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Chers disparus

Hommage à Jehan Alain

Par Isabelle Couillens |

Il y a un siècle naissait le compositeur et organiste français Jehan Alain qui a laissé à la postérité un grand nombre d’œuvres et le souvenir d’un personnage résolument original.

Jehan Alain, compositeur et organiste, aurait eu cent ans le 3 février 2011. Né en 1911 et disparu lors de la bataille des Flandres en 1940, il a marqué l’histoire de la musique durablement par de nombreuses compositions principalement pour orgue, piano et pour chœurs.

Entré au Conservatoire de Paris en 1928, Jehan Alain remporta en 1933 le prix d’harmonie et de fugue et en 1939 celui d’orgue. Mais il n’a pas attendu la fin de cette période d'étude pour composer. Son ami Bernard Gavoty, qui a rédigé sa biographie, évoque en parlant de Jehan Alain un « bucheron de travail […] qui composait n’importe quand ».

Sa musique était le reflet de se personnage extraordinaire et fantasque, qui selon Gavoty « cumulait les talents ». Il préférait improviser que répéter quand il se plaçait à l’orgue, et se présentait alors volontiers comme un « acrobate » ; ses premières créations spontanées remontent à l’époque où il n’avait que 6 ans lorsqu’il se mettait face à l’harmonium. Et c'est à 11 ans seulement, alors qu’il suppléait son père à l’orgue de l’Eglise de Saint-Germain-en-Laye qu'il écrivit ses premières notes. Toujours souriant, il cachait ses émotions par l’humour, et ses angoisses par de la désinvolture.

Pour Jehan Alain, le compositeur n’était pas forcément limité à la compagnie des dièses et des bémols et «la prétendue spécialisation n’est en fait qu’une forme de manque de curiosité pour tout ce qui s’exprime en dehors d’une portée ou d’un clavier». Lui refusait les contraintes et n’utilisait d'ailleurs pas de papier musique pour écrire ses notes, mais du papier vélin et un plume cinq becs, qui permettait à sa pensée de se laisser aller sans frein ; il s’intéressait à tout, comme par exemple à la danse orientale ce qui l’amena à composer des pièces orientalisantes Tarass boulda ou Danses à Agni.

Son répertoire pourrait se diviser en trois parties : la première qui comprend toutes les pièces d’orgue et de piano, écrites entre 1929 et 1933, représente des moments de liesse quelle que soit le type d’œuvre : liturgique( Ballade sur le mode phrygien), humoristique (Histoire sur des tapis…) ou évocatrice (Lumière qui tombe d’un vasistas), etc.

Le deuxième temps de son écriture propose des œuvres beaucoup plus intérieures et personnelles, où la douleur est sous-jacente et se traduit dans la musique (Trois mouvements , Laisse les nuages blancs) si bien que ces dernières grandes compositions résument sa vie, donnant lieu à des pièces plus spirituelles, comme son triptyque Joie, Deuil, Luttes qui marque son désir de peindre un paysage symbolique et non un décor fané.

La troisième partie, moins évidente, est le résultat d’une concentration progressive de la pensée et des techniques qui va plus loin dans l’exploration de thèmes nouveaux : orientaux et hiératiques. C'est une période qu’on peut percevoir comme un aboutissement normal de tout ce qui précède et entoure sa musique vers un épanouissement total.

L'œuvre de Jehan Alain est d’ailleurs le reflet versicolore d’une nature toute en nuance, d’un personnage émotif et fantaisiste. Il pouvait composer des Chorals austères et les faire s’alterner avec d’autres compositions plus légères comme Histoire sur des tapis entre des murs blancs. Quelle que soit l’œuvre, ses indications d’interprétation étaient simples et concises : il fallait que ce soit fluide ; et ajoutait : « Il faut que la musique coule comme l’eau d’une rivière. Foin des martelières et des écluses ! ou encore « Jouer comme on marche ».

Jehan Alain dessinait aussi facilement qu’il composait et appliquait à ses coups de crayons le même souci de la poésie et de la rapidité qu’à ses notes, soulignant en priorité les détails urgents. Comme pour ses partitions, il fixait tantôt une nuance familière, tantôt une vision magique à la limite du rêve et du conte de fée ; et pouvait cerner des contours pathétiques avec des touches d’angoisses si bien que ses croquis étaient comme « des paysages d’âmes » selon Gavoty.

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