Votre panier est vide

Rubriques :
Chers disparus

David Mancuso est mort

Par Marc Zisman |

DJ pionnier du clubbing et de la dance music, le créateur des mythiques soirées The Loft à New York s’est éteint à l’âge de 72 ans.

David Mancuso est décédé le 14 novembre 2016. Célèbre DJ on ne peut plus précurseur, il fut avant tout l’homme qui lança les soirées du Loft à New York en 1970. Des happenings réservés au début à quelques happy fews où il enchainait tous types de musique mais principalement de la soul, du funk et du disco alors naissant. Le Loft fut une sorte de point de départ de la scène dance et techno voire de la culture du clubbing à venir et de ses lieux comme le Paradise Garage, le Studio 54 ou la Gallery et ses DJ mythiques tels Larry Levan, Frankie Knuckles, François K, David Morales et autres Nicky Siano.

Étonnamment, la philosophie de David Mancuso était assez éloignée de celle de ses suiveurs, de ce que ce mouvement deviendra et de toute la culture club contemporaine. Pour lui, le principe du club ne fut jamais un business, mais plutôt un mode de vie. Avant tout grand audiophile totalement obsédé par la quête du son parfait, il n’affectionnait guère les enchainements entre morceaux, préférant laisser chaque titre jusqu’à la dernière seconde avant de lancer le suivant. « Toucher au pitch, répétait-il, change l’intention de l’artiste. Il faut laisser les choses se dérouler de la façon dont le musicien l’envisageait. » Comme il préféra toujours favoriser la pureté et la beauté du son plutôt que sa puissance…

Né à Utica dans l’état de New York en 1944, David Mancuso fut surtout marqué par le mouvement hippy et sa philosophie. En aficionados du pape du LSD, Timothy Leary, et alors que le Summer of Love de 1967 résonnait encore dans sa tête, il organise ses premières soirées chez lui dès 1965, dans un pur esprit baba cool, à l'ombre des lois. Tout prit racine donc dans son appartement, un loft, au 647 Broadway près de Bleeker Street à Manhattan où il a jeté l’ancre trois ans plus tôt. Là, ses soirées d’abord baptisées Love Saves the Day (un clin d’œil aux initiales LSD donc à la League for Spiritual Discovery de Leary et au Lucy in the Sky with Diamonds des Beatles ?) réunissent, sur invitation seulement, un faune bigarrée et mixte. En plein mouvement pour les droits civiques, alors que les Noirs comme les gays se battent au quotidien pour défendre leurs revendications, Mancuso, armé d’une paire d’enceintes Klipschhorn, d’un ampli McIntosh et de deux platines, propose à ses invités des soirées où il faisait bon se prélasser, écouter dans des conditions optimales de la bonne musique et surtout se sentir en sécurité. Il a d’ailleurs toujours insisté sur ce dernier aspect qui n’était guère la règle dans des États-Unis socialement et politiquement agités à la fin des sixties et à l’aube des seventies. Ainsi, l'underground comme les minorités trouvaient dans le Loft un vrai no man's land unique en son genre où chacun apportait sa propre bouteille. Côté musique, les oreilles présentes pouvaient savourer tous types de sons, de Manu Dibango à Barrabas en passant par Beginning Of The End, les Equals, Eddie Kendricks, War, Babe Ruth, James Brown, les Beatles ou bien encore Van Morrison dont l’Astral Weeks était l’un de ses disques fétiches.

En déménageant à SoHo, David Mancuso développe un record pool qui lui permet à lui et aux autres DJ de la Grosse Pomme qui fleurissent alors d’obtenir des promos et pressages en avant-première de labels spécialisés. Il est actif sur le développement de ce réseau jusqu’en 1978 lorsqu’il décide de se concentrer à nouveau sur ses soirées. Jusqu’en 1985, il mixe au Loft sur Prince Street avant que le coût de l’immobilier ne l’oblige à déménager à Alphabet City. Les soirées du Loft (leur nom officiel est lancé avec la fiesta du 14 février 1970) se poursuivront tout au long des années 80 et 90 et l’aura de Mancuso, assez réduite durant son âge d’or, commencera à grandir avec l’avènement des musiques électroniques. Plutôt discret et à l’opposé de l’image du DJ star flamboyant voire bling-bling, il continuera régulièrement à mixer ça-et-là aux quatre coins du monde. En 1999 et 2000, le label Nuphonic avait publié David Mancuso Presents The Loft – Vol. 1 & 2, deux superbes compilations restituant à la perfection l’esprit de ses mythiques soirées, deux volumes malheureusement indisponibles au numérique.





Pour suivre tout ce qui se passe sur Qobuz, rejoignez-nous sur Facebook !

 Lire aussi

À découvrir autour de l'article