Joe Tex : l'ombre de James Brown

Il y a 36 ans, une des plus grandes lumières de la southern soul s’éteignait. Joe Tex ou Joseph Arrington Jnr ou encore Joseph Hazziez, faisait partie de ces artistes sous-estimés des 60’s et plus précisément du label Atlantic Records. Icône mythique peu connue de son temps, la carrière de ce Texan est pourtant riche sur tous les plans. Qu’il s’agisse de ses compositions gorgées de sonorités gospel, soul, RnB ou funk, en passant par ses “microphones tricks” ou encore les anecdotes fantasques, chez Joe Tex tout est bon à prendre !

Par Clara Bismuth | Vidéo du jour | 13 août 2018
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Né à Rogers, TX, en 1933 il enchaîne dans sa jeunesse les petits boulots, mais lorsqu’il chante, le talent est évident. Une voix rauque imbibée d’un groove intense parfait pour le gospel. En 1954, alors qu’il remporte un concours de talents locaux, Joe Tex prend une décision : il sera chanteur. Pour ce faire, il pose ses valises à New-York et franchit les portes du label King Records.

Les années King 1955-57…

Les quelques années que Tex passe chez King Records lui permettent d’explorer plusieurs styles. A la fois chanteur de ballades blues (Come in This House), conteur mélancolique et triste (My Biggest Mistake) ou encore rockeur modéré (Davy, you upset my home / Pneumonia), rien ne fait peur à ce Texan jeté dans la grande ville. Pourtant, jusqu’en 61, le succès se fait attendre avant qu’il ne s’associe avec Buddy Killen, un grand éditeur de Nashville dont le nom est souvent lié à Elvis. La chance tourne plus au moins, lorsqu’il compose pour James Brown le titre Baby You're Right. Plus ou moins ce n’est pas peu dire. Certes les événements prendront de l’ampleur pour Tex, notamment avec en 1965 son séjour au studio de Muscle Shoals où il enregistre Hold What You 'Got. En parallèle, c'est une joute verbale et physique qui se déclenche sérieusement avec James Brown.





Joe Tex et James Brown : meilleurs ennemis

La relation conflictuelle entre Tex et Brown est bien connue. Mais lorsqu’on regarde les faits, il est toujours compliqué de décortiquer ce qui relève de la légende, de la rumeur et de la réalité. Le Texan n’a pas connu la carrière de son rival, et pourtant il semble que Brown s’en soit plus qu’inspiré, lui volant jusqu’à ses pas de danse et son fameux jeu de micro.

Leur querelle remonte en réalité plus tôt dans les années 50 lorsque les deux artistes avaient signé chez King Records et que Brown avait provoqué Tex dans une battle de dance. Les tensions grandissantes, Tex finit par quitter King pour enregistrer à Detroit son Baby You're right. Mais surprise, Brown qui un an avant, lui avait piqué sa femme Bea Ford, sort en 1960 avec elle un duo intitulé You'Ve Got The Power. La chanson n’est autre qu’une reprise de son titre enregistré à Détroit et dans lequel Brown modifie les paroles. Sa réputation d’ailleurs avec les femmes n’étant pas des meilleures, il se charge assez vite d’écrire une lettre à Tex, l’informant qu’il en a fini avec Bea et qu’il peut la reprendre. Un couteau bien remué dans la plaie.

Mais Tex est un homme de répartie. A armes égales il répond donc directement en musique, avec You Keep Her, en ne manquant pas de mentionner le nom de Brown.





* James I got your letter, It came to me today, You said I can have my baby back, But I don't want her that way, So you keep her*

La situation atteint son paroxysme lors d’un double concert à Macon en Géorgie. La règle semblait pourtant évidente : Ne laissez jamais Brown et Tex dans la même salle !

Attendu depuis longtemps sur cette scène, Tex ouvrait le show à son rival dans une tenue plus qu’originale. Une sorte de cape, comme Brown avait l’habitude d’en porter, mais en haillons blancs. Puis il se roulait par terre, prisonnier de son costume tout et chantant “Please, Please, Please” pour qu’on lui vienne en aide. Une moquerie évidente envers son ennemi qui avait fait carton plein en 56 avec le titre Please, Please, Please.

Furieux, Brown suivit sa proie dans un club local après le concert où jouait d’ailleurs Otis Redding et les Pinetoppers. Armé de deux fusils de chasse il commença à ouvrir le feu sur Tex qui réussit à s’échapper par une sortie de secours. Brown, dans son moment de folie ne manqua pas de blesser sept personnes. Selon la légende, il aurait même distribué des billets de 100 dollars aux victimes en guise de dédommagement et de leur discrétion.

Le grand succès de 1964 :

Après un début de carrière chez King Records, c’est chez Atlantic que Tex va sortir son premier gros succès, l’album : Hold On To What You Got ainsi que le titre One Monkey Don't Stop No Show. Deux ans plus tard il présente I Believe I'm Gonna Make It, et un de ses plus grands hits : Skinny Legs. Un son brut. Une orchestration riche et qui pourtant ne noie rien de cette harmonie. Joe Tex incarne toute une palette d’émotions sur trois minutes. Au-delà de ça, il est surtout un mixeur subtil des styles. Soul, country, gospel, rythm and blues, jazz et même funk. Tex vous met down puis réveille soudain tout votre corps par des moves et des cris qu’il effectue à la perfection sur I Gotcha sortit en 1971. Un twist aux airs de funk et de disco. Quelque chose frémit dans le corps de Tex. Il lui faut bouger, danser, et il se teste au Bump en 77 avec l’humoristique Ain't Gonna Bump No More (With No Big Fat Woman). La chanson et un succès et un de ses derniers.





Tex se consacre à The Nation Of Islam, mettant un frein à sa carrière musicale. Après la mort du leader Elijah Muhammad, il séjourne dans son ranch au Texas où il décède d’une crise cardiaque le 13 Août 1982. Il n’avait alors que 49 ans.

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