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Absolute Jest de John Adams enfin à Paris le 17 mars

Eh oui ! Première française pour le dernier chef-d'œuvre de l'Etats-Unien John Adams : Absolute Jest, mais ne cherchez pas l'enregistrement même sur Qobuz où il y a pourtant tout : il est encore soigneusement gardé secret... sauf... sauf...

... sauf les trois premières minutes dont nous offrons à nos bien-aimés qobuzonautes la primeur, après mille supplications auprès de "qui de droit", car l'enregistrement qui en a été réalisé par l'Orchestre Symphonique de San Francisco et son chef (et dédicataire de l'ouvrage) Michal Tilson Thomas ne sera enfin délivré à la planète ébahie qu'en 2015. Entre temps, les Parisiens et veinards d'entre nos auditeurs qui auront dégoté un rare billet goûteront le privilège de l'aller ouïr à la Salle Pleyel lundi 17 mars, précisément par ce chef et cet orchestre en providentielle tournée européenne.

NB : le concert était diffusé en différé sur France Musique, et vous pouvez l'écouter en streaming jusqu'au 1 mai 2014, mais ensuite, bernique.

Absolute Jest peut se traduire par "Bouffonnerie absolue" mais également par "Geste absolue", la geste et non point le geste, selon l'explication d'Adams lui-même qui joue sur l'ambivalence, même si en anglais l'orthographie n'est pas exactement la même (jest vs. gest). Et en effet, l'auditeur peut se demander s'il s'agit là de lard, de cochon, de poisson, de piment ou surtout de dynamite. Pendant quelque vingt minutes, Adams déroule un invraisemblable scherzo chargé d'une énergie folle, confié à l'orchestre certes, mais également à un quatuor à cordes solo (légèrement amplifié lorsque la salle l'exige, indique la partition) qui s'amuse - le jest en question - à reprendre et tordre dans tous les sens quelques inflexions des plus féroces quatuors de Beethoven. Autre révérence au grand Ludwig van, le rythme pointé obstiné qui caractérise le premier mouvement de la Septième symphonie mais également le scherzo de la Neuvième, auquel Adams emprunte d'ailleurs la signature de timbales.

Pas exactement un scherzo à papa !

Cela dit, c'est plutôt du côté de Stravinsky qu'il faudrait concevoir les influences, parfaitement assumées et même revendiquées par Adams, le Stravinsky de la Symphonie en trois mouvements ou de Pulcinella. Le parallèle s'arrête là, car si Strav a assez directement emprunté à Pergolesi, Adams ne fait qu'évoquer Beethoven et lancer des clins d'?il amoureux en direction de l'absolu avant-gardisme de la musique de cet imposant modèle.

L'audition de Absolute Jest donnerait quasiment une sensation de "musique carrée", alors que la partition d'Adams (parfaitement consultable sur le site de l'éditeur Boosey and Hawkes, d'ailleurs, il suffit de s'inscrire et hop c'est gratuit) déborde de coins et de recoins rythmiques d'une complication du diable. Ensuite, ne vous étonnez pas si quelques instants de ces trois premières minutes "sonnent un peu faux" par moment. C'est que le compositeur exige que piano et harpe soient accordés selon le tempérament mésotonique, alors que les autres instruments jouent au diapason standard... Une forme de micro-intervalles qui, s'ils ne comportent pas cet aspect franchement dérangeant des quarts de ton, donnent une impression de fourmillement assez singulière - du piment dans la sauce, si vous voulez.

En attendant que Absolute Jest arrive enfin dans les bacs virtuels de votre cher Qobuz, dégustez toujours les trois premières minutes... ainsi que des pièces de Adams qui pourraient s'en approcher - approcher approximativement et de fort loin, car c'est là un ouvrage radicalement nouveau dans la production du compositeur - telles que Short Ride in a Fast Machine, le mouvement "Panic" de Doctor Atomic, ou The Chairman Dances, à déguster dans la playlist ci-dessous.

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