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Manu ciao !

Auteur du tubesque "Soul Makossa", le grand saxophoniste camerounais a été emporté par le Covid-19 à l'âge de 86 ans...

Par Benjamin MiNiMuM | Vidéo du jour | 25 mars 2020
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Crâne lisse, Ray-Ban vissées sur le nez, saxophone bien en main et rire tonitruant, prêt à jaillir, Manu Dibango qui s’est éteint le 24 mars 2020 était une figure archétypale, un pionnier de la world music et un maître du groove afro, imité, parfois plagié, mais jamais égalé.

Emmanuel Dibango N’Djocké quitte son Cameroun natal à 16 ans, en 1949, pour poursuivre des études en France. Il rencontre son aîné et compatriote Francis Bebey, qui l’initie au jazz. Manu a un don pour la musique, il joue de la mandoline, des claviers, du vibraphone et bientôt – et surtout – du saxophone alto. En 1960, à Bruxelles, il rencontre le chanteur congolais Joseph Kabasélé qui l’engage au sein de son mythique African Jazz et l’emmène à Kinshasa. Quarante enregistrements et de nombreux concerts plus tard, Manu Dibango a trouvé sa vocation : mélanger les rythmes d’Afrique et le jazz. De retour à Paris, il rejoint l’orchestre de Dick Rivers, puis dirige celui de Nino Ferrer. Ses expériences le nourrissent et lui permettent de murir la musique qu’il a en tête.



En 1972, il compose l’hymne de l’équipe camerounaise de football à l’occasion de la huitième CAN (Coupe d'Afrique des Nations). Les Camerounais perdent leurs matchs, et au pays, le 45 tours est aussitôt oublié. Mais la galette de cire voyage et en Amérique, un DJ s’entiche de sa face B. Soul Makossa devient un tube. En Europe, on l’ignore, mais aux États-Unis, Manu Dibango est accueilli, puis acclamé. Il joue dix jours de suite à l’Apollo de Harlem et part en tournée avec les Fania All Stars, le groupe mythique de la scène latino new-yorkaise :



A son retour en France en 1973, les portes s’ouvrent enfin pour Manu Dibango, notamment celle de l’Olympia où il triomphe. La suite de sa décennie est nomade. A Abidjan, il dirige le nouvel Orchestre de la Radiotélévision Ivoirienne. Il enregistre avec des musiciens nigérians et ghanéens l’album Home Made qui relie afrobeat et highlife. Il termine la décennie sur une rythmique reggae et sort Gone Clear en compagnie du célèbre tandem jamaïcain Sly et Robbie.

Les années 80 sont celles de l’avènement de la world music. Tout le monde s’intéresse aux rapprochements possibles entre musiques ethniques et musiques urbaines occidentales. Manu Dibango a une longueur d’avance et il en profite. Un jour, une amie lui écrit pour le féliciter de sa collaboration avec Michael Jackson. Manu tombe des nues lorsqu’il découvre que le Roi de la Pop a utilisé le refrain de Soul Makossa sur Wanna Be Startin’ Somethin’, paru en 1982 sur l’album Thriller, qui atteint des records de vente. Mais Michael Jackson ne lui a pas demandé la permission, ni ne l’a cité dans les crédits. Un arrangement à l’amiable lui octroie une compensation financière de quelques millions de francs. L’honneur de Manu est sauf et son aura en sort grandie…



En 1985, il est au centre de l'opération caritative et musicale Tam-tam pour l'Ethiopie. Un an plus tard, pour l’album Afrijazzy, il collabore avec les américains Bill Laswell et Chick Corea ou le trompettiste sud-africain Hugh Masekela et reçoit la médaille des Arts et des Lettres des mains de Jack Lang, alors ministre de la Culture. En 1988, les Francofolies de La Rochelle lui offrent une soirée exceptionnelle. Maxime Le Forestier, Paul Personne, Nino Ferrer, les Congolais N'Zongo Soul et Zao ou ses compatriotes les Têtes brûlées le rejoignent sur scène pour cette « fête à Manu ».

Son étoile ne pâlit plus. En 1993, le second volume de ses Négropolitaines, qui reprend de grands succès des musiques d’Afrique, est couronné d’une Victoire de la Musique. La même année, celle de ses 60 ans, son disque Wakafrika réunit une jolie brochette de stars internationales : le Sénégalais Youssou N'Dour, le Nigérian King Sunny Adé, le Malien Salif Keita, la Béninoise Angélique Kidjo, le Congolais Ray Lema, les Sud-Africains Ladysmith Black Mambazo, l’Angolais Bonga ou l’Anglais Peter Gabriel.



Manu Dibango reste ensuite fidèle à sa ligne de conduite ouverte et généreuse. Il tente toutes les expériences dignes d’intérêt. En 1998, il enregistre CubAfrica avec le pilier du Buena Vista Social Club, Eliades Ochoa, En 2003, il tourne avec Ray Lema. En 2005, il joue à Bercy avec l'Orchestre de Paris et cosigne la bande-son du dessin animé de Michel Ocelot, Kirikou et les bêtes sauvages.

En 2007, il rend hommage au jazz de La Nouvelle-Orléans à travers Manu Dibango joue Sydney Bechet. 2011, il invite les rappeurs Pit Baccardi et Passi sur son Past, Present, Future dans lequel apparaît un Soul Makossa 2.0 aux accents électro. Sa carrière foisonnante et unique, à cheval sur trois continents, six décennies et une infinie variété de styles, ont fait de Manu Dibango un musicien d’envergure universelle. Un musicien qui était encore sur scène, en 2019, pour fêter ses 60 ans de carrière, et notamment au festival Jazz in Marciac :



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