La scène musicale québécoise est un véritable vivier de talents. Depuis plusieurs années, on le répète sans cesse : comment un peuple aussi peu nombreux fait-il pour générer autant de musiciens?

Ça vient peut-être de nos gênes (nos grands-parents chantaient et « violonnaient » à chaque réunion familiale…) ou de notre instinct de survie pour la culture québécoise, ou ce métissage unique et multiculturel, je ne saurais dire. Mais chose certaine, chaque année amène son lot de nouveaux artistes émergents qui se distinguent et dont on espère une longue et prolifique carrière artistique.

En voici dix qui nous ont marqués et retenu notre attention au cours des derniers mois.


MAUD EVELYNE

Le premier album de cette rouquine du Témiscouata, intitulé « Préfontaine » trace un beau portrait de cette auteure-compositrice-interprète qu’on avait pu remarquer lorsqu’elle avait atteint les demi-finales au Festival international de la chanson de Granby 2017 puis remporté le Prix de poésie Radio-Canada 2019. Plus qu’une belle plume qui demeure fidèle au langage quotidien québécois (Des arbres sur les centres d’achats), Maud Evelyne (photo ci-dessus) a une charmante façon de chanter et de raconter des moments intimes (Tardigrade). La demoiselle sait également rocker, comme on peut l’entendre sur Quand nous serons vieux, qui me rappelle Mademoiselle K. C’est le « hook » de Madrid, qui fait bien évidemment référence au resto sur la 20 et non à la capitale espagnole, qui s’est installé dans mon oreille et que j’ai écouté en boucle depuis le lancement de son album, le 13 octobre dernier. (NP)

Cédrik St-Onge
Source : page officielle de l'artiste sur Facebook

CÉDRIK ST-ONGE

Le Gaspésien n’en n’est plus à ses premières armes. « Osoyoos » est son deuxième long-jeu et il a fait paraître plusieurs singles depuis ses débuts, qui remontent à 2017. Il a pu compter sur les coups de pouces de Louis-Jean Cormier (réalisateur de son premier album), Moran (à la direction artistique) et Salomé Leclerc (avec qui il interprète un magnifique duo) au cours des dernières années. Son récent opus, paru le 10 novembre dernier, est d’après moi une œuvre où St-Onge s’assume le plus dans son son. Sur C’qu’on veut pas entendre, il passe de la douceur et subtilité, à des moments d’éclaircies éblouissants. La qualité des arrangements est remarquable. Sa façon douce de chanter lui permet de toucher au folk pop accessible (Rappelle-moi ton nom), à la façon de Mon Doux Saigneur ou Avec pas d’casque, c’est-à-dire avec des textes de qualité et une authenticité désarmante (Carabine). (NP)

Conifère
Crédit : Villedepluie

CONIFÈRE

Ce duo au nom typiquement québécois est constitué de deux amis du Cégep, Reno McCarthy et Arthur Bourdon-Durocher. Deux fanas de studio, aussi. Ils ont travaillé derrière la console avec Olivia Khoury et Jeanne Côté avant de faire paraître deux EP en deux ans, intitulés « Conifère » et « Confière II », tout simplement. En plus du talent mélodique évident (Déluge, Ami), c’est aussi la qualité de la réalisation qu’on remarque chez Conifère. Une chanson comme Comment devient fascinante par les petites percussions étranges qu’on devine derrière les voix et la guitare « strummée ». Ce sont des petits détails comme ceux-là qui font de Conifère un band à surveiller par les adeptes de musique de qualité. (NP)

Arielle Soucy
Source : page officielle de l'artiste sur Facebook

ARIELLE SOUCY

Véritable coqueluche indie folk du Québec en 2023, l’auteure-compositrice-interprète montréalaise a charmé tout le monde avec ce premier long-jeu, paru chez Bonbonbon, intitulé « Il n’y a rien que je ne suis pas ». À quelque part entre la musique vaporeuse d’une Vanille (coqueluche de 2022), le folk bilingue d’une Martha Wainwright (sur la pièce titre), et les pièces plus country folk à la Soeurs Boulay, voire Soeurs McGarrigle (Ottawa), Arielle Soucy partage des moments sensibles à travers une musique qui paraît simple mais qui ne l’est pas toujours, dans sa construction (Talk To Me).

Elle fait preuve d’une maturité musicale étonnante pour un premier album. Les arrangements sont parfois audacieux, comme sur L’amour des peupliers, où un léger orgue accompagne un chœur de voix multipliées. Elle laisse souvent sa guitare acoustique prendre toute la place dont elle a besoin pour placer l’ambiance voulue. Un très beau moment à découvrir une nouvelle voix. (NP)

Ya Cetidon
Photo par Saint Afro

YA CETIDON

Ya Cetidon amène une saveur unique à la scène hip-hop québécoise. Unique parce qu’elle témoigne d’un parcours foisonnant, durant lequel le rappeur a voyagé du Congo-Brazzaville jusqu’aux États-Unis avant de s’installer dans la grande région de Montréal. On entend toutes ces destinations dans sa musique, qui s’incarne à travers un alliage tonifiant de rap, d’afropop, de drill, de rumba congolaise et de musiques aux influences caribéennes. Actif depuis la fin de la décennie 2010, Ya Cetidon a connu une année 2023 de rêve, durant laquelle il a proposé un tout premier album avec son collectif 3 Heures Prod (le généreux et vivifiant Nouvelle ère) ainsi qu’un mini album en collaboration avec l’étoile du rap québécois Loud (Double Feature). Accumulant les centaines de milliers d’écoutes sur les plateformes numériques, l’artiste a maintenant la francophonie en entier dans sa mire. (OBM)


