Catégories :
Panier 0

Votre panier est vide

Philippe Hersant

Pendant deux ou trois décennies, être un compositeur français était une tâche sisyphienne pour quiconque n'était pas subordonné à la dictature du tout-avant-gardiste et tout-sériel, de qui on sait. Philippe Hersant (né en 1948), lui, ose la tonalité, l'émotion, la ligne mélodique, l'harmonie, il ose plaire aux oreilles des mélomanes, et heureusement pour lui, sa grande carrière de compositeur a commencé à se développer à un moment où ladite dictature commençait à s'émousser, vers les années 80. Et c'est à cette même époque qu'il achève sa résidence à l'Académie de France à Rome (l'équivalent de l'ancien Prix de Rome, supprimé par Malraux en 1968) ; le compositeur lui-même n'inscrit d'ailleurs à son propre catalogue aucune oeuvre écrite auparavant, donc rien avant la trentaine ! Mais dès lors, sa musique sera créée (et surtout re-jouée) avec plaisir et sincérité par tous les grands musiciens de son temps : Pennetier, Caussé, Grafin, Nordmann, Tiberghien, Leleu, Kadouch, Grimal, Noel Lee, le quatuor Talich, le quatuor Rosamonde, le quatuor Ludwig, l'Opéra de Paris, l'Orchestre Philharmonique et la Maîtrise de Radio-France, l'Orchestre National, l'Orchestre d'Ile-de-France, l'Orchestre de Bretagne, Musicatreize, le Philharmonique de Montpellier, naturellement l'Orchestre National de Lyon dont il fut compositeur en résidence, l'Orchestre de la Radio Danoise... Et cela sans appartenir à la moindre coterie, au moindre clan, à la moindre mouvance plus ou moins officielle ! Il va sans dire qu'un tel succès auprès des musiciens ne peut se soutenir que d'un égal succès auprès du grand public mélomane, celui qui va au concert pour écouter la musique plutôt que pour faire acte de présence dans une présentation d'avant-garde.



Outre son travail dans le domaine du piano solo, de la musique de chambre (où il aborde un très grand nombre d'effectifs divers et éclectiques), de l'opéra - en particulier avec Le Château des Carpathes, un chef-d'oeuvre lyrique contemporain, puis Le Moine noir commandé par l'opéra de Leipzig -, du ballet (Wuthering Heights, commande de l'Opéra de Paris), Philippe Hersant a écrit une quantité impressionnante d'oeuvres pour orchestre parmi lesquelles deux concertos pour violoncelle, un pour violon et foison d'autres pièces, beaucoup de musique vocale... Il se diversifie également dans le domaine de la musique de film, la grande, dans la mouvance d'un Prokofiev ; les cinéphiles du monde entier se souviennent de sa délicieuse partition pour Être et avoir de 2001.



Quant à sa musique en elle-même, le mieux est de laisser en parler le créateur en personne. Les citations ci-dessous sont extraites du très, très intéressant livre Le Filtre du souvenir, une série d'entretiens réalisés par Jean-Marc Bardot (Ed. Jobert, 2003), dans lequel l'esprit littéraire de Philippe Hersant se révèle pleinement, ainsi que sa conscience très aiguë de ce qu'est le travail et surtout l'essence même d'un compositeur en prise avec son temps.



« Ma mémoire musicale est, la plupart du temps, le déclencheur de ce qu'on appelle "l'inspiration". D'où le côté volontiers référentiel de ma musique. Cette faculté d'ingurgiter et d'archiver s'est parfois révélée un peu encombrante... J'accueille désormais [mes souvenirs musicaux] avec plaisir, comme des invités non pas encombrants, mais bienveillants. »
« Je n'ai aucune nostalgie envers les formes classiques. En revanche, je ne bannis pas de mes oeuvres tout souvenir tonal. C'est donc l'attitude inverse de celle de Schönberg : lui a voulu couper les ponts avec la tonalité, mais dans son nouveau langage, dodécaphonique, il continuait de servir des formes anciennes... Pour ma part, je n'ai jamais eu envie de prendre une oeuvre du passé comme modèle... Il n'existe pas, pour moi, de formes idéales, hors temps, hors contingence. Je ne crois pas en l'existence d'un modèle naturel, qui serait éternel et universel... »

