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B.A.C.H. comme source d'inspiration

Du 3 au 11 décembre, la Cité de la Musique proposera un cycle autour des lettres du nom B.A.C.H., quatre lettres qui, dans la notation allemande forment un motif dont se sont inspirés nombre de musiciens, de Schumann à Schönberg et au-delà…

Par Clotilde Maréchal | Concerts, festivals et tournées | 27 novembre 2012
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Bach, ce n'est pas seulement un nom illustre. Ce sont aussi quatre lettres qui, dans la notation allemande (B = si bémol, A = la, C = do, H = si bécarre), forment un motif dont se sont inspirés nombre de musiciens, de Schumann à Schönberg et au-delà… Du 3 au 11 décembre, la Cité de la Musique proposera un cycle autour de cette thématique originale. Un cycle composé de plusieurs événements : Bach, l'incontournable : Classic Lab (lundi 3 décembre à 19h), concert de l’Orchestre de Chambre de Paris - Dmitri Jurowski - Jean-Guihen Queyras (mardi 4 décembre à 20h), Concert de Benjamin Alard (jeudi 6 décembre à 20h), concert de Philippe Bianconi (samedi 8 décembre à 16h30), Concert-promenade : B.A.C.H. : Musée de la musique (dimanche 9 décembre à 14h30), concert de Michel Béroff / Marie-Josèphe Jude (dimanche 9 décembre à 16h30) et concert de l’Ensemble intercontemporain - Conservatoire de Paris - David Robertson (mardi 11 décembre à 20h).

Ce cycle débutera donc lundi 3 décembre à la Rotonde, Salle Man Ray, 6-8 place de la Bataille de Stalingrad par un Classic Lab. Ensemble par des jeux (body-clapping, improvisation vocales...) et des exercices d'écoute et de pratique musicale, on s'approprie des musiques jouées dans la salle des concerts de la Cité de la musique. Le Classic Lab a lieu dans l'ambiance festive de La Rotonde avec, en intervenants, Lucie Kayas et Benoît Faucher.

Le lendemain, mardi 4, à 20h, Dmitri Jurowski dirigera l’Orchestre de Chambre de Paris avec Deborah Nemtanu (violon), Sarah Nemtanu (violon) et Jean-Guihen Queyras (violoncelle) dans un programme Bach (Suite pour violoncelle seul n°2), Schnittke (Concerto grosso n°3), Pärt (Collages sur B.A.C.H.) et Chostakovitch (Concerto pour violoncelle n°1). Cinq ans après le Premier concerto pour violoncelle de Chostakovitch, un jeune compositeur estonien du nom d’Arvo Pärt, né en 1935, composait en 1964 un surprenant Collages sur B. A. C. H., pour cordes, hautbois, harpe et piano. Les lettres du nom de Bach (dans la notation allemande : si bémol, la, do, si bécarre) sont omniprésentes dans la trame des trois mouvements (Toccata, Sarabande et Ricercar). Elles circulent entre des moments contrastés, du néobaroque aux plus âpres dissonances. C’est aussi la pluralité des styles qu’explore le compositeur russe Alfred Schnittke, disparu en 1998, dans l’hommage à Bach qu’est son Troisième concerto grosso (1985). On y entend des cloches sonner les quatre notes du nom de Bach, prélude à des jeux parodiques avec les conventions du concerto…

Jeudi 6 décembre, à 20h, Benjamin Alard derrière son clavecin Jean-Henry Hemsch 1761 jouera Bach. Lorsque le Contrepoint XIV de L’Art de la fugue de Bach s’interrompt en laissant l’œuvre inachevée, on peut lire sur le manuscrit ces mots, de la plume du fils du compositeur (Carl Philipp Emanuel) : « Sur cette fugue, là où le nom BACH est introduit dans le contre-sujet, l’auteur est mort. » Faut-il donc croire que, au moment précis où il introduit les lettres sonores de son nom (si bémol, la, do, si bécarre), Bach meurt, laissant cette ultime signature inscrite dans la trame polyphonique de son dernier chef-d’œuvre, pour les temps à venir ? Tel est en tout cas le mythe auquel son patronyme, qui se laisse intégralement transcrire en notes, est resté lié – un mythe qui a fait couler beaucoup d’encre et suscité des exégèses en nombre. Benjamin Alard, plus simplement, compose un programme fait d’échos et de résonances autour de ce motif, B. A. C. H, que l’on retrouve dans d’autres œuvres du cantor.

