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Les stricts nécessaires: interview The XX

Extrait d'interview de la rencontre publiée dans le numéro 25 du magazine VoxPop (mars/avril 2012).

Par Adrien Toffolet | Interview | 27 mars 2012
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Pour la première fois, depuis la sortie de leur premier album de pop triste, fragile et générationnelle qui a été un des succès surprise de l'année 2009 The XX parlent. Peu de leur second enregistrement attendu pour cet été. Mais beaucoup de ce monde qui les entoure et parfois les rend plus craintifs encore qu’ils ne le sont. Oliver Sim et Romy Madley-Croft se dévoilent en exclusivité pour le numéro anniversaire de VoxPop. Extraits de l'entretien.

On a beaucoup entendu dire que vous aviez créé la bande-son de votre génération. Quel regard portez-vous justement sur votre génération ?

Oliver : Je crois que c’est une génération du « tout disponible. » En matière de musique en tout cas, Myspace, Facebook, Souncloud, etc, ont permis de tout mettre à la disposition de tout le monde. Il y a tellement de choix dans lesquels on peut puiser. En conséquence, il n’y a aucun nouveau mouvement dominant comme il pouvait y en avoir quand on était plus jeune. Il y a longtemps, je regardais beaucoup Top Of The Pops, qui opérait une sélection, en montrant ce qui était cool et laissant de côté ce qui ne l’était pas. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. L’accès à tout a créé une génération de… de… (Il cherche de l’aide auprès de Romy)

Romy : Une génération de brassage, de melting pot. Nous sommes la génération « Ipod Shuffle », on écoute un peu de tout, on prend dans tous les styles. Séparément, Jamie, Oliver et moi, on écoute des choses différentes, et ce qu’on fait avec The XX, c’est de réunir tous ces éléments en une seule et même musique. C’est pour ça que les gens n’arrivent pas à nous ranger dans une case. Il nous arrive d’être qualifiés de rock, de pop ou de r’n’b, mais on est tout ça.

C’est Internet le déclencheur selon vous ?

Oliver : C’est une des raisons, mais ça ne peut pas être LA raison… Je ne sais pas… (gêné)

Romy : Que l’on parle de musique ou de théories politiques, aujourd’hui, si tu veux te fabriquer ta propre interprétation sur un sujet, tu as presque accès à tout ce qui a été dit dessus. Internet en tant que source d’informations a permis aux gens d’élargir leurs connaissances et de fait, leur esprit et leur vision des choses.

Quand on écoute votre premier album, son minimalisme, sa froideur, on n’a plus l’impression que vous avez inventé la bande-son de la génération « crise » que de celle « d’Internet. »

Romy : Pas volontairement ou inconsciemment en tout cas (rire gêné). Je n’avais jamais vu la chose comme ça. Ce que j’ai toujours aimé dans la musique, celle que j’écoute en tout cas, c’est qu’elle offre une échappatoire à notre quotidien. Je pense que notre musique n’est pas attachée à un lieu ou au temps. Je n’écris pas sur Londres ou sur un événement en particulier. C’est peut-être pour ça que les gens semblent si bien se sentir en phase avec nos chansons. Elle permet de se détacher d’une vie ponctuée par des problèmes, qu’ils soient liés à la crise actuelle ou pas…

Comment avez-vous vécu la crise économique dans votre vie quotidienne ?

Oliver : Je n’ai quitté la maison familiale que l’année dernière donc… (rires) On a tellement travaillé, fait des concerts et de tournées, deux ans durant, que pendant un moment, je me suis senti comme détaché de la réalité. Et quand tout cela s’est arrêté, je suis retourné dans le confort de chez mes parents.

Romy : C’est pareil pour moi. Les tournées nous ont aveuglés, on ne savait pas du tout ce qui se passait en dehors. Mais le retour nous a fait replonger dans la réalité. Nos amis étaient partis à l’université, les choses avaient changées… Par exemple, nous étions à Londres pendant les émeutes, j’étais terrifiée…

Pourquoi ?

Oliver : C’était là où on a grandit. Mes parents étaient en plein dedans. Un jour où je voulais aller les voir, la Police m’a interdit l’accès de leur quartier, donc j’avais très peur pour eux. Romy a été très affectée par ces évènements…

Romy : (gênée) Je suis une personne très sensible et fragile… Je crois que le fait de voir des lieux où on allait tous les jours détruits, les carcasses de voitures explosées, le chaos… Toute cette colère m’a dépassée.

Vous compreniez ce qui se passait ?

Oliver : Ces dernières années, que ce soit les manifestations étudiantes ou les émeutes, il y avait une partie de gens qui avaient envie de dire des choses, et malheureusement, une autre partie qui s’est servie de l’occasion pour créer de la violence gratuitement. C’est, de mémoire, ce que j’ai trouvé de plus triste à voir. Et l’image de la violence de ces jeunes m’a beaucoup hanté.

