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Test Merason frérot : un DAC très simple à l’esthétique sonore élégante

Par Alban Amouroux |

Le convertisseur numérique/analogique simplifié à l’extrême n’est plus vraiment le produit à la mode. On lui préfère le DAC/préampli ou bien le DAC équipé de multiples fonctionnalités et autres réglages comme des filtres ou du suréchantillonnage. Rien de tout ça chez Merason. Le petit modèle frérot va droit à l’essentiel.

Merason est un fabricant suisse qui sait se concentrer sur son sujet. Le catalogue comprend seulement deux convertisseurs et une alimentation séparée pour le plus petit d’entre eux. Le DAC1 est le gros modèle. Le frérot, sujet de notre test, est le plus accessible. Les deux appareils proposent à peu près la même chose en termes de sorties mixtes asymétrique et symétrique et d’entrées numériques – le DAC1 bénéficiant d’une entrée XLR AES en plus.

La philosophie de Merason est d’atteindre la reproduction de la musique la plus pure possible en simplifiant au maximum les appareils – « less is more » comme on dit. Comme souvent dans le monde de la haute-fidélité artisanale, le créateur est un passionné de longue date de musique et de ses techniques de reproduction. Très jeune, à l’image de beaucoup de ses pairs, Daniel Frauchiger a commencé par monter ses propres enceintes et à modifier les appareils électroniques. Insatisfait des produits de conversion existants, il a décidé bien plus tard de se lancer en créant ses propres DAC pour se rapprocher le plus possible de l’émotion procurée à l’écoute des appareils analogiques. La marque Merason était née.

Caractéristiques

● Convertisseur numérique/analogique
● Prix : 1 249 €
● Puce : Texas Instrument PCM1794
● Audio haute résolution : 192 kHz/24 bits
● Connectivité : 2x entrées numériques coaxiales, 2x entrées numériques optiques, 1x entrée USB-B, 1x sortie stéréo analogique asymétrique RCA, 1x sortie stéréo analogique asymétrique XLR
● Option : alimentation séparée pow1 (849 €)
● Dimensions (l x h x p) : 225 x 50 x 180 mm
● Poids : 995 g

Présentation générale du Merason frérot

Comme nous le disions en introduction, Merason vise l’extrême simplicité. L’analyse rapprochée du frérot le confirme. Le boîtier est constitué de panneaux suffisamment épais recouverts d’une peinture grise du plus bel effet. La façade en aluminium voit la marque Merason imprimée en grand sur la droite sans que la référence de l’appareil ne soit précisée. Son format réduit avec seulement 22,5 cm de largeur lui permettra d’occuper peu de place sur les étagères de votre meuble Hi-Fi.

A l’arrière se trouve toute la connectique d’entrée et de sortie. Celle-ci est doublée avec du RCA (2 volts) et du XLR (4 volts). La sortie a un volume forcément fixe. Concernant l’alimentation, Merason propose le boîtier optionnel pow1 aux dimensions uniques au frérot afin de les placer l’un sur l’autre ou l’un à côté de l’autre. Ils se connectent entre eux via un cordon terminé par des prises Neutrik quatre pôles. Par défaut, le DAC est livré avec un petit transformateur externe 9 volts.

Le Merason pow1 est bien rempli avec trois circuits distincts. Deux alimentations linéaires sont dédiées à la partie audio du frérot tandis que la troisième gère toute la partie logique et numérique. Elles font appel entre autres éléments à un transformateur toroïdal et à trois condensateurs de bonne taille. Le pow1 ne possède aucune indication en façade. Il dispose d’un commutateur d’alimentation générale en face arrière au plus près de la prise IEC 230 volts.

Revenons au DAC Merason. Il renferme une unique carte électronique sur mesure. Elle est divisée en trois zones correspondantes au placement de la connectique : l’alimentation à droite, les circuits numériques et de sélection au milieu, la conversion et les circuits analogiques sur la gauche. Ceux-ci font appel à une puce Texas Instrument PCM1794 qui n’est pas la plus récente sur le marché mais dont l’excellente réputation n’est plus à prouver. Elle permet la lecture numérique jusqu’à 192 kHz et sous 24 bits. Les formats DSD et MQA ne sont pas pris en compte.

Utilisation du Merason frérot

Au centre de la façade du frérot, un unique commutateur mécanique permet de sélectionner l’une des cinq entrées numériques. Vous avez le choix entre le SPDIF, sous ses formes coaxiales et optiques, et l’USB. Toujours en façade, deux petits indicateurs de couleur verte complètent l’équipement. Le premier confirme si le frérot est bien alimenté. Le second s’allume lorsque l’entrée sélectionnée est reconnue et verrouillée. Il n’y a pas de bouton de mise sous tension, cela passe par un mini-commutateur à l’arrière.

