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Cavalli de la lagune à la Loire

Par François Hudry | François Hudry : Cum grano salis | 7 octobre 2014
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Point fort du Festival d'Aix-en-Provence 2013, la recréation de l'Elena de Francesco Cavalli, sous la direction brillante et exaltante de Leonardo Garcia Alarcon (photo ci-dessous), poursuit son périple qui l'a menée à Lille, Montpellier, Sablé, Versailles... en s'amarrant cette fois non loin des bords de la Loire à Angers Nantes Opéra, un des coproducteurs du spectacle, les 2, 4, 6 & 8 novembre au Théâtre Graslin (Nantes) et les 14 & 16 novembre au Grand Théâtre (Angers).

La résurrection des opéras de Cavalli a été amorcée tout doucement dès le début des années soixante-dix, en particulier au Festival de Glyndebourne sous la direction de Raymond Leppard, avec des chanteurs comme Janet Baker, Ileana Cotrubas ou Hugues Cuenod. On s'amusait alors beaucoup sur scène et dans la salle grâce aux travestissements et à une action très drôle. C'est ensuite Michel Corboz qui s'est intéressé de près à Cavalli en enregistrant pour ERATO de la musique sacrée, puis le premier enregistrement mondial d'Ercole Amante, tragédie composée par Cavalli à Paris pour le mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche. Réalisé en 1980 à Londres, sous le conseil artistique de Jean-Pierre Brosmann, ce fut un véritable événement musical et musicologique qui réunissait d'excellents chanteurs comme Yvonne Minton, Patricia Miller, Felicity Palmer, Colette Alliot-Lugaz et Ulrik Cold.

Ces diverses exhumations mirent peu à peu au grand jour l'importance d'un des compositeurs majeurs de l'histoire de l'opéra italien au XVIIe siècle. Elève de Claudio Monteverdi, Franceso Cavalli (de son vrai nom Pier Franceso Caletti-Bruni) devint chanteur à San Marco de Venise dès 1616, avant d'y devenir organiste, puis maître de chapelle. Une intense activité pour l'église qui n'occulta pas celle de compositeur de 35 opéras, dont certains sont perdus aujourd'hui.

Si les ouvrages lyriques de Cavalli n'ont pas tous été représentés et enregistrés aujourd'hui, notre connaissance de ce compositeur s'est affinée, en particulier grâce au travail d'Oliver Lexa qui a signé cette année la première biographie du compositeur vénitien (Editions Actes Sud) en même temps qu'il a mis en scène la recréation mondiale de L'Eritrea pour le théâtre de La Fenice de Venise. On apprendra ainsi que Cavalli fut ni plus moins que le compositeur le plus connu de son époque, sans doute grâce à la réunion d'ingrédients qui sont toujours les clés du succès des spectacles populaires d'aujourd'hui : de l'amour, du sexe, de la violence, du rire et des larmes.

L'énorme succès de la production aixoise d'Elena, présentée donc le mois prochain à Angers et à Nantes avec une distribution modifiée et sous la direction musicale de Monica Pustilnik, laisse augurer d'une véritable montée en puissance des oeuvres de Cavalli dans les années à venir. Il faut dire que cette Elena possède des trésors d'une admirable musique avec un traitement totalement nouveau du récitatif qui fait intégralement partie de l'action. On y trouve des duos d'amours sublimes, des arias dramatiques et une action à rebondissements qui mêle adroitement le comique et le drame comme le fera plus tard le cinéma italien. L'action de cette Elena ? Lisons les notes d'intention de Angers Nantes Opéra (photo ci-dessous : le Grand Théâtre d'Angers) :

Avant même que d’être enlevée par le jeune prince Pâris et de déclencher ainsi la guerre de Troie, la belle Hélène avait déjà un casier sentimental bien chargé. À cause de La Discorde, la promise au prince Ménélas devint une séductrice multirécidiviste qui provoqua une joyeuse panique dans le cercle très fermé de la mythologie. Le prince Ménesthée en fut foudroyé d’amour, le roi Thésée la ravit à un Ménélas si bien travesti en Amazone pour l’approcher qu’il fit rêver le roi Tyndare, le bouffon Irus, et se fit enlever par Pirithoüs ! Oeuvre belle comme l’antique, jouant de la confusion des genres et des désirs, Elena caracole sans pitié parmi les plaisirs différés et les cœurs meurtris.

Dans cette fantaisie toute vénitienne, Francesco Cavalli, brillant disciple de Claudio Monteverdi, imposait avec élégance le registre d’une comédie où les sentiments, malicieusement dissimulés derrière les rires et l’entrain orchestral, se dévoilaient soudain dans une touchante sobriété et se teintaient de tragique, le temps d’un soupir d’amour déçu.

Des nombreux opéras laissés par Cavalli vous pourrez goûter, sur votre QOBUZ, Artemisia, Statira, La Didone, La Rosinda, l'Ormindo, Gli Amori d'Apollo e di Dafne, dans l'attente de retrouver intégralement Ercole Amante ou Il Giasone, le plus grand succès de Cavalli.

Après Vivaldi au début du siècle dernier, puis Monteverdi au milieu de celui-ci, voilà que l'on redécouvre des compositeurs de première grandeur comme Cavalli ou Carl Philipp Emanuel Bach, comme quoi ce ne sont pas toujours des fonds de tiroirs qui reviennent à la lumière, car chaque époque retrouve son propre reflet dans un passé qui continue à la stimuler.

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