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L'automne de Bon Iver éclaire l'été

Bon Iver crée dans l'isolement. Son nouvel album, intitulé mystérieusement et laconiquement i, i, n'a pas fait exception à cette impérieuse nécessité. Ainsi, la tournée qui a précédé cette nouvelle moisson s'est interrompue de façon abrupte. Tétanisé par l'angoisse de ne jamais retrouver son mode de vie rural, Vernon se retire. Une parenthèse frugale pendant laquelle Vernon redevient Bon.


Par Alexis Renaudat | Vidéo du jour | 13 août 2019
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« Il y a des similarités et des affluents entre tous mes albums qui mènent jusqu’à celui-ci. Le son y est expansif ». Voilà comment Justin Vernon, la force créatrice derrière Bon Iver, définit son quatrième opus. Ponctuant douze années de vie, cet album arrive après l’hiver indie-folk de For Emma, Forever Ago, le printemps pop-chambriste de son album éponyme, et l’été orageux des glitchs électroniques de 22, A Million. Ses couleurs automnales feraient presque oublier qu'il a bien failli ne pas voir le jour. Mais une césure fertilise la suite. Conçu après un temps de repos, i,i est une synthèse de son parcours. L'homme a besoin de récits : « A tale or too », confesse le poète dans U (Man Like) :




Cette saison enchaîne les tableaux sonores avec fluidité, empilant les orchestrations picturales, les bruitages digitaux et les harmonies vocales d’un geste discret, pour dévoiler subitement la toile nue du prochain. Bon Iver revisite son histoire musicale en un millefeuille d'atmosphère et de textures qui s’accompagne d’un discours introspectif où Vernon tente de tempérer ses tendances misanthropiques par des moments plus sociables : « I should've known / That I shouldn't hide/ To compromise and to covet/ All what’s inside », chante-t-il dans le crescendo electro-folk de Faith, entrecoupé de basses vrombissantes, pendant que les chœurs et les leads saturés se fondent les uns dans les autres au troisième plan. Puis, dans l’ultime chanson RABi, il semble enfin trouver le contentement, s'adressant à l'auditeur au rythme d'une instrumentation inhabituellement dépouillée : « Sun light feels good now, don't it? And I don't have a leaving plan/ But something's gotta ease your mind/ But it's all fine, or it's all crime anyway ». C’est un final cathartique, non seulement pour le musicien ayant manifestement éloigné ses démons (« I can't be angry long », dit la voix dédoublée dans Naeem), mais aussi pour le public – pour nous qui l’avions suivi et applaudi depuis le début.


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