« Les fragments empruntés à Bach, Liszt ou d'autres, que l'on trouve çà et là dans mes oeuvres, sont comme des objets musicaux, chargés pour moi d'émotions, de souvenirs. Reste le problème de les intégrer à mon langage. Là, il y a tout un travail artisanal, de présentation, de manière de sculpter le son et le temps, de dosage et d'agencement rythmique... »
« La forme n'est pas préétablie, elle s'est construite chemin faisant. Et le chemin est rarement droit... »

« Je songe très souvent à ce jugement de Debussy sur Moussorgsky : " Il est unique et le demeurera par son art sans procédés, sans formules desséchantes. Jamais une sensibilité plus raffinée ne s'est traduite par des moyens aussi simples ; cela ressemble à un art de curieux sauvage qui découvrirait la musique à chaque pas tracé par son émotion ; il n'est jamais question non plus d'une forme quelconque, ou du moins cette forme est tellement multiple qu'il est impossible de l'apparenter aux formes établies - on pourrait dire administratives ; cela se tient et se compose par petites touches successives, reliées par un lien mystérieux et par un don de lumineuse clairvoyance ". Pour moi, tout est dit. Je devrais inscrire ces mots en lettres d'or sur ma table ! »

« Plusieurs de mes pièces se terminent par des plages statiques, volontiers obsédantes et où les instruments résonants, comme le piano ou les cloches, jouent un grand rôle. Ainsi, les trois dernières minutes du Château des Carpathes, qui se déroulent sur un seul et même accord. Il y a une fin semblable dans Hurlevent, et bien d'autres encore. Toutes ces pièces ont des épilogues qui durent, qui s'attardent... L'idéal, selon moi, serait de donner envie à l'auditeur que "ça ne s'arrête jamais", que l'ultime accord soit donc ressenti comme légèrement frustrant, mais que l'oeuvre, une fois retournée au silence, continue d'émettre ses radiations. »



Lorsqu'on vient d'entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui, écrivait Sacha Guitry qui, au-delà de son sens de la formule, tombait souvent très juste. Philippe Hersant est en effet l'un de ces bien trop rares compositeurs contemporains (certes, il y a Dutilleux, Eötvös, Greif et quelques autres, heureusement) dont la musique, une fois jouée, est suivie d'un silence que l'on sent encore habité par eux et par leur agencement du monde sonore.



« Je n'aime pas les musiques impersonnelles. J'aime sentir une personnalité, une griffe, une manière de faire. Mais cela n'a pas nécessairement à voir avec une révolution du langage musical, encore moins avec les signes extérieurs de la modernité. L'obligation de faire du nouveau sur commande et d'être "moderne" à tout prix me bloquerait complètement... Je ne me préoccupe plus d'être novateur, je ne joue pas sur ce terrain-là, et voilà tout... Je ne veux pas dire par là que le nouveau me fait peur. Bien au contraire, j'aime le surprenant et l'inouï. »



Inouï, c'est - dans le bon sens du terme - ce que l'auditeur découvrira en écoutant les très nombreuses oeuvres de Hersant disponibles sur Qobuz, jouées par des interprètes de tout premier rang.



« Je pense à la phrase de Pascal : "Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau, la disposition des matières est nouvelle". »

Que dire de plus ? Philippe Hersant est l'un des grands compositeurs français de notre temps, qu'on se le dise.



© Qobuz 01/2013

Lire plus

Discographie

0 album(s) • Trié par Meilleures ventes

Mes favoris

Cet élément a bien été <span>ajouté / retiré</span> de vos favoris.

Trier et filtrer les albums