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Benjamin Grosvenor

Coqueluche du jeune piano anglais, Benjamin Grosvenor, le bien prénommé, n’a rien du virtuose dompteur de Steinway, et pourtant c’est un sacré technicien qui se joue de toutes les difficultés, mais toujours au service de ce qu’il veut exprimer. Il sait donner des coups de griffe, faire danser ses doigts sur la corde raide et trouver l’instant d’après une sonorité quasi liquide, avec un toucher chatoyant et expressif. Avec ses nœuds papillon à pois, ses gilets et ses vestes confortables, il semble appartenir à un autre temps, celui de Chopin qu’il admire tant et qu’il joue si bien, celui de Wilhelm Furtwängler dont il admire les fluctuations de tempi qui « ne détruisent jamais la cohérence du discours musical », celui de Horowitz avec lequel on le compare souvent. Modeste, le jeune homme aime à dire qu’il n’a pas vraiment de talent et que travailler son piano huit heures par jour n’est jamais que l’horaire de l’ensemble de la population.



Sa discographie, encore embryonnaire, reflète parfaitement l’originalité et la subtilité de sa sonorité d’une délicatesse inouïe. Son enregistrement de Gaspard de la nuit, le célèbre cycle de Maurice Ravel, est proprement magique, depuis les infinies couleurs d’une Ondine tout ruisselante de milliers de gouttelettes irisées, en passant par l’évocation d’un Gibet étonnamment serein jusqu’aux ébats diaboliquement virtuoses d’un Scarbo ludique à souhait. Une merveille. Ses affinités avec la musique française sont d’ailleurs évidentes qu’il s’agisse d’un limpide Prélude, choral et fugue de César Franck ou d’un Concerto no 2 de Saint-Saëns particulièrement volubile.



Si l’allure de Benjamin Grosvenor semble se référer au passé, la composition de ses programmes de récitals flirte elle aussi avec un mélange des genres et des styles qui étaient en vogue au début du siècle dernier. Il prend un malin plaisir à confronter les saveurs et les poisons les plus délicats où Bach peut très bien côtoyer des musiques moins chastes. Sa technique même se réfère à des modes de jeu que l’on croyait surannés, comme cette « asynchronisation » qu’il revendique, une manière subtile de faire légèrement précéder la main gauche par rapport à la droite pour donner des phrases plus expressives. Une façon de jouer absolument proscrite par les conservatoires du monde entier. Loin de vouloir copier ces tics perceptibles dans les enregistrements laissés par Cortot ou Schnabel, il ne sait pas expliquer comment cela lui est venu. L’instinct dit-il. Un instinct qui lui permet de créer un paysage émotionnel assez unique.


François Hudry / QOBUZ / janvier 2018

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