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Maria João Pires, à la française

DERNIÈRE MINUTE ! CHANGEMENT DE PROGRAMME ! En première partie, au lieu des Debussy et du Concerto en sol de Ravel, Maria Joao Pires et Riccardo Chailly interprèteront le Deuxième Concerto pour piano de Beethoven.

Par Clotilde Maréchal | Concerts, festivals et tournées | 7 février 2012
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Mercredi 22 et jeudi 23 février, un alléchant casting investira la scène de la Salle Pleyel : l’Orchestre de Paris sera dirigé par Riccardo Chailly, le Chœur de l'Orchestre de Paris par Lionel Sow, le piano sera quant à lui dompté par la grande Maria João Pires. Au programme de ces deux soirées, un festin franco-français avec des œuvres de Claude Debussy (Sarabande (orchestration Ravel) et Danse (orchestration Ravel)) et Maurice Ravel (Concerto pour piano en sol et Daphnis et Chloé (ballet intégral)).

Moments assez rares. D’abord ces deux danses pour piano, écrites par Claude Debussy et orchestrées par Maurice Ravel, comme il le fit de partitions de Moussorgski, Schumann ou Chopin. Et puis surtout Daphnis et Chloé qu’on a peu l’occasion d’entendre dans la « grande version », non pas les deux suites d’orchestre mais la partition intégrale, presque une heure de musique, écrite pour les Ballets Russes ! Ravel l’a composée alors que Stravinsky explosait dans L’Oiseau de feu (1910) et l’influence est sensible : le sauvage et le langoureux s’y affrontent. L’argument du ballet, plein de contrastes, le propos chorégraphique conviennent parfaitement à Ravel dont l’orchestre (renforcé par le chœur) est espace, survol, instant pétrifié ou action rapide, sanglots, vent, ruisseau. C’est un récit captivant plein de couleurs et de surprises, un abécédaire de l’orchestre, enluminé comme un livre d’heures. Le Concerto en sol, lui, fut écrit après la Première Guerre mondiale où Ravel servit comme soldat. Comme La Valse, il porte les traits noirs de l’épreuve, sarcastique, désarticulé mais aussi tendrement recueilli. Rare, enfin, la pianiste Maria João Pires, et encore plus exceptionnellement à l’affiche dans ce répertoire.

Pires fait partie de ces interprètes pour qui la musique est tout : un exorcisme, une éthique, une question de vie. Sur scène, elle devient aussi acte d'amour, un don pur et absolu que cette mater dolorosa ne saurait faire à demi, du bout des doigts, sans que le cœur y soit. Lorsque cette grande dame du piano livre son art, c'est pour offrir en toute sincérité les pages les plus intimement réfléchies et ressenties de son panthéon musical…

Née à Lisbonne le 23 juillet 1944, Maria João Pires commence très jeune à étudier le piano, et joue déjà des concertos de Mozart en public à l'âge de sept ans. A neuf ans, elle reçoit le plus grand prix du Portugal pour les jeunes musiciens. De 1953 à 1960, elle étudie auprès du professeur Campos Coelho au Conservatoire de Lisbonne, tout en prenant des cours de composition, de théorie et d'histoire de la musique avec Francine Benoit. Elle poursuit sa formation en Allemagne, d'abord à la Musikakademie de Munich auprès de Rosl Schmid, puis à Hanovre avec Karl Ngel.

Pires doit sa reconnaissance internationale au premier prix de la Compétition du bicentenaire de Beethoven à Bruxelles en 1970. Ses débuts à Londres en 1986 et à New York en 1989 sont acclamés par la presse. En 1987, elle joue à Hambourg, à Paris et à Amsterdam pendant la tournée inaugurale de l'Orchestre de la jeunesse Gustav Mahler avec Claudio Abbado. Elle est régulièrement invitée à se produire en Europe, au Canada, au Japon, en Israël et aux Etats-Unis avec les plus grands orchestres, dont l'Orchestre Philharmonique de Berlin, l'Orchestre symphonique de Boston, l'Orchestre Royal du Concertgebouw, l'Orchestre Philharmonique de Londres et l'Orchestre de Paris. Ces dernières années, elle a joué au Festival de musique du Schleswig - Holstein, au Schubertiad Feldkirch, aux festivals de Tanglewood et de Ravina. Elle a donné son premier concert au Festival de Pâques de Salzbourg en 1990 avec Claudio Abbado et l'Orchestre Philharmonique de Vienne.

En dehors de sa carrière de soliste et de concertiste, Maria João Pires est une chambriste d’exception. Depuis 1989, elle travaille principalement avec le violoniste français Augustin Dumay et c'est avec lui qu'elle fait ses débuts à Londres. Ensemble, ils passent aussi dans toute l'Europe, se rendent au Japon pour de grandes tournées pendant l'automne 1992 et l'été 1994 et font, avec le violoncelliste Jian Wang (complément parfait pour former un trio), une tournée en Extrême-Orient à l'automne 1998.

Pires enregistre pour Deutsche Grammophon depuis 1989. Elle a consacré de nombreux disques à la musique de Mozart, dont elle a notamment gravé l’intégralité des sonates pour piano (« Mozart est dans l’impermanence, on sent qu’il ne s’attache à rien, et c’est cela au fond, son génie. Rien ne reste, rien n’est fixe. Or dans la vie, nous cherchons la sécurité… Pourtant, être lié à l’essentiel passe par l’acceptation de l’impermanence. »). Elle a également enregistré des sonates et diverses pièces de Schubert. En duo avec Dumay, elle a gravé des pièces de Mozart, Brahms, Franck, Debussy et Ravel. Les musiciens ont également participé, avec les sonates de Grieg, à une édition commémorant le 150e anniversaire de la naissance du compositeur. Avec Abbado, la pianiste a réalisé deux enregistrements de concertos de Mozart, le premier avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne, le second avec le Chamber Orchestra of Europe. La musicienne se consacre également à Chopin, dont elle a enregistré les Préludes, le Concerto pour piano n°2 avec le Royal Philharmonic Orchestra et André Previn, ainsi que l’intégrale des Nocturnes. Parmi ses autres parutions, citons des impromptus de Schubert, des œuvres de Chopin avec le Chamber Orchestra of Europe et Emmanuel Krivine ainsi que des pièces de Schumann avec le Chamber Orchestra of Europe et Claudio Abbado.

En 1999, Maria João Pires a créé Belgais, un centre pour l’étude des arts dont elle exporte la philosophie et l’enseignement à Bahia. En 2005, elle a fondé une troupe de théâtre, de danse et de musique, Art Impressions. Elle a obtenu des rôles (dont une fois le sien propre) dans des films de Manoel de Oliveira, dans lesquels elle joue au piano. Après avoir vécu au Brésil, pays dont elle a pris la nationalité, elle habite aujourd'hui en Suisse près de Delémont.

Le site de la Salle Pleyel

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