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Marvin Gaye

Une voix de rêve, une personnalité complexe, un musicien génial, une histoire digne d'un scénario hollywoodien, Marvin Gaye ne fut pas un simple chanteur de soul de plus. Né à Washington le 2 avril 1939, il commence à chanter à l'église dès l'âge de quatre ans, accompagné au piano par son père, être violent et égocentrique qui bat régulièrement son fils. La mère de Marvin soutient son fils et le pousse à chanter. Il rejoint alors divers groupes de doo-wop lorsqu'il arrive au lycée. Chassé du domicile familial par ce père tyrannique, il s'engage dans l'U.S. Air Force mais, rapidement dégouté, simule la folie pour s'en faire exclure. De retour à Washington, Marvin Gaye monte les Marquees avec sa meilleure amie, Reese Palmer. Le groupe fait parler de lui et se retrouve à travailler avec Bo Diddley qui leur décroche un contrat chez OKeh, sous-division de Columbia. Deux singles voient le jour sans grand succès.

A la même époque, Marvin Gaye commence à composer. Pour pouvoir vivre, il fait la plonge dans un restaurant. Sa route croise alors celle d'Harvey Fuqua, co-fondateur des Moonglows, qui signe les Marquees alors dans l'impasse. Ils deviennent Harvey & The Moonglows et déménagent à Chicago. Là, ils enregistrent plusieurs titres pour le label Chess, notamment Mama Loochie, en 1959, premier titre que Gaye chante en leader. Le groupe décroche plusieurs prestigieuses sessions, notamment pour Chuck Berry.

En 1960, la formation se sépare et Marvin Gaye part pour Detroit avec Fuqua qui travaille alors avec Gwen Gordy pour Anna Records. Pour ce label, Gaye enchaîne les différents boulots, de concierge à manutentionnaire. Tout bascule à Noël 1960 lorsqu'il a la chance de chanter chez Berry Gordy, fondateur et patron de Motown. Le producteur, très impressionné, rachète à Fuqua le contrat du jeune homme et le signe sur Tamla Records, sous-division de Motown. Mais ses premières missions sont alors constituées de séances comme batteur pour les Marvelettes, les Miracles et Little Stevie Wonder. La situation est d'autant plus cocasse qu'il n'envisage alors aucune carrière comme chanteur de rhythm'n'blues mais plutôt comme interprète de jazz. Influencé par Perry Como et Frank Sinatra, Gaye raconte qu'il ne veut « pas agiter son cul sur scène mais plutôt rester assis sur un tabouret de bar à jouer les crooners.

Ses vrais débuts se font enfin à l'été 1961 avec un premier album, The Soulful Moods of Marvin Gaye. Une entrée en la matière qui reste confidentielle au point que le chanteur est obligé de continuer à jouer de la batterie derrière les Miracles ou Jimmy Reed pour payer son loyer. L'année suivante, il coécrit Beechwood 4-5789 des Marvelettes et décroche son premier hit, Stubborn Kind Of Fellow. Toujours en 1962, Hitch Hike est aussi un succès. En 1964, il signe des duos avec Mary Wells qui paraissent sur l'album Together. Comme c'est l'habitude chez Motown, les taches sont multiples et il se retrouve à faire les choeurs et la batterie sur le démentiel Dancing In The Street de Martha & The Vandellas.

Toujours sur la pente ascendante, Marvin Gaye place des singles dans le Top 10, notamment How Sweet It Is (To Be Loved By You), I'll Be Doggone et Ain't That Peculiar. Fin 1966, il chante un nouveau duo, cette fois avec Kim Weston, It Takes Two. 1967 marque un autre tournant dans sa carrière avec les débuts de sa collaboration avec Tammi Terrell. Le tandem chante alors plusieurs merveilles : Ain't No Mountain High Enough, Ain't Nothing Like The Real Thing, You're All I Need to Get By. Mais à l'automne de cette même année, Terrell s'effondre en plein concert. À l'hôpital, on lui diagnostique une tumeur au cerveau. Malgré ce cancer et si elle n'apparaît alors plus sur scène, la chanteuse tient à continuer à enregistrer. La situation dévaste Marvin Gaye. En octobre 1968, il enregistre pourtant ce qui reste encore aujourd'hui comme l'un de ses sommets : I Heard It Through The Grapevine. Son premier n°1 dans les charts ! Mais aussi à l'étranger ! Un succès qui ne rend pas son auteur pour autant plus heureux, se voyant comme la marionnette de Berry Gordy. D'autres tops suivent pourtant, aux titres assez évocateurs : Too Busy Thinking About My Baby, That's The Way Love Is et l'album M.P.G..

