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ECM a 50 ans !

Le label munichois de Manfred Eicher fête un demi-siècle d'un jazz à part embarquant la tradition afro-américaine en Europe comme aux quatre coins du monde...

Par Marc Zisman | Vidéo du jour | 30 novembre 2019
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Fin 1969. Une époque où les dates de sortie d’albums s’avéraient souvent floues. Quoi qu’il en soit, le premier disque estampillé du logo ECM (Edition of Contemporary Music) fut Free At Last, un disque de Mal Waldron, pianiste culte de la scène américaine libertaire ayant jeté l’ancre à Munich deux ans plus tôt. Derrière la console, le Bavarois Manfred Eicher, violoniste et contrebassiste ayant notamment joué au sein du Philharmonique de Berlin.

« Honnêtement, tout ça a commencé de façon très innocente », se souvient le fondateur d’ECM. « J’étais juste un musicien de formation classique, écoutant de la musique classique et du jazz et qui a préféré arrêter de jouer de la contrebasse pour être producteur et être ainsi plus proche de la musique. Et je ne voulais pas me limiter à un seul instrument. Ni voyager aux quatre du monde comme soliste. En devenant producteur, je pouvais approcher la musique pour la sculpter. Un sculpteur musical. Mais ça ne s’est pas produit soudainement. Non car lorsque j’enregistrais en tant que musicien au sein d’orchestres, je ne pouvais pas m’empêcher d’aller derrière la console pour réécouter ce qui avait été enregistré. Et d’ailleurs, le résultat ne me plaisait jamais. En devenant producteur moi-même, en enregistrant des jazzmen, j’ai immédiatement voulu amener l’idée, la philosophie et la concentration de la musique de chambre enregistrée. Une clarté dans l’approche. Dans la concentration. Dans la dynamique même. Quelque chose alors absent des disques de jazz. A l’époque, ça n’existait pas vraiment. »

Manfred Eicher et Keith Jarrett à Vérone en 2001 - © Roberto Masotti / ECM Records


En 1969, le producteur allemand n’est évidemment pas le gourou qu’il deviendra par la suite. La suite justement fête ses 50 ans. Un demi-siècle de jazz autrement. Lorsqu’ECM voit le jour à la fin des sixties, ce jazz est chahuté de partout. Free pour les plus avant-gardistes, rock pour les plus électriques. Eicher définira au fil des ans et des albums un univers qui mêlera ces styles à des considérations plus européennes, qu’elles soient classiques ou folkloriques, mais aussi un brin world, même si le terme réducteur et marketing encageant toutes les musiques du monde n’existait alors pas.

Regarder – et surtout écouter – cinq décennies de disques ECM, c’est découvrir un monde bien à part, tout sauf coupé des autres mondes justement, mais singulier dans ses courbes souvent contemplatives, comme en apesanteur. Ce jazz pluriel embarque la tradition aux quatre coins du monde, non pas pour la déstabiliser mais plutôt pour l’enrichir... La formule le plus beau son après le silence collera à la peau d’ECM car Manfred Eicher a toujours vécu non pas hors du temps mais plus précisément dans un temps parallèle à celui de la société, faisant de son label une planète de toute beauté où le jazz résonne différemment. Et c’est souvent pour ECM que Keith Jarrett, Charles Lloyd, Jan Garbarek, Chick Corea et tant d’autres ont enregistré leurs disques les plus intenses.

Petit florilège de vidéos de ces 50 années avec quelques artistes « maison » incontournables. D'abord Keith Jarrett en trio avec le contrebassiste Gary Peacock et le batteur Jack DeJohnette, le 25 juillet 1993 à l'Open Theatre East de Tokyo dans le standard I Fall in Love to Easily :



Ici en 2001 à Montréal, le saxophoniste Charles Lloyd propose une version inspirée de Lotus Blossom de Billy Strayhorn (il l'a enregistré l'année précédente pour ECM sur son album The Water is Wide) avec Geri Allen au piano, Marc Johnson à la contrebasse, Billy Hart à la batterie et John Abercrombie à la guitare :



Un autre incontournable de l'histoire d'ECM, le duo formé par le pianiste Chick Corea et le vibraphoniste Gary Burton, ici en concert à Tokyo en 1978 pour le sublime Children's Songs, l'un des temps forts de leur album de 1973 Crystal Silence :



Le Norvégien Terje Rypdal est un autre pilier d'ECM avec une vingtaine d'albums pour le label. Sur ces images de 1992, le guitariste est entouré de ses compatriotes Bjørn Kjellemyr à la contrebasse et Audun Kleive à la batterie :



Et enfin, Nils Petter Molvær dont l'album Khmer fut la grosse claque ECM de 1997. Deux ans plus tard, le trompettiste norvégien est à Leverkusen en Allemagne aux côtés d'Eivind Aarset, Audun Erlien, Anders Engen, Rune Arnesen et Pål Nyhus alias DJ Strangefruit :



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