Vous n’avez donc rien de plus à faire sur le frérot. Aucun afficheur, pas plus de menu : il ne donne accès à aucun paramètre. Le son rentre tel quel et ressort converti en analogique, point. C’est le concept de la simplicité telle qu’elle est voulue par Merason. Il s’explique aussi par un tarif qui veut rester accessible malgré une conception et une fabrication intégralement réalisées en Suisse.

Le Merason frérot est un convertisseur numérique/analogique qui ne peut pas fonctionner de façon autonome car il n’a pas de section de préamplification. Le volume devra donc être piloté soit par la source en amont, soit par l’amplificateur ou le préamplificateur en aval. Cela permettra à certains de mieux maîtriser leur système haute-fidélité en séparant l’intégralité des fonctions dans autant d’appareils distincts.

L’absence de commandes et de réglages contribue à la simplification du chemin du signal. Nous sommes typiquement dans le cas du « fil droit avec du gain » adapté à l’étage de conversion numérique/analogique. Le Merason frérot fait une seule chose : convertir. En évitant d’autres actions, le signal a moins de chance d’être perturbé ou dégradé. Ce DAC répond à la philosophie de la marque de la simplicité pour se rapprocher au plus près du son d’origine.

A l’écoute

Nous avons mis en place la configuration suivante pour nos écoutes : un MacBook avec Roon et Qobuz en guise de lecteur, un cordon USB vers le Merason, puis en sortie des cordons XLR en direction de notre trio habituel préamplificateur/amplificateur/enceintes.

Débutons avec le live d’Eric Clapton Nothing But the Blues. Les guitares sont sublimes sur l’ensemble des titres. Elles sonnent naturellement, quel que soit leur placement sur la scène. Précises, on profite de toutes les résonances et autres touchers de cordes qui participent à l'authenticité du message. La voix de Clapton est aisément reconnaissable avec là aussi beaucoup de détails bien qu’elle soit moins rocailleuse que sur les derniers albums – ce live datant de 1994. La lisibilité globale est excellente, le registre médium est bien équilibré sans jamais accrocher l’oreille. En passant du petit transformateur 9 volts à l’alimentation linéaire séparée pow1, nous avons noté une amélioration de la finesse de l’ensemble qui convenait bien au reste de notre système. Les différences ne sont pas de l’ordre du jour et de la nuit, mais suffisantes pour justifier l’ajout du pow1.

Ce DAC accompagné de son alimentation séparée fait partie des appareils qui tiennent la musique d’une main de fer. La puissance de la batterie électronique de Dabeull sur son dernier maxi Cosmic Fonk est parfaite pour nous plonger dans le revival funk 80’s. La restitution regorge de micro-détails qui ouvrent la scène en profondeur tout en lui procurant beaucoup d’épaisseur. L’effet 3D est bien présent avec certaines notes qui explosent en dehors du cadre, en avant et sur les côtés de la scène. Nous avons beaucoup apprécié le travail du frérot sur le médium-aigu et plus particulièrement sur les voix féminines. Il arrive à faire passer et à mettre en avant quand il le faut les notes les plus hautes sans que cela ne s’accompagne de fatigue, même après de longues heures d’écoute.

Avec le frérot, il y a de la justesse dans les timbres, beaucoup de détails, sans que cela ne devienne trop chirurgical. C’est clairement un appareil respectueux du signal d’origine qui ne cherche pas à apporter une signature personnelle. Chacun est à sa place avec douceur, sans projection exagérée ni chaleur excessive. L’équilibre tonal nous convient parfaitement à l’écoute du trio intimiste de Bill Evans sur l’album You Must Believe in Spring. Tout comme l’interprétation de l’Oiseau de feu par l’Orchestre philharmonique de Munich : chaque pupitre occupe sa place avec précision et nous n’avons aucun mal à ressentir l’espace autour d’eux. Nous pouvons qualifier l’écoute de zen car elle ne demande aucun effort pour s’impliquer dans la musique.

Les + :
Finesse du médium-aigu
Une vraie élégance sonore
Simplicité d’usage
Apport de l’alimentation externe

Les - :
Manque juste une entrée XLR AES

Conclusion

Difficile d’imaginer en France que le terme frérot puisse être donné à un appareil Hi-Fi. Il n’a sûrement pas le même usage ni la même connotation en Suisse. Il faut plutôt le prendre au pied de la lettre et le voir comme le compagnon idéal de votre système audio, un véritable frère d’armes pour constituer une installation haute-fidélité performante. Le Merason frérot se distingue par un mélange de précision et de plénitude. La musique coule de source, les instruments ont de la prestance, les micro-détails sont omniprésents. Il permet de séparer toutes les fonctions d’une chaîne, bien calé entre les sources numériques et le préamplificateur analogique par exemple. Grâce à son usage ultra-simple, sitôt installé il se fait oublier du côté utilisation, mais pas du côté du son car il permet un vrai bond qualitatif comparé à des DAC d’entrée de gamme.