Michel Legrand, clap de fin

Trois fois oscarisé, le compositeur parisien qui vient de mourir à l'âge de 86 ans laisse derrière lui des BO et des chansons magiques...

Par Marc Zisman | Vidéo du jour | 29 janvier 2019
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Lorsqu’ils passent l’arme à gauche, les géants croulent sous tant de lauriers qu’on ne sait jamais trop par quel versant attaquer l’escalade de la célébration. Le cas de Michel Legrand, disparu le 26 janvier 2019, est encore plus complexe tant ce musicien à l’aura internationale exerça son art à 360°.

Cinéma évidemment mais aussi jazz, chanson, musique classique, le compositeur parisien toucha à tous les genres, posa sa patte mélodique sur tous les styles.



Evidemment, la singularité de Legrand qui revient sans cesse est cette capacité à tracer un trait mélodique génial, pur et d’une grande beauté. Des mélodies encore plus ancrées dans l’inconscient collectif lorsqu’elles étaient siamoises d’images toutes aussi fortes. Celles écrites pour Les Parapluies de Cherbourg (1964), Les Demoiselles de Rochefort (1966) et Peau d’âne (1970) de Jacques Demy, pour L’Affaire Thomas Crown (1968) de Norman Jewison ou pour Un été 42 (1971) de Robert Mulligan, mais qui cachent une forêt foisonnante où chaque mélomane aura sa partition fétiche, plus ou moins obscure. Celle, par exemple, très funky d’Un homme est mort (1972), thriller ovni de Jacques Deray avec Jean-Louis Trintignant. Ou plus dramatique, baroque et renversante du Messager (1970) de Joseph Losey. La liste est longue et Michel Legrand a composé les BO de films signés des plus grands cinéastes parmi lesquels Clint Eastwood, Jean-Luc Godard, Richard Brooks, Claude Chabrol, Sydney Pollack, John Frankenheimer, Orson Welles, Louis Malle, Blake Edwards, Claude Lelouch, Andrzej Wajda ou bien encore Robert Altman



Sa passion pour le jazz lui fit aussi côtoyer les épées du genre, notamment sur son célèbre disque Legrand Jazz, enregistré à New York pour Philips lors de trois sessions, en juin 1958, avec entre autres John Coltrane, Phil Wood, Bill Evans, Paul Chambers, Ben Webster, Hank Jones, Art Farmer, Donald Byrd, Herbie Mann et surtout Miles Davis. « Miles trônait alors au sommet du jazz new yorkais, racontera par la suite Legrand. Tout le monde me disait : « Il va venir à la séance et se tenir près de la porte en gardant sa trompette dans son étui fermé. Il va écouter pendant cinq minutes, et s’il aime la musique, il va s’asseoir, ouvrir son étui, et jouer. S’il n’aime pas, il va repartir et il ne reprendra plus jamais contact avec toi ». Je n’avais alors que 24 ans, et j’avais tellement peur que j’en avais des poussées de sueurs ! J’ai commencé à répéter avec l’orchestre. La porte s’est ouverte, et Miles a écouté près de la porte pendant cinq minutes. Puis il s’est assis, a ouvert son étui et a commencé à jouer. Après la première prise, il m’a demandé : « Michel, est-ce que mon jeu convient ? ». C’est comme ça que tout a débuté. »



Impossible d’évoquer Michel Legrand sans parler également de sa voix. Un organe naïf, lyrique et virevoltant, reconnaissable dès la première syllabe. Impossible de rester de marbre face à l’originalité de ce chant maniéré qu’on vénérait ou détestait, c’était selon… Durant les dernières années de sa vie, il avait accompagné au piano Natalie Dessay, enregistrant notamment avec la soprano l’album Entre elle et lui en 2013, sur lequel il revisitait ses plus célèbres chansons. Quatre ans plus tard suivra Between Yesterday and Tomorrow, oratorio pour une voix et orchestre symphonique. L'an passé, avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Mikko Franck, Legrand avait enregistré sur un même album son Concerto pour piano et, avec Henri Demarquette, son Concerto pour violoncelle.



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