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La myopie d'Agnes Obel

Avec le superbe "Myopia", la Danoise étoffe son univers musical unique toujours aussi onirique...

Par Nicolas Magenham | Vidéo du jour | 21 février 2020
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Avant tout, reconnaissons à Agnes Obel le bon goût d’avoir intitulé son quatrième opus qui sort aujourd'hui Myopia plutôt qu’Acouphenia – même si la Danoise exilée à Berlin tente à l’occasion de transposer musicalement cette déformation de l’œil à travers certains traitements sonores plus ou moins sourds. L’exemple le plus frappant a pour titre Roscian, un instrumental à trois temps, habillé d’un piano sépulcral.

De manière moins anecdotique, Myopia évoque la démarche aventureuse qui consiste à opérer un déplacement afin de percevoir plus nettement une réalité lointaine que l’on voyait floue au départ. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’un des morceaux s’intitule Camera’s Rolling. Métaphoriquement, à travers cet effort de mise au point, Obel met naturellement en valeur l’idée de s’ouvrir au monde et de ne pas se contenter d’un environnement étriqué.



À ses yeux, le principal outil de cette ouverture se nomme « expérimentation ». Myopia ressemble à un laboratoire extravagant et éthéré qui a pour principal cobaye la voix de la chanteuse, laquelle est accompagnée d’un piano et de synthés globalement mélancoliques. Certains donnent leurs corps à la science, Agnes Obel donne, quant à elle, sa voix à la musique, en testant un maximum d’effets sur elle. Comme les alambics d’un savant fou, ses lignes de chant se croisent et se mélangent audacieusement, mais toujours harmonieusement. Son organe est trituré de multiples manières, au sein de compositions qui se situent quelque part entre Kate Bush et Scott Walker. C’est toute seule dans son studio berlinois qu’Obel s’est adonnée à cette recherche, même si, tout le long de l’album, quelques cordes jouées par d’autres se greffent à l’ensemble.



Qu’ils soient angoissants (Drosera et ses accords répétitifs dignes d’un film de Dario Argento) ou aériens (Won’t You Call Me avec des chœurs ouatés), évocateurs des affres de l’insomnie (Broken Sleep) ou de ceux de la mort (Island of Doom), ses morceaux frappent avant tout par leur extrême élégance. Avec Myopia, Agnes Obel nous tend une longue-vue chromée grâce à laquelle il est possible de voir avec netteté la beauté de ce pour quoi cette femme semble exister : la musique.

En 2013, Agnes Obel rencontrait Qobuz pour évoquer Aventine et dévoilait quelques clés pour appréhender son univers. Séance de rattrapage :



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