Le cycle se poursuivra samedi 8 décembre, à 16h30, avec un récital List, Schumann et Busoni du grand pianiste Philippe Bianconi… Ils sont donc nombreux à avoir prêté l’oreille aux infinies combinaisons mélodiques ou harmoniques que l’on peut tirer de quatre petites notes de musique : si bémol, la, do et si bécarre, c’est-à-dire B, A, C et H dans la notation solfégique allemande. Liszt construit avec elles un prélude et une fugue sur le nom de Bach, auquel il ne cesse par ailleurs de rendre hommage de toutes les manières possibles : ses émouvantes Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen », écrites après la mort de sa fille Blandine, empruntent leur thème au premier chœur de la Cantate BWV 12 et s’ouvrent par une fantaisie initiale sur la basse descendante du Crucifixus de la Messe en si mineur. Busoni n’est pas en reste, qui écrit une fantaisie contrapuntique sur L’Art de la fugue, œuvre inachevée que la mort a interrompue sur… les fameuses quatre lettres.

Singulier corps sonore que le piano dit « vis-à-vis », jeu auquel se prêteront Marie-Josèphe Jude et Michel Bérrof, dimanche 9 décembre à 16h30 : il s’agit en fait de deux pianos en un, comme des jumeaux siamois, les deux claviers se faisant face (Johann Andreas Stein, le facteur préféré de Mozart, avait même fabriqué des hybrides combinant un clavecin et un piano). C’est donc sur un piano double de ce type (un Pleyel de 1928) que Jude et Béroff proposent un programme tout entier dédié aux formes contrapuntiques dont Bach reste le maître par excellence et dont l’archétype romantique est la Grande fugue de Beethoven (transcrite par lui-même pour deux claviers). Une autre manière d’étendre les possibilités polyphoniques du piano, en le rapprochant de l’orgue cette fois, consiste à le doter d’un pédalier. C’est pour un instrument de ce genre que Schumann écrivit ses Études en forme de canon, qui sont une sorte d’hommage à Bach. Leur transcription pour deux pianos est signée Debussy.

Ce cycle se terminera mardi 11 décembre, à 20h, avec un concert de l’Ensemble intercontemporain et l’Orchestre du Conservatoire de Paris dirigé par David Robertson avec des pièces signées Pierre Boulez (Sur Incises, pour trois pianos, trois harpes et trois percussions/claviers), Harrison Birtwistle (Bach Measures) et Arnold Schönberg (Variations pour orchestre op. 31). Dans sa première œuvre dodécaphonique destinée à l’orchestre, ses Variations op. 31 que Furtwängler dirigea à Berlin en 1928, Schönberg rend hommage à Bach en épelant, à l’instar de tant d’autres musiciens, les quatre lettres sonores qui forment son nom : c’est le trombone qui les énonce dans l’introduction précédant le thème, mais elles reviennent également dans la variation centrale ainsi que dans la dernière. Dans ses Bach Measures (1996, pour quinze instruments), Birtwistle transcrit ou arrange quant à lui huit préludes de chorals de Bach, tirés de l’Orgelbüchlein. Tout en cherchant à dégager le squelette des pièces – à la façon d’une radiographie de la structure musicale –, l’instrumentation bouscule les lignes de la polyphonie : dans Durch Adam’s Fall, les intervalles descendants de septième dans la voix grave (une peinture sonore de la chute d’Adam) sont successivement pris en charge par le trombone, le basson et la clarinette basse.

Le site de la Cité de la Musique

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