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Cat Power, c'est la reprise !

Par Stéphane Deschamps |

Avec son 11e album "Covers", l'Américaine réitère l'un de ses exercices fétiches : revisiter les chansons des autres.

Chan Marshall, alias Cat Power, n’est pas une chanteuse comme les autres. Apparue il y a une petite trentaine d’années pendant la marée noire du grunge et de ses dérivés, elle a construit sa discographie et sa carrière autour de ses failles, de sa fragilité émotionnelle, jusqu’à intégrer depuis 2015 (avec l’album soul The Greatest) le monde des pop stars, mais toujours légèrement à la marge. Pour ceux qui l’ont vue sur scène (et sont potentiellement devenus accros), un concert de Cat Power résume parfaitement son parcours et ses disques : des moments flottants, laborieux et frustrants, à la limite de l’ennui, qui alternent avec d’autres de pure grâce. Elle ne joue pas, elle ne fait pas semblant, elle ne sera jamais parfaite et c’est aussi pour ça qu’on l’aime.

Publié en janvier 2022, Covers, son onzième album (et le troisième qu’elle consacre à des reprises), ne change pas la donne. Le répertoire est large (Nick Cave, Billie Holiday, les Replacements, Frank Ocean, les Pogues, Nico, Iggy Pop, Lana Del Rey…) et décliné sous forme de rock années 80 assez générique, ou d’arrangements folk plus dépouillés. Si on écoutait ce disque pendant un road trip en voiture, on traverserait quelques paysages monotones (les morceaux pop-rock), mais aussi on s’arrêterait devant des panoramas terrassants de beauté, qui justifient le voyage et le rendent inoubliable.

Chan Marshall est d’abord une voix. Immédiatement reconnaissable. Un peu enrhumée, comme après trop de larmes. Une plainte sensuelle, une incantation intime, qui traverse l’échine de l’auditeur et lui fait l’effet d’une drogue. Une voix qui a toujours porté le poids d’une vie et allégé celle de ses fans. Sans les additifs instrumentaux (la batterie, la guitare électrique), cette voix est encore meilleure.

Sur ses morceaux les plus dépouillés (These Days de Nico, I’ll Be Seeing You de Billie Holiday, It Wasn’t God Who Made Honty-Tonk Angels de Kitty Wells, A Pair Of Brown Eyes des Pogues), elle chante et donne le frisson comme au premier jour. Elle colle à l’esprit original des chansons, tout en les sublimant par sa voix.

Covers n’est pas le chef d’œuvre intégral que Chan Marshall n’enregistrera peut-être jamais. C’est un bon disque avec des (très) hauts et des bas, typique de Cat Power, et qui donne envie d’entendre le prochain a cappella.

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