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Le monde fantastique de Jean-Baptiste Doulcet

Par Pierre Lamy |

Avec "Un monde fantastique", le pianiste signe un premier album consacré à Schumann et Liszt et dont Qobuz propose une version exclusive agrémentée de deux improvisations. Fascinant.

A l’aube de la trentaine, Jean-Baptiste Doulcet impose son talent sur la scène pianistique française, tout comme son esprit de libre penseur. Sa formation prend à revers tous les parcours classiques des jeunes aspirants professionnels. Lui qui a fait ses armes dans l’improvisation avant de passer à l’écriture et à la musique de chambre, ce n’est qu’au bout de plusieurs années qu’il intègre la classe de piano de Claire Désert au Conservatoire de Paris. Une rencontre décisive : la pédagogue perçoit très vite le potentiel du jeune pianiste et l’aiguille pour acquérir méthode et rigueur. Une première victoire personnelle arrive en 2017, lorsque Doulcet remporte le second prix du Nordic Piano Competition où curieusement c’est l’interprétation du répertoire et non l’improvisation qui le fait sortir du lot aux yeux des jurés. Deux ans plus tard vient le quatrième prix et celui du public du Concours Long-Thibaud, remis par Martha Argerich en personne !

Au cours des dernières années, Doulcet a pris le temps d’approfondir les œuvres de deux compositeurs qu’il affectionne particulièrement, Robert Schumann et Franz Liszt, et de construire autour d’eux un programme qui voit aujourd’hui le jour avec son premier disque, Un monde fantastique qui paraît chez Mirare. Mais Doulcet ne renie pas pour autant son bagage d’improvisateur, et ajoute à ce récital trois compositions de son cru dont deux improvisées, exclusivement disponible sur Qobuz !

La période romantique est de mise pour habiter les paysages variés de ce Monde fantastique. Pour son premier disque, Jean-Baptiste Doulcet dévoile un programme exigeant où chaque pièce convoque un riche assemblage de matériaux littéraires et mythologiques. Ce syncrétisme à l'œuvre produit une imagerie forte que le jeune pianiste, retranscrit de façon sidérante sous ses doigts alertes et précis.

La Paraphrase sur la Valse de Faust reprend un thème demeuré célèbre de l’opéra de Gounod, et pourrait presque être considérée comme une cinquième sœur cachée des quatre Méphisto Valses, elles-mêmes tirées de l’univers faustien. La sonate Après une lecture du Dante : Fantasia quasi sonata tirée du second volume des Années de pèlerinage est l’un des sommets pianistiques du catalogue de Liszt. Jean-Baptiste Doulcet sublime la partition inspirée de la Divine Comédie de Dante, et nous offre une vision solaire d’un enfer illuminé par une exécution parfaite, dosant au millimètre les ambitus et plans sonores. Quant aux œuvres de Schumann, elles bénéficient du même traitement de choix : le Liederkreis Op.39 est un bijou de douceur, une merveilleuse caresse sur la joue. Les huit pièces du cycle Kreisleriana, Op.16 composé pour Clara Wieck, éternel amour de Schumann, sont à l’instar d’autres pages de Schumann un reflet des deux avatars du compositeur : Eusébius, rêveur mélancolique, et Florestan fougueux et passionné. Doulcet passe d’une humeur à l’autre avec une facilité déconcertante, préférant miser sur la fluidité des transitions que sur l’accentuation des contrastes.

Trop souvent la littérature pianistique romantique – et particulièrement dans le cas de virtuoses comme Schumann, Liszt ou Chopin – a pu pâtir de l’emportement d’interprètes cédant à la tentation de l’excès de volume et de rubato. Ici, Jean-Baptiste Doulcet évite habilement ce piège et nous montre que c’est en maintenant une relative rigidité dans le tempo et les nuances que ces œuvres déploient un summum d’expressivité. Ses propres qualités de compositeur sont sans doute pour quelque chose dans cette lecture intelligente de la partition. En clôture d’album on pourra d’ailleurs découvrir trois compositions de son cru : Endymion en hommage à ses maîtres, ainsi que deux fascinantes improvisations (en exclusivité mondiale pour Qobuz !) qui témoignent d’une personnalité musicale et intellectuelle haute en couleurs. Après avoir religieusement écouté ce premier disque, on en ressort avec la certitude que ce pianiste est un interprète à suivre de très près dans les années à venir.

ÉCOUTEZ "UN MONDE FANTASTIQUE" DE JEAN-BAPTISTE DOULCET SUR QOBUZ

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