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Et Brendel se retira…

L’immense pianiste Alfred Brendel donnera son dernier concert le 18 décembre à Vienne aux côtés de l'Orchestre Philharmonique de Vienne.

Par Marc Zisman | Actualité | 18 décembre 2008
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Ce soir, jeudi 18 décembre, l’auditorium du Musikverein de Vienne vivra un moment historique : le dernier concert du pianiste Alfred Brendel !

L'un des plus grands pianistes de l'histoire de la musique fera en effet ses adieux au public épaulé pour cela par l'Orchestre Philharmonique de Vienne sous la direction de Sir Charles Mackerras. Le Concerto n°9 pour piano K.271 de Mozart clôturera une carrière de plus de 60 ans.

La semaine dernière, le prix Herbert von Karajan de la Kulturstiftung du Festspielhaus de Baden-Baden lui avait été remis. La cérémonie s’était déroulée lors d'un gala au cours duquel Brendel avait interprété le Concerto en ut mineur K.491 de Mozart, acclamé par de longues et enthousiastes ovations. L'orchestre du SWR de Fribourg et Baden-Baden, sous la direction de Hans Zender, entourait pour la circonstance le lauréat.

En novembre 2007, Josephine Hemsing, porte parole du pianiste, avait annoncé cette retraite publique. « Cette décision trottait dans sa tête depuis un certain temps. Et je peux vous dire qu’il n’annonce pas cela juste pour se faire de la publicité. D’ailleurs il n’a même pas baptisé ses concerts « tournée d’adieu ». Il veut juste tout simplement… arrêter ! »

En 2000, lors d’une interview accordée à Jeremy Nicholas pour la BBC et la ZDF, Alfred Brendel avait déclaré : «Désormais je mène une double vie. Je continue à composer tant que les idées me viennent. Et si elles s’épuisent je dois tout de même créer quelque chose de musical… Et je jouerai tant que je le pourrai physiquement. Avec l’âge cela devient de plus en plus risqué. Vous n’êtes plus aussi en forme qu’autrefois, mais en même temps vous avez parfois l’impression de jouer mieux qu’autrefois. Et cette sensation aide énormément».

A 77 ans, Brendel, dont la démarche inimitable fait croire qu'il file penché en avant sur la scène, selon l’AFP, apparaît de plus en plus courbé en concert et pour cause d'arthrite il évite de jouer des œuvres gargantuesques comme la Hammerklavier de Beethoven ou la Sonate en si mineur de Liszt. Mais il n'a rien perdu de son esprit malicieux au piano.

Né le 5 janvier 1931 à Wiesenberg, en Moravie, région appartenant désormais à la République tchèque, Brendel s’est toujours défendu d’être un enfant prodige. « Mes parents n'étaient pas musiciens. Il n'y avait pas de musique à la maison. Je ne suis pas un bon déchiffreur de partition ni doué d'une mémoire phénoménale », précise-t-il sur son site internet.

D’origines autrichienne, allemande, italienne et slave, le pianiste se décrit essentiellement comme un autodidacte. Pour son premier récital à l'âge de 17 ans, en 1948 à Graz, il joue Bach, Brahms et Lizst ainsi qu'un morceau qu'il a composé lui-même. « Durant ma jeunesse, ma carrière n'était pas sensationnelle, elle progressait petit à petit », raconte-t-il.

Le tournant a lieu lors d'un concert consacré à Beethoven donné à Londres où il est installé depuis 1971. Après cette soirée trois grands labels lui offrent plusieurs contrats. Depuis, Alfred Brendel s'est hissé au rang d'un des artistes les plus prolifiques avec des disques d'un répertoire incluant tous les grands noms, de Bach à Haydn en passant par Weber, Schumann, Liszt, Brahms, Moussorgski et Schoenberg.

Beethoven, Mozart et Schubert demeurent les compositeurs de chevet d’un pianiste qui affirme être le premier à avoir enregistré toutes les œuvres pour piano de Beethoven. Il est également l'un des rares à en avoir fait de même pour les concertos pour piano de Mozart.

Auteur de livres sur la musique et de prose humoristique, Alfred Brendel ne craint pas la retraite : « j'ai toutes sortes de projets, après une pause de quelques mois, je participerai à des séances de lectures, des séminaires et j'écrirai. Je suis toujours en train d'écrire quelque chose ».

Le site officiel d’Alfred Brendel

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