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Kaija Saariaho à l'honneur à la Biennale Musiques en Scène

Par Max Dembo |

A Lyon, la cinquième édition de la Biennale Musique en Scène qui se tiendra du 1er au 21 mars placera en tête d'affiche la compositrice finlandaise Kaija Saariaho.

Du 1er au 21 mars, Grame, le centre national de création musicale à Lyon, organise la cinquième édition de la Biennale Musiques en Scène. Une cuvée 2010 autour de Kaija Saariaho, compositrice invitée cette année, Pierre Jodlowsi, Alexandros Markeas, Michel van der Aa, mais aussi le Forum Jeune Créations, ciné-concerts, etc.

La Biennale Musiques en Scène placera donc en tête d'affiche de sa cinquième édition la compositrice finlandaise Kaija Saariaho : une invitation qui fait suite à celle, en 2008, du compositeur et chef d'orchestre hongrois Peter Eötvös. L'univers de Saariaho est généreux en couleurs, timbres et textures sonores, à travers un catalogue rassemblant près de 150 titres, de l'œuvre pour soliste aux grandes formes orchestrales et opératiques. L'outil informatique, dès 1982, lors de ses premiers travaux à l'Ircam, a joué un rôle déterminant dans son parcours créatif. Le développement des technologies constitue une aide précieuse pour façonner, écrire et, finalement, « composer le son » : une approche qui se répercutera jusque dans les partitions d'orchestre bien que l'électronique y soit généralement absente.

Devenant de plus en plus polyphonique, multipliant les effets de ruptures et contrastes, l'écriture de Kaija Saariaho est d'une grande densité, elle se caractérise par sa fluidité et transparence « toute naturelle ». Chaque œuvre continue de prendre appui sur une analyse du matériau sonore et le contrôle de ses paramètres. Le recours aux traitements électroniques est toujours conçu en sympathie avec les parties instrumentales et vocales, dans un même geste et élan musical.

La compositrice a évoqué la notion d'« espace résonant », qualifiant ainsi une musique en mouvement qui prolonge les gestes des instrumentistes et engendre d'elle- même sa propre métamorphose. Tout en affirmant un caractère musical de plus en plus expressif, Kaija Saariaho continue de s'inscrire, depuis les années 80, dans la lignée de la musique spectrale.

Une vingtaine d'œuvres seront présentées pendant la Biennale Musiques en Scène, dont deux grandes formes : première mondiale de l'opéra Emilie, production de l'Opéra de Lyon, commande de ce même Opéra de Lyon et du Barbican Center de Londres, avec Karita Mattila créant le rôle de Emilie du Châtelet et le Concerto pour violoncelle et orchestre Notes On Light interprété par Anne Gastinel et l'Orchestre du CNSMD de Lyon. Cet itinéraire, mêlant pièces vocales, d'ensemble, de musique de chambre et solistes traduit une forte exigence, inhérente à chaque projet d'écriture, tout en laissant une grande place à la séduction, au plaisir de l'écoute et à l'émotion. Une musique qui ne cherche pas à montrer, mais davantage à induire et suggérer.

La Biennale Musiques en Scène, c'est aussi la création musicale sous le signe de la mixité, de l'hybridation et de la porosité entre les arts. En 2010, une dizaine de productions font plus particulièrement appel aux relations musiques / images. En ce sens, des focus et points de rencontre sont consacrés à Pierre Jodlowski, Alexandros Markeas et Michel van der Aa, trois compositeurs qui considèrent le matériau musical en extension et transversalité. Leurs œuvres créent de multiples passerelles entre les éléments visuels, sonores ou textuels.

Pierre Jodlowski configure des espaces de projections très articulés, à la plastique sonore affirmée : anneau de haut-parleurs pour le dispositif de Limite circulaire, musique électronique épurée en multidiffusion pour le film d’Eisenstein, La Grève. Le spectacle Le Royaume d'en bas, convoquant Samuel Becket, Bohumil Hrabal et diverses références cinématographiques, s'élabore au sein d'un entrelacement d'images, de textes et de séquences musicales. Tout commence par une plongée vers ce non-lieu, « le royaume d'en bas » : la musique naît de cette chute, de ce glissement. Les musiciens sont en quête d'une mémoire, de gestes et d'une énergie primitive pour que jaillissent d'autres souffles.

L'idée de la chute, thématique universelle, de catastrophes en renaissances, se décline à travers plusieurs productions de la Biennale Musiques en Scène, et peut se lire comme un nouveau départ, un envol ou encore une écriture en recherche de nouveaux points d'appui.

