Le tourbillon Zaïs

La pastorale héroïque de Rameau revisitée par Christophe Rousset et les Talens Lyriques...

Par Clotilde Maréchal | Vidéo du jour | 30 août 2015
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En 1745, le roi accorde à Jean-Philippe Rameau la charge de « Compositeur de la musique du Cabinet », charge assortie d’une pension. Cette nouvelle période sera celle de productions au caractère plus léger, en collaboration avec le librettiste Louis de Cahusac, comptant parmi les immenses chefs-d’œuvre du musicien bourguignon. Zaïs a été représentée en 1748 sur la scène de l’Académie Royale de Musique. Ce ballet-héroïque offre à la musique française parmi ses plus belles pages, tant vocales qu’instrumentales ; l’œuvre entière est à l’image de sa célèbre ouverture organisant le chaos, surprenant par des effets de timbres théâtraux et l’audace de l’écriture. Si l’intrigue est des plus ténues – un amant Zaïs éprouvant sa bien-aimée Zélidie pour mieux la chérir –, elle est prétexte à d’innombrables divertissements et danses de fort caractère féérique. À ce jour, il demeure étonnant qu'un ouvrage aussi somptueux que Zaïs de Rameau soit systématiquement négligé au profit des Indes Galantes ou d’Hippolyte et Aricie. C'est paradoxalement Gustav, que l’on associe peu à la musique française qu’il appréciait pourtant beaucoup, qui avait contribué au cours des années 1970 à réévaluer les beautés de cet ouvrage, en signant un enregistrement passionnant avec La Petite Bande de Sigiswald Kuijken (STIL), devenu véritable rareté aujourd’hui, et en dépit de chanteurs parfois à la peine. Heureusement, Christophe Rousset, qui se souvient du travail de son aîné, s’y consacre enfin aujourd’hui, et nous offre aujourd’hui cette intégrale somptueusement captée, avec chanteurs francophones, et sous sa direction affutée et pleine d’esprit. Bien plus vivace que dans le cadre du récital d’ouvertures que Les Talens Lyriques avaient réalisé il y a plus de vingt ans pour L’Oiseau-Lyre, l’Ouverture annonce d’emblée la couleur : Rousset saisit tout l’éclat de la partition, et son imagination, qui semble ici insatiable, libère totalement ses chanteurs, investis dans un seul élan, comme si tout le monde avait définitivement compris l’enjeu de cette nouvelle résurrection. Un enchantement ? Non. Un tourbillon, plutôt.



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