André Popp est mort

Compositeur et arrangeur génial et atypique, l’auteur de Piccolo, Saxo et Compagnie et de nombreuses expériences en tous genres s’est éteint à 90 ans.

Par Max Dembo | Chers disparus | 12 mai 2014
Réagir
Qobuz

André Popp est décédé le 10 mai 2014. Auteur d’œuvres aussi diverses que Piccolo Saxo et Cie, Musique en tout genre, Elsa Popping et sa Musique Sidérante et d’arrangements pour Jacques Brel, Zizi Jeanmaire, Juliette Gréco et bien d’autres, le compositeur français était âgé de 90 ans. Personnage singulier et génial dans le paysage français, il fut un vrai visionnaire, un original et un passionné de musique populaire comme de musique savante. Collages, bricolages, assemblages, ce touche-à-tout d’André Popp osait tout ! Et brisait les barrières musicales bien avant tout le monde !

Né le 19 février 1924 à Fontenay-le-Comte, André Popp apprend d’abord le piano. Dans les années 40, il raconte avoir inventé des émissions de radio sur cet instrument. « Je faisais le speaker, la publicité... À la guerre, l’abbé qui tenait l’harmonium à la chapelle a été mobilisé. On m’a demandé si je pouvais accompagner la messe. J’ai appris le grégorien tout seul. J’ai commencé à jouer, à improviser. Je passais toutes les récréations à répéter les morceaux que j’allais jouer à la messe le dimanche suivant. Mon goût n’allait pas vers Bach, Beethoven ou Mozart mais vers des musiques contemporaines : Louis Vierne, Jean Langlais, Olivier Messiaen. D’ailleurs, un jour, un professeur de musique m’a dit : « Vous devriez aller voir Messiaen. » À l’époque, j’avais composé deux morceaux pour piano et un pour piano-violon. Je suis allé le trouver pour lui demander des leçons. Il a regardé ce que j’avais écrit et m’a dit : « Mais je n’ai rien à vous apprendre. Continuez comme ça. C’est très bien. » Je suis rentré chez moi un peu sidéré. Peut-être avait-il raison puisque je sais écrire de la musique et je sais la diriger… »

A la radio, comme compositeur ou arrangeur, son nom commence à circuler. Popp côtoie et travaille avec Jean Tardieu, Henri Dutilleux, Jean Bardin et Bernard Hubrenne. En 1955, il signe Les Lavandières du Portugal (Grand Prix du Disque en 1955) et, deux ans plus tard, le légendaire Piccolo, Saxo et Compagnie (Grand Prix de l'Académie du disque), suite musicale en cinq volets sur un texte de Jean Broussole, devenue un classique de l'éducation musicale.

Arrangeur et chef d'orchestre, il travaille pour Jacques Brel (Quand on n'a que l'amour, L'Air de la bêtise...), Catherine Sauvage, Zizi Jeammaire, les Frères Jacques, Henri Salvador et bien d’autres. Il compose également pour Juliette Greco (Musique mécanique, La Complainte du téléphone, De Pantin à Pékin, etc.) et réalise plusieurs disques avec Boris Vian (Musiques en tous genres, Elsa Popping et sa musique sidérante). La liste des collaborations d’André Popp est un véritable who’s who francophone : Didier Barbelivien, Jean-Loup Dabadie, Jean-Jacques Debout, Pierre Delanoë, Françoise Dorin, Claude François, Michel Jourdan, Serge Lama, Jean-Pierre Lang, Jacques Lanzmann, Claude Lemesle, Eddy Marnay, Raymond Queneau, Jean-Max Rivière, Jane Birkin, France Gall, Françoise Hardy, Nana Mouskouri, Sheila, Françoise Hardy, Marie Laforêt…

Sur des formats courts, il impose également son nom et signera de nombreux génériques de radio (Les Maîtres du Mystère, La Tête et les jambes...) et de télévision (Babar, La Folie des bêtes...).

Ces multiples faits d’arme ont fait d’André Popp un artiste qui traversera le temps et touchera des générations actuelles. En 2001 par exemple, Bertrand Burgalat éditera sur son label Tricatel un album hommage (Popp Musique) et en 2005 le groupe de jazz Le Sacre du Tympan reprendra plusieurs de ses compostions sur l'album Le Retour. Fred Pallem, leader de la formation, décrira très bien son héros : « A mes yeux, André Popp symbolise un idéal. C’est le chaînon manquant entre Messiaen et la variété. J’aime son sens mélodique, son goût pour les harmonies qui frottent, les orchestrations givrées. J’ai découvert André à travers un album mythique, Delirium in hi-fi, où il reprenait à sa sauce, forcément délirante, des standards comme Perles de Cristal ou La Polka du Roi. »

 Lire aussi

À découvrir autour de l'article

Votre avis

Vos lectures


Inscrivez-vous à nos newsletters