Après votre tournée, reprendre une vie normale, ça s’est traduit comment ?

Oliver : Romy, Jamie et moi avons passé chaque journée ensemble pendant les deux années et demi de tournées. A la fin de la tournée, de manière légitime mais sans mauvais sentiments, je me suis dit « je ne veux plus voir leur gueule pour l’instant. » Mais quelques jours après être rentré, je me suis retrouvé à passer du temps avec Romy à nouveau. J’adore trainer avec elle. J’ai cru que j’avais besoin de temps loin d’eux, mais non… Ce sont mes meilleurs amis… (grand sourire sincère) Je veux les voir tous les jours.

Romy : On a aussi déménagé de chez nos parents. Du coup, il a fallut apprendre à savoir comment payer les factures par exemple, des choses pour lesquelles nous étions totalement passés à côté. On s’est dit : « nos amis ont fait tout ça pendant notre absence. A notre tour de grandir maintenant. » Et puis, on en a profité pour s’amuser, revoir des amis, voir des concerts, aller dans des festivals. Etre des fans et pas des musiciens.

Oliver : J’ai vu Beyoncé en concert lors d’un festival. Que l’on aime ou pas, c’était impressionnant. J’ai vu beaucoup de concerts dans des clubs ou des petites salles, mais je n’avais jamais été à un véritable concert de pop avec tout le show qui va avec.

C’est grâce à ça que vous avez recommencé à composer ?

Romy : On s’était dit qu’on ferait une pause au niveau de la musique aussi mais il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour qu’une chanson me touche et m’inspire. Petit à petit, on s’est remis à composer chacun de notre côté. Pendant la tournée, on ne jouait que les morceaux de notre premier album et la proximité dans le bus de tournée faisait qu’on ne pouvait pas prendre le temps de composer autre chose. Mais de retour chez nous, tout a recommencé naturellement.

Ce que je vais demander est un peu cliché, mais est-ce que pour vous le deuxième album est plus compliqué à faire ?

Oliver : Oui, c’est différent. Quand on a fait le premier, personne ne savait qui on était, je ne savais pas combien de personnes allaient écouter les chansons. Maintenant, c’est différent et ça joue un peu sur ma façon d’écrire. Je garde dans un coin de ma tête que beaucoup de gens pourraient écouter ça. Néanmoins, ça ne m’empêche pas d’être totalement libre dans mon écriture, ce qui m’étonne d’ailleurs.

Romy : De mon côté, j’utilise toujours l’écriture pour sortir ce que j’ai dans la tête. Je ne me pose pas de question sur le fait que des gens vont entendre mes paroles. Par contre, pour moi la différence, c’est le temps. Le premier album s’est fait tout doucement. On composait, ensuite on testait les morceaux en concerts avant de les enregistrer, on les modifiait. On vivait avec les chansons en quelque sorte. Aujourd’hui, nous n’avons plus ce luxe.

Oliver : On a une deadline en plus maintenant. Comme nous sommes du genre à écrire encore des chansons quelques semaines avant la deadline et que nous sommes perfectionnistes, ce n’est pas facile de faire en sorte que l’on ait le sentiment d’avoir tout donné et tout terminé.

L’enregistrement n’est pas fini mais vous pouvez-vous nous faire un peu de teasing ?

Oliver : J’ai réécouté le premier album, il y a quelques jours, ce qui ne m’était pas arrivé depuis facilement deux ans. C’était chansons écrites entre nos 15 et 20 ans, qui racontaient en quelque sorte mes années d’adolescence… (hésitant) Disons que les nouvelles chansons sont plus proches de ce que nous sommes aujourd’hui.

Romy : C’est amusant parce que je l’ai réécouté moi aussi il y a peu. Je me suis rendu compte que j’ai évolué depuis. Et ma tante m’a dit la semaine dernière : « j’ai fait attention aux paroles, ça ne m’était pas arrivé auparavant. J’aurai du le faire plus tôt car je ne m’étais pas rendue compte à quel point tu étais triste ! » Ca m’a beaucoup fait rire.

Vous n’êtes plus adolescents, à quoi doit-on s’attendre ?

Romy : (en souriant)Des chansons de jeunes adultes. Le thème de l’amour sera toujours présent puisque c’est un sentiment qui n’est pas lié à l’âge. Mais il y aura d’autres choses…

Oliver : Jamie a dit que l’album a été inspiré par le clubbing, mais si les gens s’attendent à un album comme ça, ils vont avoir des surprises !

Romy : Nos goûts sont plus larges qu’avant, on aime beaucoup la house maintenant. Nous sommes effectivement souvent allés en club, mais ça ne veut pas dire que notre musique sera pareille.

Deuxième album de The XX sortie prévue cet été chez (XL/Naïve)

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