Le triptyque multimedia Chute(s) associe le vidéaste Paolo Pachini aux compositeurs Michael Jarrell, Raphael Cendo et Martin Matalon. Il nous convie à une poétique du vertige, en déployant face au public deux écrans de sept mètres de haut : trois moments, trois histoires et visions de l'abîme. Verticalité aussi de l'image pour Mutations Of Matter de Roque Rivas et Carlos Franklin qui ont conçu une composition électronique et vidéo pour cinq voix, inspirée notamment par l'ouvrage Delirious New York de Rem Koolhaas. Rafales d'images, sons de la ville, paroles d'architectes et d'habitants se projettent sur deux écrans en hauteur entre lesquels s'immisce le groupe des chanteurs.

Au cours de la même soirée, datamatics (ver.2) de Ryoji Ikeda propulse les Lyonnais dans l'espace infini et hypnotique des « data » : un choc et un gouffre, à la fois, provoqués par la profusion des nombres et des impacts, tant visuels que sonores.

La chute de l'ange, installation de Pierre Alain Jaffrennou, entre attente et surgissement, saisit sur un fil de lumière ce qui serait de l'ordre de la fulgurance, de l'aléatoire et de la fatalité de l'écoulement du temps.

Pour L'île solaire de Samuel Sighicelli, avec le pianiste Wilhem Latchoumia, d'après des textes de Michel Tournier, il s'agit plutôt d'une chute par immersion, celle d'un homme livré à lui-même sur une île déserte.

Enfin, les jongleries interactives et ludiques auxquelles se livrent Roland Auzet et Jérôme Thomas dans leur périple intitulé Deux hommes jonglaient dans leur tête complètent, avec légèreté, ces variations à l'infini de l'idée de la chute : la chute, comme de nouveaux possibles, au-delà du drame qu'elle peut représenter pour le jongleur !

Alexandros Markeas avec le cinéaste Lionel Escama définissent un dispositif scénographique jouant de la perspective entre les interprètes en scène et les musiciens en images. Entre document(aire) et musique live, Symphonie diagonale nous parle de musiques cachées, de quotidien sonore et d'invention musicale : histoires de vie, histoires de musique, de la musique crétoise et bretonne jusqu'à la « contemporaine ».

L'opéra After Life, en première française de Michel van der Aa, avec l'ensemble Asko / Schönberg, production du Nederlandse Opera, présentée par l'Opéra de Lyon dans le cadre de sa saison, s'inspire du film du grand cinéaste japonais Hirokazu Kore Eda. After life ou l'histoire du passage de l'au-delà : entre terre et ciel, un lieu imaginaire, indéterminé, où chacun a rendez-vous pour le tri ultime de ses actions, pensées et souvenirs. Michel van der Aa en signe la mise en scène.

Pour davantage de proximité, et avec la complicité de quelques musiciens proches, deux rendez-vous de 12h30 à l'AmphiOpéra - Lyon seront proposés autour de Michel van der Aa et Alexandros Markeas.

Le « live interactif » auquel se livrent les musiciens de Ecran total et le ciné-concert Dans l'ombre de Mac Laren du trio de Bubar, avec de jeunes équipes artistiques fortement investies dans de nouvelles formes de représentations musicales, continuent de diversifier ce parcours musiques / images de la Biennale Musiques en Scène. Toutes ces approches relèvent d'une généralisation de la mixité, à travers les techniques, les moyens d'expression et la pluralité des sources sonores. La mixité représente aussi un enjeu purement, et seulement, musical ; elle renvoie ainsi essentiellement à une question d'écriture, tout en provoquant des changements profonds dans l'activité compositionnelle.

Introduction aux ténèbres de Raphaël Cendo, fresque d'une quarantaine de minutes, à mi-chemin entre le concerto, l’oratorio et le requiem, clôturera le week-end consacré à la seconde édition du Forum de la jeune création et des musiques mixtes, réalisé en participation avec l'Ircam, l'Ensemble Orchestral Contemporain et le CNSMD de Lyon. Auprès d'une jeune génération de compositeurs, le développement des outils de composition s'intègre, de fait, à leurs backgrounds. En complexifiant, bien souvent, le processus de réalisation musicale, ces approches peuvent engendrer certaines contraintes ; elles sont néanmoins une porte d'entrée privilégiée pour que l'imaginaire s'incarne dans la contemporanéité, pour que l'expression musicale continue sa route et renouvelle ses perspectives. Ces sujets seront au centre des thématiques évoquées lors des deux journées professionnelles consacrées au spectacle vivant et à la jeune composition.

Enfin, trois compositeurs, reçus en résidence à Grame, présenteront des œuvres mixtes en création : Luca Antignani et José Miguel Fernandez (lauréat du concours de composition Grame / Eoc), Marco Suarez Ci- fuentes (post-cursus de l'Ircam).

Le site officiel de la Biennale Musiques en Scène

Le site officiel de Grame

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