Le 6 mars 1970, le cancer gagne son match contre Tammi Terrell. Gaye se retire du business et sombre dans une intense dépression. Il se lance dans le football et signe chez les Detroit Lions. En juin 1970, il revient pourtant à la musique, poussé par la situation sociale et politique. Alors que l'Amérique se bat avec ses propres démons, intérieurs (la ségrégation) et extérieurs (le Vietnam), il publie un chef d'oeuvre de soul consciente. Avec sa prose engagée, What's Going On sort Motown du gentil rêve américain pour le confronter aux réalités de son temps. Mais Marvin, poète entertainer avant tout, fait groover son serment politique et social comme nul autre. Une magistrale symphonie, savamment dosée, où les cordes hypnotisent le rythme et les choeurs. La pierre angulaire de la musique noire américaine qui ne fut pourtant guère aisée à poser tant Berry Gordy craignait que cette ouvre très politisée ne casse l'image toujours très (trop ?) positive de son label et de son poulain. Avec What's Going On, Gaye oblige Gordy à regarder en face le conflit vietnamien, les tensions interraciales et la dégradation des grandes métropoles américaines. Le succès du disque est pourtant immédiat et impressionnant, What's Going On raflant des tonnes de récompenses. Pour la première fois surtout, un album Motown est conçu différemment, sans le contrôle total de Gordy. Marvin Gaye signe un nouveau contrat avec son label, cette fois d'un million de dollars, le plus important pour un artiste noir à l'époque.

Le disque suivant est bien moins engagé et le chanteur signe la bande originale d'un film de blaxploitation, Trouble Man. Un disque groovy à souhait suivi par le sensuel Let's Get It On. Avec What's Going On, Marvin Gaye avait plongé la Motown dans l'âge adulte doté d'une conscience. Avec Let's Get It On qui sort en 1973, il revient à des considérations nettement plus sensuelles, charnelles et ouvertement sexuelles ! Sa voix sublime d'amant redoutable atteint ici des sommets d'érotisme. Entre un voile de cuivres bouillants et une accolade de violons discrets, sa soul originelle se déhanche dans un groove langoureux qui ne peut que mener l'auditeur dans un kingsize bed aux draps de soie.

Bien qu'ayant juré ne plus jamais remonter sur scène à la mort de Tammi Terrell, le chanteur se produit, sous la pression de son entourage et de ses fans, dans tous les Etats-Unis à compter de janvier 1974. La même année, il signe avec Diana Ross ce qui sera son dernier album de duos, Diana & Marvin. Ces succès lui permettent enfin de pouvoir s'offrir son propre studio d'enregistrement. La pochette d'I Want You qui sort en 1976 dit tout ! Dans une cave enfumée, des couples s'abandonnent à des sons chauds et cuivrés. Dans la vraie vie, Marvin Gaye fait de cette suite à Let's Get It On sa traduction, très personnelle évidemment, des cannons disco. Mais un disco mâtiné de funk. Chez lui, la luxure est luxueuse, les violons sensuels et non racoleurs, et le sucre est dosé. Entièrement dédié à celle qui deviendra sa seconde femme, Janis Hunter, I Want You conserve une essence funk, lyrique et obsessionnelle. L'obsession - ici Janis - émane jusque dans la production, superbe halo sensuel juste chatouillé par le timbre séducteur du génie de chez Motown.

Cet été 1976, Marvin Gaye se lance dans une nouvelle tournée qui le mènera notamment à Londres où il enregistrera Live At The London Palladium, publié en 1977. Son disque suivant qui parait à Noël 1978, Here, My Dear, est inspiré du désastre de son premier mariage avec Anna Gordy et doit aider à payer la facture de ce coûteux divorce. C'est à cette époque qu'il entame une histoire d'amour avec une complice bien plus dangereuse : la drogue. Ses démêlés avec le fisc américain n'arrangent rien et lors d'une tournée européenne en 1980, il décide de jeter l'ancre à Londres, de peur d'être incarcéré aux Etats-Unis pour son ardoise fiscale de 4,5 millions de dollars ! Motown publie alors des bandes qui lui ont été volées d'un album loin d'être terminé. Il jure alors ne plus jamais enregistrer pour l'écurie de Gordy.

Début 1981, Marvin Gaye débarque en Belgique à Ostende, où il s'installe. Il décroche progressivement de la drogue et reprend confiance en chantant dans une église locale. Il réapparait sur scène à Londres et en Belgique durant l'été 1981. L'année suivante, Motown et CBS signent un transfert de la star dont les détails financiers restent secrets. Premier (et dernier) album de cette nouvelle collaboration, Midnight Love est porté au sommet des charts par son single Sexual Healing qui parait en septembre 1982, superbe slow désabusé et sexy au possible. Drogue, alcool, fisc, divorce et clash avec Motown, c'est pourtant un artiste déprimé et épuisé qui s'est exilé à Ostende pour préparer cet opus plus funky que soul. Voluptueux ou up-tempo, les rythmes de cette ode très travaillée côté production évitent tout ce que le funk de ce début des années 80 pouvait avoir parfois de vulgaire. Ici, tout est classe. Ici, tout est Marvin. Mais, ce que ni lui ni ses fans ne savent, pour la dernière fois. Le 18 avril 1983, il entame sa dernière tournée à San Diego en Californie. Des concerts qui se terminent en août à Costa Mesa, en Californie. Epuisé, le chanteur décide de faire escale dans la maison de ses parents à Los Angeles pour prendre un long repos.

Le 1er avril 1984, vers 11 heures du matin, Marvin Gaye, allongé sur son lit, reçoit deux balles en plein corps tirées par son père, pour une stupide et anecdotique histoire de papiers égarés. Le chanteur meurt, la veille de son 45e anniversaire. Plus de 10.000 personnes assistent à ses funérailles. © MZ

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