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Il était une fois Jessye Norman...

Aussi renversante dans la mélodie française que le lied allemand, les opéras de Wagner ou Strauss, la grande soprano américaine s'est éteinte à l'âge de 74 ans...

Par François Hudry | Vidéo du jour | 2 octobre 2019
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Avec sa voix ample, profonde, puissante et son impressionnante stature qui lui confère un port d’impératrice, Jessye Norman a été une des cantatrices les plus aimées de la fin du siècle dernier. Ses prises de position politiques courageuses, ses prestations devant des têtes couronnées et des présidents des Etats-Unis, sa participation au Bicentenaire de la Révolution française sur les Champs-Elysées et à l’inauguration du Mémorial en souvenir des victimes du 11 septembre 2001 font déjà partie de l’histoire.

Née à Augusta en Géorgie au cœur d’une famille où l’on pratique la musique en amateurs, Norman apprend le piano très jeune sous l’impulsion de sa mère. A neuf ans, elle découvre le monde de l’opéra à travers les émissions hebdomadaires du Metropolitan Opera à la radio. Sa découverte des voix de Marian Anderson et de Leontyne Price est une véritable révélation qui lui ouvre des perspectives.



A 16 ans, abandonnant son projet de se consacrer à la médecine, elle participe à un concours de chant à Philadelphie grâce auquel elle recevra une bourse lui permettant d’étudier à Washington. Après avoir chanté dans diverses chorales, elle travaille aux conservatoires de Baltimore et du Michigan. Munie de son diplôme, elle part à la conquête de l’Europe et décroche un contrat de trois ans à l’Opéra de Berlin (Deutsche Oper) où elle fait des débuts très remarqués dans Elisabeth de Tannhäuser. Aussitôt repérée par la critique et les directeurs de théâtre, elle chante en Allemagne et en Italie où on lui confie souvent des rôles de princesses ou de figures nobles.



Grâce à ses dons exceptionnels, Jessye Norman s’impose très vite dans le paysage musical mondial. L’ambitus de sa voix est tel qu’elle peut chanter le registre le plus aigu d’une soprano dramatique jusqu’à la profondeur d’une voix de contralto. Son registre de nuances lui permet de chanter les rôles verdiens (Aïda), wagnériens (Sieglinde), straussiens (Ariadne), comme celui, écrasant, de Leonore dans Fidelio, l’unique opéra de Beethoven. Mais Jessye Norman est capable de chanter avec une infinie délicatesse la mélodie, le Lied et les opéras de Haendel et de Mozart.



Très présente au disque, elle enregistre des opéras oubliés comme des œuvres du répertoire ou des Negro-Spirituals qu’elle colore à chaque fois de sa voix généreuse. Elle s’impose le plus souvent comme cantatrice de concert dans des grands cycles de Lieder et de mélodies (Le Chant de la terre de Mahler, Vier letzte Lieder de Strauss, Gurrelieder de Schönberg, Poème de l’amour et de la mer de Chausson ou Shéhérazade de Ravel).



A la fin de sa carrière, Jessye Norman s’adonne avec malice au crossover, collaborant avec le chorégraphe et danseur Bill T. Jones, chantant des chansons de Michel Legrand, participant à des concerts de jazz. Elle tourne un film-documentaire que lui consacre André Heller, dans lequel elle raconte ses combats pour la musique, ses inspirations et ses rêves, ainsi que ses enjeux sociaux et politiques en faveur de la population et des artistes afro-américains.



En 2003, à l’époque ou le gouvernement diminue les subventions allouées aux écoles d’art, la cantatrice participe à la fondation de la Jessye Norman School of the Arts, un programme d’art extrascolaire, entièrement gratuit et complet, destiné aux élèves défavorisés de Augusta, sa ville natale. C’est elle qui finance en grande partie ce projet à ses débuts, un projet dans lequel elle s’impliquera longtemps et qui offre des cours de danse, de théâtre, d’arts visuels, de musique instrumentale et vocale. Par ce geste généreux, Jessye Norman a sans doute voulu remercier la providence qui a veillé sur son propre destin.

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