Stoylov
Source : page officielle de l'artiste sur Bandcamp

STOYLOV

Le Montréalais Nicolas Dubé en est à son deuxième opus sous le nom Stoylov. « Malvina » se caractérise par une ambiance quelque peu lugubre - mais pas complètement. Dans un épais brouillard instrumental se démarquent de lumineuses mélodies (Used), alors qu’à d’autres moments, comme sur Hold Me Inside, c’est une deuxième voix qui amène cet élément étrange et insaisissable qui fait tirer l’oreille. Ailleurs, c’est un rythme déjanté (Body Aches). Bref, il y a toujours un élément hyper intéressant dans chacune des pièces de cet album, paru en novembre dernier. Co-réalisé par Joe Grass et mixé par Howie Beck, « Malvina » met en lumière la créativité et le talent de multi-instrumentiste de Dubé. (NP)

PRINCESSES
Source : page officielle de l'artiste sur Facebook

PRINCESSES

« Vite vite / J’sais pas pourquoi mais faut s’grouiller » chantent en choeur Marie-Philippe Thibeault-Desbiens (aussi bassiste) et Flavie Léger-Roy (aussi guitariste) sur le premier titre du premier EP, pertinemment appelé « Face A » pendant que Chouchoune bat la mesure derrière ses tambours. Carrément irrésistible! Le power rock de ce trio de Québec rentre au poste, et pourrait être considéré comme le pendant féminin de Rouge Pompier, pour l’énergie, l’humour et le mordant des mots. La prise de son du EP est signée par Ryan Battistuzzi (Yesterday’s Ring, We Are Wolves, Sunny Duval, Breastfeeders, Blurry Eyes) alors que David Bujold (oui, le gars derrière Fuudge) a réalisé et mixé le tout.

Les filles ont de l’humour, aussi! Un rock décomplexé, punché et accrocheur! Un évident talent mélodique (Moi ma moustache), de choeurs (Fouille fouille) s’entend derrière le mur de guitares (Médailles) de Princesses, et ça, on aime ça! À quand la « Face B »? (NP)

Guessmi
Source: page officielle de l'artiste sur Facebook

GUESSMI

Personne ne connaissait Guessmi il y a deux ans. Et pourtant, la rappeuse basée à Laval est maintenant l’une des figures les plus reconnues de la relève hip-hop de l’ensemble du Québe. Son aisance à mélanger R&B et rap - souvent au sein d’une même chanson - la positionne comme une artiste agile, souple et polyvalente. Mais son talent va au-delà de cette facilité à croiser les genres. C’est le clair-obscur entre sa voix hyper douce, presque soyeuse, et ses paroles percutantes, parfois rudes, qui lui donne une originalité considérable sur la scène rap québécoise. Son premier album, On frap la route?, paru l’automne dernier, évoque à la fois son passé difficile et sa détermination à toute épreuve. (OBM)

l'aube
Source : page officielle de l'artiste sur Instagram

L’AUBE

l’aube, c’est un multi-instrumentiste de Lévis, sur la rive-sud de Québec, qui vient de signer un album qui mélange de multiples influences avec doigté. C’est jazzy, c’est funky, c’est rap, c’est pop, c’est un peu tout cela à la fois, un peu comme Bran Van 3000 faisait jadis (Metaverse) et pas si loin de Les Louanges, pour le côté soul funk. Notre homme avait fait deux albums de psyché-rock Les Avalés avant de se lancer en solo. Plusieurs invités intéressants circulent sur sa première galette, tels les rappeurs Kirouac et Maky Lavender, l’artiste visuelle Dre Cheung, le saxophoniste Hugo Leclerc, Pabst is an Astronaut, Frank Mayer,le trompettiste William Lussier, etc. Du beau monde que l’aube prend le temps de présenter et remercier sur son fil Instagram, en guise de crédits à son album. « Corner toute » passe du rap aux grandes envolées instrumentales (L’escalier). Une belle première carte de visite. (NP)

Frais dispo
Source : page officielle de l'artiste sur Facebook

FRAIS DISPO

Ici non plus, on ne parle pas de nouveaux venus, car les membres de Frais dispo ont joué ensemble pendant 8 ans sous le nom Foreign Diplomats (un EP et quatre albums entre 2013 et 2021, sur étiquette Indica). Mais c’est la première fois qu’ils écrivent et performent en français, sous ce nom. Leurs membres font aussi partie de Totalement Sublime, Birmani et Choses Sauvages.

Pour moi, Frais dispo m’est arrivé comme un grand coup de foudre lors de leur show à Santa Teresa, en mai dernier. Sur une modeste scène extérieure, le quintet m’a épaté par la qualité de leurs chansons, par la solide livraison du rock en français (qui n’est pas sans rappeler Karkwa) et par le jeu d’ensemble du groupe, qui sait manipuler les différentes ambiances. Le talent d’auteur-compositeur d’Élie Raymond est on ne peut plus évident sur les titres Engraisser, Juillet et Livret. (NP)

On a hâte d’entendre la suite!


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