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Concerts, festivals et tournées

Le Quatuor Jerusalem et Andreas Ottensamer à Verbier : un programme en clair-obscur

Par Pauline Laurent |

Verbier Festival – 23ème édition. En ce mercredi 27 juillet 2016, c’est un plateau exclusivement masculin que l’on retrouve pour le concert du soir dans la petite église de Verbier (500 places tout de même) : le Quatuor Jerusalem, rejoint à l’entracte par le clarinettiste Andreas Ottensamer. Au programme : le Quatuor dit « Américain » de Dvorak, suivi du Quatuor à Cordes n°6 de Bartok et enfin le Quintette pour Clarinette et Cordes en La Majeur de Mozart.

Le Quatuor Jerusalem ouvre le concert sur les airs populaires pleins d’entrain de Dvorak, et le résultat est si convaincant qu’on se demanderait presque s’ils n’ont pas eux-mêmes écrits ces mélodies. Les origines d’Europe de l’Est de Kyril Zlotnikov (violoncelle) né à Minsk, et Sergei Bresler (deuxième violon) d’Ukraine n’y sont probablement pas pour rien, mais l’énergie enjouée qui émane de la scène vient surtout de la façon dont ils réussissent à s’approprier l’œuvre de façon collective, en laissant à chacun la possibilité d’exprimer sa mélodie avec les rubatos qui les inspirent sur le moment. On se laisse porter par leurs improvisations avec un amusement constant, en ayant la douce impression de voir défiler devant nous les vertes collines de la République Tchèque. Un très beau moment de complicité musicale.

Avec Bartok, changement de décor. Inspiré non plus des mélodies de la musique traditionnelle slave mais de leur base percussive, le Quatuor est impétueux, sans appel. Les quatre musiciens reproduisent parfaitement la vivacité rythmique du compositeur hongrois, grâce à une maîtrise technique imparable. Oubliés la délicatesse et le lyrisme du premier morceau ! Nous voilà pris dans un tourbillon de sons, sans possible retour en arrière. La surprise est totale et ce changement soudain d’atmosphère, en clair-obscur, vient projeter une lumière nouvelle sur l’œuvre précédente, comme il le fera aussi sur la suivante que l’on sent déjà poindre en coulisses.

Jerusalem Quartet - © Aline Paley


L’arrivée d’Andreas Ottensamer à la clarinette est accueillie par quelques chuchotements de la part du public féminin, visiblement instantanément conquis par la carrure et le sourire charmeur de ce jeune musicien à la carrière internationale. Il se place au centre de la scène sous le puits de lumière, agrandissant légèrement le demi-cercle formé par le Quatuor. Et si on redoutait que les concerts aux quatre coins du monde l’aient rendu un peu trop fier, on est vite rassuré : c’est au contraire avec un entrain malicieux et plein de second degré qu’il aborde ce quintette de Mozart – un des premiers du genre écrit pour l’instrument à l’époque – qui marque un nouveau renversement dans la soirée.

En dialogue permanent avec les autres musiciens, Andreas Ottensamer joue à merveille du lyrisme de sa clarinette, et on a parfois vraiment la sensation de voir cette scène de musique de chambre se transformer en opéra bouffe (l’écriture de Mozart dans ses opéras comme Cosi Fan Tutte ressemble d’ailleurs énormément à ce genre de quintette vocal dans les scènes de fin d’acte). Les cinq musiciens prennent un plaisir non dissimulé à jongler avec les questions-réponses mélodiques du compositeur autrichien, et c’est dans cette atmosphère empreinte d’une légèreté à la fois sensible et profonde que se finit le concert. Dommage que la demande de rappel de la part du public conquis n’ait pas été honorée par les musiciens mais une deuxième partie de soirée était prévue pour les artistes. Le temps était donc compté !



Retrouvez ici le site du festival et l'ensemble de sa programmation.

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