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Phil Spector, le mur du son s'effondre

Par Marc Zisman |

Derrière les barreaux depuis 2009, celui qui fut l’un des plus grands producteurs de l’histoire du rock s’est éteint à l’âge de 81 ans, dans la prison de Stockton en Californie. Un génie musical qui fut aussi un être méprisable et paranoïaque…

Dans l’éternel débat sur la séparation de l’œuvre et de l’artiste, le cas Phil Spector a toujours figuré en bonne place. Et du temps où il n’avait pas encore enfreint la loi, sa folie comme son agressivité étaient régulièrement évoquées par celles et ceux qui l’avaient côtoyé… Même si son activité musicale était en berne depuis des décennies, et ce bien avant sa condamnation en 2009 à dix-neuf ans de prison pour l’assassinat, le 3 février 2003, de l’actrice Lana Clarkson, Spector restera comme l’un des producteurs les plus innovants de l’histoire de la pop music et du rock'n'roll. Un titre décroché grâce à sa technique révolutionnaire d'enregistrement dite du mur du son (wall of sound) qu'il avait mise au point au début des années 60 et qu’il appliquera à des artistes aussi variés que les Ronettes (Be My Baby), les Crystals (Then He Kissed Me), les Righteous Brothers (You've Lost That Lovin' Feelin et Unchained Melody), Ike et Tina Turner (River Deep, Mountain High), les Beatles (Let It Be), John Lennon (Plastic Ono Band et Imagine) et George Harrison (All Things Must Pass) en solo, Leonard Cohen (Death of a Ladies' Man), Dion (Born to Be with You), sans oublier les papes new-yorkais du punk, les Ramones (End of the Century) !

Cette fameuse invention spectorienne était en fait un son très dense de multiples couches sonores et de réverbérations. Le producteur américain faisait jouer des dizaines de fois à la guitare électrique et acoustique la même partition à l’unisson, ajoutant de nombreux arrangements et enregistrant le tout dans une chambre d’écho conférant à l’ensemble une puissance inédite.

Si pour beaucoup less is more, le crédo de celui qui vit le jour le 6 décembre 1939 à New York dans le Bronx, était plutôt more is more ! Comme l’approche XL de Richard Wagner appliquée au rock’n’roll… Plus que simple producteur, Phil Spector était un véritable chef d’orchestre. Dans son antre de Los Angeles, le studio Gold Star, entouré de la Wrecking Crew, sa bande de fidèles musiciens redoutables comprenant notamment des guitaristes fou-furieux comme Barney Kessel, Howard Roberts et Billy Strange, il concoctait des symphonies adolescentes détaillées dans la biographie de Mick Brown, Tearing Down the Wall of Sound: The Rise and Fall of Phil Spector (en français Phil Spector, le mur de son) : « Gold Star ne disposant que d’un magnétophone mono et d’un magnétophone deux-pistes, la piste instrumentale était enregistrée sur le magnétophone une-piste, puis transférée sur le deux-pistes. Les voix étaient enregistrées sur la piste libre du deux-pistes. Les deux pistes étaient ensuite mixées ensemble afin d’obtenir le bon équilibre entre les parties instrumentales et les parties vocales, la dernière étape consistant à combiner les deux pistes en une sur le magnétophone une-piste : back to mono ! »

Spector à la baguette, la Wrecking Crew dans la fosse, sans oublier des virtuoses de la plume et des partitions, essentiellement les couples stars du Brill Building (cet immeuble new-yorkais où cravachaient les tandems experts de la composition et dont le nom sera considéré comme un courant musical) tels que Gerry Goffin et Carole King, Ellie Greenwich et Jeff Barry, Barry Mann et Cynthia Weil. Adulé et empilant les succès durant le début des sixties où le single est le format roi, il est dépassé par la vague Beatles, Stones et Dylan, synonyme de l’avènement de l’album. Ce qui ne l’empêchera pas de travailler avec les plus grands durant les années 70 et de continuer d'apposer sa patte sonore si singulière qui influencera même des années plus tard des groupes noise comme Jesus & Mary Chain ou My Bloody Valentine...

Mais la paranoïa de Phil Spector prend le dessus, comme sa consommation d’alcool et de drogue. Après l’album End of the Century des Ramones en 1980, il disparait des radars durant plus de 20 ans ! Il y eut la rumeur de collaboration avec Céline Dion, une ultime pige de production sur une poignée de titres de l’album Silence is Easy des Anglais de Starsailor en 2003, puis plus rien ! Le nom de Phil Spector bascule alors des livres d’histoire de la musique populaire du XXe à la une des tabloïds...

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