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Chers disparus

Bernie Worrell est mort

Par Marc Zisman |

Membre fondateur et pièce maîtresse de Parliament et Funkadelic, le grand gourou des claviers funk a été emporté par un cancer à l'âge de 72 ans.

Bernie Worrell est décédé le 24 juin 2016. Membre fondateur de Funkadelic et Parliament, les deux hémisphères du cerveau du funkster George Clinton, il restera comme le grand maître des claviers funk, l’inventeur du synthé emblématique du G-Funk que lui emprunteront Snoop Dogg et autres Warren G. Sans Bernie Worrell, Dr. Dre serait-il aujourd’hui assis sur le même trône ? Piano, Wurlitzer, Clavinet, orgue Hammond B3, ARP String Ensemble et surtout Moog, il jonglait avec tous les claviers possibles et imaginables. C’est aussi lui qui signera les arrangements de la plupart des titres de Parliament et Funkadelic mais aussi ceux de toutes les autres formations de la galaxie Clinton (Bootsy's Rubber Band, Parlet, Brides of Funkenstein, Horny Horns…).

Pianiste classique de formation né le 19 avril 1944 à Long Branch dans le New Jersey, Bernie Worrell aurait donné son premier concert à seulement 4 ans, composant son premier concerto à 8 ! Joueur d’orgue Hammond derrière Dionne Warwick et Tammi Terrell, étudiant à la Julliard School of Music, il apporte immédiatement une vision symphonique à l’univers de George Clinton, une richesse harmonique et une esthétique quasi-baroque au funk rock massif de Funkadelic. Derrière ses claviers, il apparaît pour la première fois sur les expériences chimiques de Free Your Mind And Your Ass Will Follow (le cri de ralliement définitif du funk) en 1970 et de Maggot Brain l’année suivante.



«Parliament et Funkadelic avaient beau être sur deux labels distincts, racontera Bernie Worrell au magazine Dazed & Confused en 2002, la dynamique était belle et bien la même. Disons que Parliament était plus structuré et Funkedelic fonçait tête baissé dans le psychédélisme. On innovait à tous les niveaux : le look, les couches et l’acide ! Quoique pour l’acide, c’était pas vraiment nouveau mais ça nous unissait bien avec notre public qui en prenait aussi... Au début ça paraissait bizarre mais le bouche à oreille a bien fonctionné et les gens nous suivaient d’une ville à l’autre. À la longue, c’est devenu ce qu’on a appelé P-Funk… Mais c’est vrai que la drogue y fut pour beaucoup dans le résultat de notre musique... »



Sur chaque album des gargantuesques discographies de Funkadelic comme de Parliament, Bernie Worrell apposera sa touche bien à lui. Avec son disque préféré, America Eats Its Young qui parait en mai 1972, la démence clintonienne déballe pour la première fois ses apparats en cinémascope : quatre guitaristes, quatre batteur / percussionnistes, trois bassistes, cuivres à gogo, etc. Les pièces du puzzle funk de George Clinton sont enfin réunies : les chansons structurées héritées de la Motown, le psychédélisme d’Hendrix et de la scène californienne, les voix soignées chères au doo-wop, le mysticisme du gospel, le rythme fédérateur de James Brown, et la puissance de feu des groupes de rock portés par des murs de Marshall. Et Worrell est un élément clef de cette création démesurée…

Fin 1977, l’album Funkentelechy Vs. The Placebo Syndrome est comme l’acte de naissance d’un son neuf. Sur la chanson Flash Light, il utilise ses synthés pour faire… de la basse ! Ses notes si basses qui fusent de son Moog deviennent instantanément le nouveau gimmick à suivre. Comme le dira Uncle George, Bernie Worrell fait du Larry Graham au clavier ! L’année suivante, il enregistre son premier album solo, All The Woo In The World, auquel participe la plupart des membres de Parliament et de Funkadelic, Clinton compris.



La sonorité avant-gardiste de Bernie Worrell intriguera bien au-delà du funk. Au point que les Talking Heads feront appel à ses services pour de nombreux concerts comme sur leur album studio Speaking In Tongues en 1983. C’est encore lui qui co-produira, en 1984, l’album solo de Fred Schneider des B-52’s, Fred Schneider and the Shake Society. Il ajoutera par la suite d’autres noms prestigieux à son CV: Fela Kuti, Bill Laswell, Sly & Robbie, Gov't Mule, Jack Bruce, Mos Def, Will Calhoun, Doug Wimbish, Dr. Know, Les Claypool, Buckethead, Jimmy Destri, Mike Watt et Gary Lucas.



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