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Chers disparus

Toots Thielemans est mort

Par Marc Zisman |

Le plus grand des harmonicistes de jazz s’est éteint à l’âge de 94 ans.

Toots Thielemans est décédé le 22 août 2016. Il restera comme le plus grand harmoniciste de jazz, épaulant les légendes du genre telles que Charlie Parker, Bill Evans ou Ella Fitzgerald mais aussi des musiciens pop, soul et rock comme Stevie Wonder, Paul Simon, Billy Joel et même Nick Cave ! Dans sa Belgique natale, Toots était une légende. Guère surprenant donc qu’apprenant sa disparition, le Premier Ministre Charles Michel ait twitté : « Nous perdons un grand musicien, une personnalité chaleureuse ». En 2005, le roi Albert II lui avait même conféré le titre de baron. Baron qui, lorsqu’il ne déballait pas son harmonica chromatique, s’amusait également à siffler ! Un don à ajouter à celui de la guitare, sa première arme de prédilection...

Jean-Baptiste Frédéric Isidore Thielemans voit le jour le 29 avril 1922 à Bruxelles dans le quartier populaire des Marolles où ses parents tiennent un café. Il découvre ce ruine-babine qui ne le quittera plus à l’âge de 16 ans. Il joue également de la guitare. Ray Ventura est son idole, suivie, surtout, par un certain Django Reinhardt… Le jazz le fascine au point qu’après-guerre, il s’envole pour les États-Unis. Là-bas, il croise le fer avec Charlie Parker mais aussi George Shearing, Roy Eldridge, Zoot Sims, Lena Horne, Chico Hamilton et quelques autres stars locales. Il revient sur le Vieux Continent pour une tournée aux côtés de Benny Goodman. En 1962, c’est surtout l’une de ses compositions, le standard Bluesette, qui impose un peu plus son nom. Nom également réquisitionné par le 7e Art, le Belge moustachu participant aux bandes originales de films tels que Macadam Cowboy de John Schlesinger, Guet-Apens de Sam Peckinpah, Sugarland Express de Steven Spielberg, Turkish Délices de Paul Verhoeven, Permission d'aimer de Mark Rydell ou bien encore Jean de Florette de Claude Berri.

Au bout du compte, Toots Thielemans aura croisé la route, sur disque comme sur scène, de Ray Bryant, Oscar Pettiford, Pepper Adams, Kenny Drew, Art Taylor, Elis Regina, Joanne Brackeen, Cecil McBee, Joe Pass, Niels-Henning Orsted Pedersen, Fred Hersch, Joey Baron, Mulgrew Miller, Rufus Reid, Shirley Horn, Jaco Pastorius, Luiz Bonfá, Lee Ritenour, Gilberto Gil, Milton Nascimento, Dave Grusin, Herbie Hancock, Joshua Redman, Terence Blanchard, John Scofield, Christian McBride, Peter Erskine, Kenny Werner sans oublier son compatriote Philip Catherine, pour n’en citer que quelques-uns…

L’un de ses plus beaux disques est sans doute Affinity enregistré avec le pianiste Bill Evans durant l’automne 1978. Un disque de toute beauté auquel participent également le saxophoniste et flûtiste Larry Schneider, le contrebassiste Marc Johnson et le batteur Eliot Zigmund. En 2004, dans une interview accordée à Dominique Cravic, Toots Thielemans évoquait la genèse de cet album : « J’ai rencontré Bill Evans en 1959. Il était encore soldat et venait nous écouter avec George Shearing. D’apparence, c’était un vrai plouc, du moins un solide gaillard, avec des bras costauds. Au Blue Note de Chicago, il s’était présenté à moi un soir, me demandant s’il pouvait m’accompagner. Il a rejoint New York et a vite commencé à faire parler de lui. On s’est revu, on a fait quelques trucs sans vraiment jouer ensemble. Vingt ans plus tard, en 1979, son agent Helen Keane me téléphone et me demande si j’accepte de venir faire un ou deux morceaux sur le prochain album de Bill en quintet pour Warner Brothers. J’étais à la fois honoré et... intimidé. Bill Evans, l’une des grandes lumières du jazz moderne m’invitait sur son disque ! J’étais si intimidé de le rejoindre en studio que je lui ai proposé de venir m’écouter jouer avant de faire appel à moi. Ce qu’il a fait. Mais Bill aimait ma musique, et il voulait montrer aux puristes du jazz ce dont j’étais capable. C’est parce que Bill avait craqué sur mon travail avec Paul Simon que l’on a enregistré cette version de Days Of Wine And Roses dans l’album Affinity. Quelle version ! C’est devenu un classique du jazz. Rare sont ceux à savoir que ce sont mes arrangements et pas ceux de Bill. »

LA PLAYLIST DISCOTHÈQUE IDÉALE DE TOOTS THIELEMANS :




Trois vidéos pour célébrer l'éclectisme et le talent de Toots Thielemans. D'abord en duo avec Jaco Pastorius :



Casting superbe et improbable cette fois, réunissant autour de Nick Cave chantant le tube hendrixien Hey Joe, David Sanborn au saxophone, Charlie Haden à la contrebasse, Hiram Bullock et Mick Harvey aux guitares et bien entendu Toots à l'harmonica. Cette sublime version fut captée en 1990 lors de l’émission Michelob Presents Night Music, show télévisé génialissime qui ne dura que deux saisons, orchestré par le producteur Hal Willner, grand expert des mélanges inédits :



Enfin, avec Elis Regina avec qui il enregistrera le superbe Aquarela do Brasil en 1969, la musique brésilienne étant l'une des nombreuses passions de l'harmoniciste :



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