993), Médaille d’or des Beaux-Arts (1998), membre d’honneur du Konzerthaus de Vienne (1999), docteur honoris causa de l’Université Catholique de Louvain (2002) et de l’Université de Barcelone (2006), Victoire de la Musique pour l’ensemble de sa carrière (2002) et, en 2003, la Médaille d’or du Parlement de Catalogne, le Prix d’honneur de la Critique de disque allemande. Plusieurs Midem Classical Awards lui ont été décernés (1999, 2000, 2003, 2004, 2005, 2006).

En 2006, l’album Don Quijote de la Mancha : Romances y Músicas a non seulement été récompensé dans la catégorie « musique ancienne », mais il a aussi créé l’événement en étant élu « disque de l’année ». Dans l’ouvrage Lachrimæ Caravaggio s’unissent de façon novatrice la littérature, la musique et la peinture en un album dédié à ce peintre génial et infortuné : sept larmes et sept stances, avec de la musique d’époque et de Jordi Savall, sont un contrepoint musical à sa vie, telle une « bande originale imaginaire », tandis que sept de ses dernières peintures sont commentées par Dominique Fernandez de l’Académie Française.

En 2008, il a été nommé « Ambassadeur de l’Union Européenne pour un dialogue interculturel » et, avec Montserrat Figueras, « Artistes pour la paix » dans le cadre du programme des « Ambassadeurs de bonne volonté » de l’UNESCO. Dans le cadre de l’année européenne 2009, Savall a été nommé « Ambassadeur de la créativité et de l’innovation » par l’Union Européenne. En juillet, le Conseil National de la Culture et des Arts de Catalogne lui a décerné le Prix National de la Musique. En 2010, en compagnie de Montserrat Figueras, il a reçu le Prix Méditerranée remis par le Centre Méditerranéen de Littérature à Perpignan et le Midem Classical Award 2010 du meilleur disque classique de musique ancienne, ainsi que le Praetorius Musikpreis Germany en novembre 2010 pour le livre-disque Jérusalem.

Le site de Jordi Savall

Le site de la Cité de la Musique

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