Herbert Blomstedt, un (Suédo) Américain à Paris

Les 11 et 12 janvier, Herbert Blomstedt dirigera l’Orchestre de Paris dans Beethoven et Strauss à la Salle Pleyel, à l’occasion des 85 ans du chef américain.

Par Clotilde Maréchal | Concerts, festivals et tournées | 28 décembre 2011
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Mercredi 11 et jeudi 12 janvier, Herbert Blomstedt dirigera l’Orchestre de Paris dans Ludwig van Beethoven (Concerto pour piano n°4) et Richard Strauss (Une vie de héros (Ein Heldenleben)). Egalement de la partie pour ces deux soirées, le pianiste Till Fellner et le violoniste Roland Daugareil.

Né aux Etats-Unis de parents suédois, formé à Chicago après avoir grandi en Scandinavie, Blomstedt commencé à diriger il y a plus de cinquante ans. Ses trois grandes étapes ont été la Staatskapelle de Dresde de 1975 à 1985, l’Orchestre Symphonique de San Francisco de 1985 à 1995 et le Gewandhaus de Leipzig où il succède à Kurt Masur en 1999. Brillant technicien, maître du répertoire germanique, son phrasé et son sens du rythme le distinguent par dessus tout…

L’Orchestre de Paris fête donc les 85 ans de Blomstedt. Une vie de héros d’une certaine façon pour celui qui a dirigé depuis cinquante ans tous les plus grands orchestres, et propagé là sa vision magnifiquement habitée des grandes partitions germaniques…

Richard Strauss n’avait pas attendu un âge aussi respectable pour écrire son poème symphonique, puisqu’il explora ce registre au début de sa carrière, guettant le succès sur la scène lyrique qui lui avait été refusé jusque-là. Cette Vie de Héros, au menu de ces deux concerts du 11 et 12 janvier, est à ce titre d’une étonnante ironie, car le héros c’est lui, Strauss, dans un autoportrait qui le voit batailler, railler les critiques cancaniers (ceux qui avaient étrillé son premier opéra Guntram), écrire la plus belle musique qui soit – riche en citations de ses œuvres précédentes – et mourir en apothéose. Sans oublier sa femme, dont le violon solo dépeint en arabesques périlleuses le caractère changeant, avant que tout l’orchestre ne plonge dans une sublime scène d’amour ! Un tel résumé pourra paraître comique, mais c’est là une musique brillante, magistrale, animée, que l’on regarde et entend avec un immense plaisir.

Beethoven n’était pas aussi goguenard en écrivant son Concerto pour piano n°4. Pour autant, celui-ci est aussi narratif. Le deuxième mouvement évoque Orphée qui plaide aux enfers pour obtenir le retour à la vie d’Eurydice. L’imploration du piano est si belle et si poignante que les dieux à l’orchestre cèdent à l’émotion suscitée et le Concerto peut conclure sur un troisième mouvement d’une joie irrépressible. Probablement l’une des œuvres les plus immédiatement accessibles qui soit…

Né le 11 juillet 1927 à Springfield aux Etats-Unis, dans le Massachusetts, de parents suédois, Herbert Blomstedt étudie d'abord à l’Académie royale de musique de Stockholm et à l'université d'Uppsala. Il complète ensuite sa formation à la Juilliard School de New York, étudie la musique moderne à Darmstadt, la musique de la renaissance et la musique baroque à la Schola Cantorum de Bâle. Il a travaillé avec Igor Markevitch à Salzbourg et avec Leonard Bernstein à Tanglewood.

En février 1954, Blomstedt fait ses débuts au pupitre à la tête du Stockholm Philharmonic Orchestra. Il a été chef principal de l’Orchestre philarmonique d’Oslo et des Orchestres de la radio suédoise et de la radio danoise. De 1975 à 1985 il dirige la Staatskapelle de Dresde et se produit dans plus de vingt pays d’Europe, ainsi qu’aux États-Unis et au Japon. Il poursuit sa collaboration avec cet orchestre et a reçu leur Badge d’or d’honneur en 2007.

Herbert Blomstedt a été invité à diriger des orchestres tels que le Philharmonique de Berlin, le BR Radio Symphony, le Royal Concertgebouw Orchestra, le London Philharmonic, le Boston Symphony, le Philadelphia Orchestra, le Chicago Symphony, le Cleveland Orchestra, le New York Philharmonic, le Los Angeles Philharmonic, l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre de Paris, l’Israel Philharmonic et le NHK Symphony, dont il est chef honoraire. Herbert Blomstedt est chef émérite du San Francisco Symphony, l’Orchestre symphonique de San Francisco, où il a occupé les fonctions de Directeur musical de 1985 à 1995.

Pendant tout son mandat, Blomstedt a été acclamé avec l’orchestre dans les principales salles de concert et les principaux festivals européens, y compris à Édimbourg, Salzbourg, Munich et Lucerne. De 1996 à 1998, Maestro Blomstedt est Directeur musical de l’Orchestre symphonique de la NDR, à Hambourg. En 1998, il prend le poste de Directeur musical du Gewandhausorchester de Leipzig, et l’occupe jusqu’en 2005. Il retourne régulièrement à Leipzig en tant que Chef honoraire de cet orchestre. En 2006, trois autres orchestres lui confèrent ce titre de Chef honoraire : l’Orchestre symphonique de la radio danoise, celui de la radio suédoise ainsi que l’Orchestre symphonique Bamberg qu’il dirige depuis 1982. Par ailleurs, il continue à être invité à diriger les orchestres les plus renommés au monde.

L’importante discographie de Herbert Blomstedt comprend plus de 130 œuvres avec la Staatskapelle de Dresde, dont l’intégralité des symphonies de Beethoven et de Schubert, ainsi que les œuvres orchestrales complètes de Carl Nielsen avec l’Orchestre symphonique de la radio danoise. Avec l’Orchestre Symphonique de San Francisco il enregistre exclusivement pour Decca, plusieurs de ses nombreux enregistrements ont reçu des prix renommés ; les cycles complets des symphonies de Sibelius et de Nielsen sont des standards qui font référence. Plusieurs labels ont perpétué sa collaboration avec le Gewandhausorchester.

Pour Decca, il a enregistré la Symphonie n°4 de Brahms, la Symphonie n°9 de Bruckner, la Sinfonia serena et Die Harmonie der Welt d’Hindemith, des concertos pour piano de Mendelssohn et des œuvres de Richard Strauss. Les enregistrements comprennent aussi la Grande messe de Sanström pour la Deutsche Grammophon et Elijah de Mendelssohn pour le label RCA Red Seal. Le label allemand Querstand a sorti un coffret d’enregistrements de concerts correspondant à la période de Leipzig, entre 1998 et 2005 ; leurs enregistrements de l’intégrale des symphonies de Bruckner se poursuit. Blomstedt a également reçu plusieurs Doctorats honoraires et est l’un des membres élus de l’Académie royale de musique suédoise.

Le site de la Salle Pleyel

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