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Horowitz, un loup des steppes à New York

Il fut comparé à Liszt, à Paganini. Pour Clara Haskil il est même le diable en musique. Un coffret en forme d'hommage rassemble des enregistrements inédits, richement agrémentés et illustrés de conversations et de photos. De quoi documenter le portrait de Vladimir Horowitz pour retrouver l'homme sous le mythe.

Par Elsa Siffert | Vidéo du jour | 29 août 2019
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On peut commenter à l'infini la personnalité tempétueuse du pianiste Vladimir Horowitz à grands renforts d'épisodes biographiques tragiques. Sa carrière elliptique semble suivre l'alternance des touches du piano. Elle reflète les doutes et les succès. Ce molosse ultrasensible, interprète fascinant, demeure énigmatique et l'auditeur retourne inlassablement aux enregistrements disponibles. La discographie déjà copieuse s'agrandit encore avec un coffret Sony dont 3 albums sont disponibles en digital. Parmi eux, son concert come back, après douze années de silence, à Carnegie Hall le 9 mai 1965.

Au programme : Bach d'abord, arrangé par Busoni, sans concessions ni séductions sous les doigts d'Horowitz. Schumann ensuite, et sa Fantaisie, op. 17, irrésistible et fantastique à souhait, notamment dans ses accents facétieux avant la coda du deuxième mouvement. La technique d'Horowitz est irréprochable − disciple de Theodor Leschetizky à Kiev, il apprend le piano dans la tradition d'Anton Rubinstein − et chante librement dans un constant souci du son, généreux, et un amoureux respect du texte.

Il faut voir jouer ce musicien. L'image le montre rasant le clavier de ses grandes mains dans une apparente nonchalance. Pourtant son jeu est tout à la fois puissance, imagination et précision. L'attaque initiale, rapide, jamais hésitante, semble pesante mais capable d'une infinie palette de nuances, miraculeux pianissimo ou implacable marcato. Dans la Träumerei (Rêverie) de Schumann issue des Kinderszenen, op. 15, jouée ici en concert à Moscou, l'incipit est d'une douceur lumineuse. Très clair, le piano fait résonner des graves profonds et l'articulation met en valeur le contrepoint. C'est une ode à l'enfance dans des tons presque joyeux :



C'est une autre Träumerei, plus mélancolique, qu'on entend à New York en 1965. Horowitz choisit un tempo un peu plus retenu et cherche dans le piano des sonorités feutrées de voyage dans les tréfonds du passé. La dimension mémorielle de cette petite pièce est patente dans cette version. Hélas, les applaudissements nourris de la salle − conservés (ajoutés ?) par Sony très (trop ?) proches des dernières notes − nous sortent violemment de ce rêve. Mais on y replongera avec les albums de ses répétitions du du 7 et du 14 avril.

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