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Chers disparus

Alan Vega est mort

Par Marc Zisman |

La voix du duo Suicide fut l'improbable et génial croisement électronique d’Elvis Presley et Iggy Pop…

Alan Vega est décédé le 16 juillet 2016 à l’âge de 78 ans. Figure emblématique de la scène punk new-yorkaise des seventies au sein du duo Suicide qu’il formait avec Martin Rev, il restera comme l’un des grands avant-gardistes de l’électro-rock, mêlant sons synthétiques et sémantique 100% rock’n’roll à une époque où un tel mélange était encore embryonnaire… Vega fut l’une de ces personnalités totalement extra-terrestres comme seul le rock sait en enfanter. Des solitaires vénérés et adulés qui n’ont jamais eu la chance de ramasser le fruit de leur création mais qui restent des références, des artistes on ne peut plus influents. Ainsi, Bruce Springtseen, grand fan du New-yorkais, a revisité le Dream Baby Dream de Suicide sur son album High Hopes. En 2009, LCD Soundsystem a repris Bye Bye Bayou pour le Record Store Day. MIA a samplé Ghost Rider pour son tubesque Born Free. Et ce même Ghost Rider a été copieusement revisité par des musiciens aussi divers que R.E.M. (en face B de leur single Orange Crush), Anna Calvi (sur son EP Strange Weather), les Young Gods sur Knock On Woods et même Katia et Marielle Labèque pour leur projet Minimalist Dream House !

Le vrai testament d’Alan Vega, né Boruch Alan Bermowitz à Brooklyn le 23 juin 1938, restera ce premier album éponyme de Suicide. Si les grands disques sont souvent des ovnis, celui-ci est peut-être le plus ovni d’entre tous. Logique quand on sait que les deux hémisphères du cerveau qui l’ont conçu sont ceux d’aliens. Binôme fou de la scène punk du New York des années 70, Suicide réunit les âmes dérangées d’Alan Vega donc au chant et de Martin Rev – de dix ans son cadet – aux synthés. Et le premier album de cette association de dandys azimutés invente le rockabilly électronique, comme un cri compressé dans une camisole synthétique. En bon fan de rock’n’roll fifties, Vega qui a alors déjà 32 ans chante comme un Gene Vincent rongé par les radiations nucléaires. Et Rev tapisse les murs de sa cellule capitonné de sons électroniques répétitifs et apocalyptique. Binaire et puissant, l’univers de ce chef d’œuvre minimaliste paru en décembre 1977 est une mise en musique de la folie urbaine. Mais derrière cette folie, c’est une véritable vision musicale originale qu’offre Suicide. Comme sur la ballade Cheree ou le terrifiant Ghost Rider. Une belle B.O. pour la fin du monde en quelque sorte…

Les deux hommes passeront leur temps à se séparer (et enregistrer chacun de leur côté) pour mieux se rabibocher. C’est justement en solo que le grand public français découvrira Alan Vega en 1980 avec son single Jukebox Babe, étonnant morceau de rockabilly électro qui plafonnera alors au sommet des charts. Parmi ses nombreux projets annexes, le New-yorkais croisera le fer, en 1995, avec l’ex-Big Star Alex Chilton et Ben Vaughan le temps d’un étonnant album, le bien nommé Cubist Blues, vrai-faux blues déstructuré strié de radiations multiples… A la même époque, il côtoiera l’un de ses plus grands fans, le chanteur Christophe, qui l’invitera en duo sur Rencontre à l’as Vega dans l’album Bevilacqua. Il y a quelques mois, il avait à nouveau convié Alan Vega sur la chanson Tangerine pour son album Les Vestiges du chaos.



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